mercoledì 29 luglio 2020

SIMENON SIMENON. LES MAISON DE SIMENON









De juin à la fin octobre 1949, Simenon séjourna à "Desert Sands", Tucson

Da giugno alla fine di ottobre del 1949, Simenon soggiornò Desert Sands" Tucson

From June to the end of October 1949, Simenon stayed at "Desert Sands", Tucson

Desert Sands, Tucson

martedì 28 luglio 2020

SIMENON SIMENON. QUAND MAIGRET SE FACHE...

Trois situations dans lesquelles le commissaire a eu l'occasion de se mettre en colère 

SIMENON SIMENON. QUANDO MAIGRET SI ARRABIA…
Tre situazioni in cui il commissario ha avuto l'opportunità di arrabbiarsi
SIMENON SIMENON. WHEN MAIGRET GETS ANGRY...
Three situations in which the Commissioner had the opportunity to lose his temper 


D'habitude dans la saga, Maigret est présenté comme un homme calme, qui oppose à ses adversaires sa masse pesante et ses silences. Mais il peut être parfois d'un calme menaçant, avec le silence qui précède l'orage. En général, il réussit à se dominer, mais il lui arrive d'arborer un air hargneux, de serrer les poings avec rage en se retenant de frapper quelqu'un qui l'irrite. Parfois cependant il s'est vraiment mis en colère. Pour le billet d'aujourd'hui, nous allons examiner trois situations lors desquelles le commissaire a eu l'occasion de se fâcher. 
Dans Maigret se fâche, le commissaire, comme le titre du roman l'indique, passe une bonne partie de son enquête à être sous l'emprise de la colère. Lorsqu'il croise pour la première fois Malik, il est déjà « furieux » ; il le reste lorsqu'on tente de lui tirer dessus : « Il serra les poings, furieux, et pourtant cela le soulageait. […] - Crapule ! gronda-t-il à mi-voix. ». Après la fuite de Georges-Henry, lors de la confrontation avec Malik, il « revint sur ses pas pour laisser tomber, la face lourde, le regard pesant : - Vois-tu, je sens que je vais découvrir est tellement laid, tellement sale, qu'il m'arrive d'hésiter à continuer. Il partit sans se retourner, referma violemment la porte derrière lui ». Il se fâche également lorsqu'il reçoit les confidences du vieux Campois : « Et son poing s'abattit sur le bureau : - Mais, sacrebleu ! vous ne vous rendez pas compte que vous êtes un lâche ». Vers la fin de son enquête, lorsqu'il est en attente d'un événement et qu'il récapitule toutes les circonstances, il déambule dans les rues et il « marchait, furieux ». 
Dans Maigret à New York, il est déjà de mauvaise humeur au début de son enquête, parce qu'il s'est laissé convaincre un peu vite de quitter sa retraite de Meung pour courir en Amérique ; il est furieux qu'on le fasse attendre quand il demande à parler à Maura : « On le laissa se morfondre un bon quart d'heure dans son coin et, de rage, il fumait sa pipe, bien qu'il se rendît compte que ce n'était pas l'endroit » ; dans l'hôtel où on l'a installé, sa rage va croître du fait qu'il ne retrouve pas ses habitudes : déjà, il a mal à la tête d'avoir bu trop de whisky, puis il ne trouve pas comment appeler le personnel, il a de la peine à se faire comprendre au téléphone à cause de son mauvais anglais, et « pour comble, il était dans son bain quand on frappa à la porte et il eut beau gueuler : "Entrez", on frappait toujours. Force lui fut, tout mouillé qu'il était […] d'aller ouvrir. […] Il était à cran » ; il aura encore plusieurs occasions de s'énerver, mais sa rage sera au paroxysme lors de l'interrogatoire téléphonique de Daumale, traitant celui-ci de tous les noms, et lui disant : « Je ne regrette plus de vous interroger par téléphone, car je crois que je me retiendrais difficilement de vous flanquer mon poing dans la figure ». 
Dans La Colère de Maigret, c'est d'apprendre qu'on a pu le soupçonner d'être corruptible qui met le commissaire en rage. Mais plutôt que de rage, ne peut-on pas parler de désillusion ou d'amertume ? Au lieu de laisser éclater sa colère avec véhémence, Maigret « n'avait jamais été aussi pâle de sa vie. Son visage, sans expression, ressemblait à un bloc de pierre. » ; son cœur bat à grands coups, il « resta immobile pendant deux bonnes minutes, les poings serrés, et, enfin, lentement, un peu de couleur remonta à son visage » ; il se détourne, se campe devant la fenêtre et « quand il fit face, il avait presque repris son expression habituelle, mais on aurait juré qu'il avait vieilli, qu'il était soudain très las » ; ce n'est que lorsqu'il aura devant lui le responsable de cette calomnie qu'il retrouvera un peu d'énergie pour frapper « la table d'un coup de poing qui fit sursauter tous les objets » et hurler au coupable de se taire ; mais parce que Maigret ne peut s'empêcher de voir, même dans le plus grand criminel, sa part d'humanité, c'est finalement presque de la pitié qu'il ressentira pour le coupable… 

