sabato 23 settembre 2017

SIMENON SIMENON. DU ROUGE AMERICAIN A L'AFFICHE

A propos de la sortie du film "Maigret voit rouge" en 1963 

SIMENON SIMENON. AMERICANO ROSSO SULLA LOCANDINA 
A proposito dell'uscita del film "Maigret e i gangsters" nel 1963 
SIMENON SIMENON. AMERICAN RED ON THE POSTER 
About the 1963 release of the film "Maigret Sees Red"  


Le 18 septembre 1963 sortait sur les écrans Maigret voit rouge, troisième adaptation avec Jean Gabin dans le rôle du commissaire. De l'avis des cinéphiles, ce troisième opus est le moins réussi de la série. Le premier, Maigret tend un piège (1957), avait fait un tabac, Simenon lui-même s'était fendu de déclarations dithyrambiques sur l'interprétation de son ami Gabin, et il est vrai que l'acteur se glissait dans la peau du policier avec un certain bonheur, incarnant une image de Maigret telle qu'on pouvait se la représenter à l'époque, dans un film policier "fleuron du cinéma français des années 1950", comme l'écrit Claude Gauteur.  
Lorsqu'on remit le couvert, deux ans plus tard, pour une adaptation de L'affaire Saint-Fiacre, avec le même réalisateur, Jean Delannoy, et le même dialoguiste, Michel Audiard, le succès fut à nouveau au rendez-vous: Gabin-Maigret sur les traces de ses souvenirs d'enfance, cela valait le détour, et Audiard avait ciselé des dialogues étincelants, même s'ils n'avaient plus grand-chose à voir avec le texte du roman… 
Devant le succès, il n'y avait pas de raison de ne pas continuer, et on proposa à Gabin d'endosser une fois de plus le pardessus du commissaire à la pipe. L'acteur accepta, mais demanda à ce que la réalisation soit confiée à son ami Gilles Grangier, avec qui il avait déjà tourné plusieurs films, dont Le sang à la tête, une adaptation (que Simenon n'avait pas aimée…) de Le fils Cardinaud, mais aussi des productions devenues des classiques, comme Le rouge est misLe cave se rebiffeArchimède le clochard ou Le Gentleman d'EpsomLe scénario