Murielle Wenger 

lunedì 27 luglio 2020

SIMENON SIMENON "VINTAGE" - MUSSOLINI CENSORE DI MONDADORI, COLPÍ LIBRI DI REMARQUE E SIMENON


Corriere della Sera - 18/09/2018 - Antonio CariotiMussolini e suo braccio destro (appunto Arnaldo), morto nel 1931, e l’editore Mondadori, uno dei più dinamici imprenditori culturali italiani. I due entrarono in collisione, narra Giorgio Fabre nel libro in uscita oggi Il censore e l’editore (Fondazione Arnoldo e Alberto Mondadori, pagine 525, euro 24), quando Arnaldo Mussolini, il 31 ottobre 1929, invocò una «profilassi energica» contro i libri incompatibili con lo spirito del fascismo [...] Era (Mondadori), scrive Fabre, un «vivace e disinvolto sperimentatore cosmopolita», pronto a tutto pur di venire incontro ai gusti del pubblico, ma anche un uomo d’ordine. Certamente gli pesò rinunciare a titoli del popolarissimo Georges Simenon, come Quartiere negro (sequestrato) e I clienti di Avenos, bloccato e mai uscito per la presenza di un personaggio femminile assai disinibito, mentre L’eredità Donadieu, anch’esso pruriginoso, uscì mutilato dei brani «sconvenienti»...>>>

domenica 26 luglio 2020

SIMENON SIMENON "REPORT". "LE MONDE DE MAIGRET" UNE COLLECTION POUR REDÉCOUVRIR LE PERSONNAGE EMBLÉMATIQUE DE SIMENON


Le Monde - 23/07/2020 - A partir du 23 juillet, « Le Monde » republie les enquêtes emblématiques du célèbre commissaire créé dans les années 1930 par Georges Simenon. « Le Monde de Maigret » propose l’intégrale des romans mettant en scène Maigret, écrits par Georges Simenon entre 1931 et 1972. Loustal a conçu les couvertures de chaque enquête, qui est accompagnée d’une préface de John Simenon, le fils de l’auteur, et d’un dossier éditorial complet de Murielle Wenger en éclairant les thèmes, les personnages et le climat...>>>


LA COLLECTION "... Si l’on évoque le commissaire Maigret, c’est tout de suite une silhouette massive engoncée dans un pardessus et la pipe à la bouche qui apparaît. Les plus grands acteurs lui ont prêté leurs traits, comme Jean Gabin au cinéma et Bruno Cremer dans une série télévisée au long cours.
Jules Maigret est divisionnaire de la police judiciaire parisienne, au Quai des Orfèvres. Sa méthode ? Il n’en a pas. Il s’immerge dans le théâtre de son affaire pour en comprendre le décor et les personnages qui le composent : la victime, les proches, les suspects, les témoins…
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• La Première Enquête de Maigret
• Maigret à l’école
• Maigret et le corps sans tête
• Au Rendez-Vous des Terre-Neuvas
• La Tête d’un homme
• Le Charretier de “La Providence”
• Maigret à New York
• Maigret a peur
• Maigret, Lognon et les gangsters
• Maigret et son mort

sabato 25 luglio 2020

LES MAXIMES DE MAIGRET - LE MASSIME DI MAIGRET- THE MAXIMS OF MAIGRET























• Maigret possède un calepin couvert de toile noir, aux feuilles quadrillées, sur lesquelles il lui arrive de noter des renseignements qu’il a glanés. Pour cette nouvelle rubrique, nous allons imaginer qu’il a aussi écrit dans ce calepin quelques maximes sur sa façon de mener ses enquêtes.

• Maigret possiede un taccuino con la copertina in di tela nera, con i fogli a quadretti, sui quali gli capita di annotare delle informazioni che ha raccolto. Per questa nuova rubrica, immaginiamo che egli abbia scritto in questo taccuino anche qualche massima sul modo di condurre le sue inchieste.

• Maigret had a notebook covered with black canvas, with checkered sheets, on which he sometimes wrote down information he gleaned. For this new column, we’ll imagine that in this notebook, he also wrote down some maxims about his way of leading his investigations.

venerdì 24 luglio 2020

SIMENON SIMENON. THE END AS A NOVELIST

In 1972, Simenon no longer found his creative trance 

SIMENON SIMENONLA FINE COME ROMANZIERE
Nel 1972, Simenon non trovò più la sua trance creativa
SIMENON SIMENON. LA FIN EN TANT QUE ROMANCIER
En 1972, Simenon ne retrouve plus sa transe créatrice 


Epalinges. February 11, 1972. On that day, in his private office in the big villa, Simenon was finishing the drawing up of Chief Inspector Maigret's 103rd investigation. The title was Maigret et Monsieur Charles. The novel would be published in July in the same year, by the Presses de la Cité. As Simenon would have said, he was about to cross the line, but he didn't know it yet. That date was a fundamental one, that of the end of his career as a novelist. 
In fact, a few months after, in September, he made the usual preparatory rites, so to begin the drawing up of a new novel. He already had in mind the protagonist, for whom he had found a name, which would also had been the title of the novel: Victor. But by the end of the day, he hadn't succeeded in writing a single line. Was his creative trance, which he called état de romanmissing ? Was he overtired? Did particular emotional stress affect him? Was there any particular problem that troubled him? 
In a way, we could answer that was not the case. The bonds with his wife were now definitely cut off, for Denyse had left eight years before. His mother, with whom he had been in perpetual conflict, had died two years ago. Of course he was concerned with Marie-Jo, who didn't find her way and her mental equilibrium; but this was not a new problem, rather a critical situation of which Simenon was well conscious. And Teresa's presence gave him serenity and security.  
The following day he uselessly waited for the déclic that triggered the mechanism, as it had been the case for hundredth of times. But nothing happened. He said to Teresa: «If tomorrow I'm still in that condition, I can tell you that I'll stop writing...» And so it was. The fact is that Simenon didn't even try, at least it seems so, to put it off, for example up to the following week. He didn't think of making a pause for some months and waiting for inspiration to write another novel. 
His decision to stop writing was as if dictated by the awareness that his creative trance mechanism would not operate anymore. Why? Simenon didn't' ask himself questions about that, as he hadn't asked for all these years during which he had followed this état de roman that gave him inspiration, that led him to write, that guided him without making him know where the novel would go on. This had been his most spontaneous way of writing for forty years, an instinctive way and, as Simenon often pointed out, honest towards the readers. He only wrote about what he really felt, nothing else, nothing artificial or constructed. 
Years after that choice, he explained that if he had wanted too, he could have gone on writing Maigret novels or novels «à la Simenon». After hundredths of times, of course he had experience and the necessary ability to create a work, with themes, style, and typical «simenonian» atmosphere, and maybe nobody would have seen any differences with the preceding novels. But he claimed that it would not have been spontaneous and above all it would not have been fair towards his readers. 
Finally, he stopped writing, or rather he stopped writing novels. In fact he began dictating, the so called Dictées, which were recorded on magnetic tapes, and Lettre à ma mèrethen he wrote by hand his Mémoires intimes. These autobiographical works are of great interest, but of course they are not novels, as Simenon had accustomed the readers for decades. 
On February 1972, he made his typewriter silent. His état de roman became only a memory. Writing, his real reason for living, lost his sense. And this crossing the line took place in a global turnaround. He left the big house in Epalinges and settled down in a modest flat at the eighth floor in a building in Lausanne. He gave up his books, his cars, his valuable paintings, his servants. With a few essential belongings he entered a life phase that led him, as he said, to be “un homme comme les autres, like many of his so many characters in his novels. 

by Simenon-Simenon 

giovedì 23 luglio 2020

SIMENON SIMENON. LA FORZA ESIBITA E QUELLA NASCOSTA

Una storia di uomini di mare, di destini crudeli e di tragiche vicende

SIMENON SIMENON. FORCE EXPOSÉE ET CACHÉE
Une histoire de marins, de destins cruels et d'événements tragiques
SIMENON SIMENON. EXHIBITED AND HIDDEN FORCE
A story of seafarers, cruel destinies and tragic events




Sono praticamente quattro mesi da quando il precedente roman dur Il Signor Cardinau, era il 20 febbraio, usciva nelle librerie italiane. Circa una settimana fa' infatti, il 18 luglio è stata la volta di I superstiti del Telemaque. Il Simenon per l'estate, non poteva mancare soprattutto da quando non c'è più il commissario Maigret per l'estate che stava alle vacanze, come un buon calvados più una densa pipata ad un lauto piatto di choucroute.
Ora dobbiamo accontentarci, si fa per dire (!), di un roman dur. E questa volta è davvero duro. E' un racconto ambientato nel nord-ovest della Francia in quella costa della Normandia, dove i marinai e pescatori conducono un'esistenza difficile, per la quale serve una tempra irriducibile.
E' la vita di due fratelli gemelli, cui il mare ha rapito il padre in un naufragio nelle lontane acque del Brasile e che vivono a Fécamp, dove conducono la loro esistenza quattro marinai sopravvissuti grazie alle carni del loro compagno. La madre è impazzita dal dolore e i due fratelli vanno avanti grazie ad una particolare simbiosi, Charles tutto cervello, vive all'ombra del fratello, cui dà però tutto il suo supporto, fino ad aiutarlo a diventare ufficiale di marina, Pierre, invece in vista e conosciuto da tutti.
Il dramma si consuma quando viene trovato sgozzato l'ultimo sopravvissuto del tremendo naufragio in Brasile. Pierre viene accusato dell'omicidio e finisce in carcere. Charles inizia una sua inchiesta personale per scagionare il fratello e proprio quando sembra averlo individuato con tanto di prove...
Simenon torna in questo romanzo di oltre ottantant'anni fa', alle brumose atmosfere di una città di pescatori, con il freddo, l'odore del pesce dappertutto, fin dentro i caffè, in una famiglia dove non c'è spazio per una vita normale, il cui destino sembra accanirsi come tempesta senza fine.
Ma il rapporto simbiotico tra i due gemelli ci sembra un po' il raggio di sole del romanzo, il simbolo di una possibile sopravvivenza. Uno nell'ombra l'altro alla luce del sole, i due riescono grazie a questa speciale relazione ad andare avanti. Ma quello che sembra il più forte e il più spavaldo, deve poggiarsi su quello che appare il più debole e schivo, ma che è dotato della forza dell'intelletto: come due facce della stessa medaglia, all'apparenza una più lucida e una più opaca. E quando sembra che il destino possa forzare la situazione cambiando le vicende e le persone, Simenon ci mostra ancora una volta come questo non sia possibile e le cose procedano sempre secondo il volere del fato onnipotente.

mercoledì 22 luglio 2020

LES MAISONS DE SIMENON



En 1948, Simenon s'installe à Tumacacori, en Arizona, dans une maison appelée Stud Barn. Il y restera une année, le temps d'écrire quatre romans.

Nel 1948 Simenon si sistema a Tumacacori in Arizona, in una casa chiamata Stud Barn. Vi resterà un anno, il tempo di scrivere quattro romanzi

In 1948 Simenon settled in Tumacacori, Arizona, in a house called Stud Bar. He stayed there for a year, and wrote four novels.

Stud Barn - Tumacacori  (Arizona)

martedì 21 luglio 2020

SIMENON SIMENON. LE ROMAN DE L'ENQUETE

Le parallèle entre les étapes d'une enquête de Maigret et celles de la rédaction du roman 

SIMENON SIMENON. IL ROMANZO DELL'INCHIESTA
Il parallelo tra le fasi di un'indagine di Maigret e quelle della scrittura del romanzo
SIMENON SIMENON. THE NOVEL OF THE INVESTIGATION
The parallel between the stages of an investigation by Maigret and those of the writing of the novel 


Dans une interview de 1964, un journaliste faisait cette remarque à Simenon : « Une chose me frappe dans les romans où vous mettez en scène le commissaire Maigret : au début de ses enquêtes, Maigret se sent mal dans sa peau, il rassemble des sensations, il rumine, il incube en quelque sorte ; puis, tout à coup, les intuitions s'organisent, l'enquête approche dès lors de son point crucial. N'y a-t-il pas là un processus parallèle à ce qui se passe quand vous entrez en roman ? ». Simenon répondit : « C'est absolument certain. Savez-vous que les policiers travaillent souvent comme ça ? J'ai assisté à des enquêtes policières. Eh bien, il arrive toujours un moment précis où tout le monde sent que quelque chose de décisif va se passer, un coup de téléphone, ou une planque qui donne un résultat, bref, un événement qui va relancer l'enquête. » 
Aujourd'hui, nous allons nous intéresser à ce parallèle qu'on peut établir entre l'enquête menée par le commissaire et le travail du romancier. C'est un parallèle dont Simenon était conscient, ainsi qu'il le disait dans une autre interview : « Il faut que je passe par les mêmes angoisses que Maigret, et, comme lui, généralement au cinquième ou sixième chapitre, j'ai ce passage difficile ; je me trouve devant trois, quatre, cinq solutions différentes, et je me demande laquelle est la bonne. C'est généralement le jour le plus difficile à passer, celui où la décision va emporter le reste du roman. » ; et d'ajouter : « Au fond, il n'y a rien qui ressemble à un roman comme une enquête policière... » Prenons quelques exemples dans les romans de la saga. 
Dans La Tête d'un homme, aux deux tiers du roman, Maigret éprouve le besoin de faire le point, et il établit un récapitulatif des événements survenus jusque-là, afin de permettre à son enquête de progresser. On peut imaginer que ce récapitulatif est utile au romancier lui-même, qui ressent peut-être la même nécessité de faire avancer le récit et l'intrigue. 
Dans Au Rendez-Vous des Terre-Neuvas, le commissaire, se rendant sur les lieux où a eu lieu le drame, tente de « faire vivre le décor », fait « manœuvrer ses personnages », jusqu'à ce qu'ils soient tous « à leur place, avec leur mentalité particulière, leurs préoccupations » ; il « établit un plan » dans un « effort douloureux ». Ne dirait-on pas une description du romancier en train de créer son roman, d'accoucher de son texte ? 
Dans Le Fou de Bergerac, Maigret, qui a été blessé, doit mener son enquête tout en étant alité. Sa façon d'agir le rapproche du travail du romancier : Maigret « agite des personnages créés ou reconstitués par son imagination », il en fait des portraits « comme un peintre brosse une toile », « en reconstituant […] un Bergerac aussi vivant que possible », dont « à petites touches, il corrige l'image ». 
Dans Chez les Flamands, le titre du chapitre 7 est « Un trou de trois heures ». Ce titre s'applique, non, comme on pourrait le croire, au contrôle d'un alibi erroné, mais bien à la marche de l'enquête : le trou en question est constitué par la pause que prend Maigret dans son investigation pour s'occuper d'autres détails (un coup de téléphone à sa femme et à la P.J.). Mais c'est aussi une pause nécessaire à la relance du récit : c'est le moment où l'enquête piétine (illustré par la mauvaise humeur manifestée par le commissaire), et c'est aussi le moment où le romancier doit réfléchir à la suite du récit et comment faire progresser l'action ; c'est une mécanique qu'on retrouve dans nombre de romans. 
Au chapitre 7 du Fou de Bergerac, Maigret reçoit plusieurs renseignements, et il se fait alors cette réflexion que c'était « toute l'affaire, en somme, qui changeait de ton ». Cela s'applique à l'enquête, mais on peut l'étendre au roman : l'intrusion de nouveaux éléments constitue une relance de l'intrigue, et ce n'est pas un hasard si cela intervient à cet endroit du récit. Il est en effet fréquent qu'une nouvelle information ou une cogitation du commissaire surviennent aux deux tiers du roman, et permettent de faire progresser l'enquête jusqu'à son dénouement. On retrouve ainsi ce que disait Simenon à propos des enquêtes policières, mais cela illustre aussi ce parallèle entre le récit de l'enquête et la construction du roman. 

Murielle Wenger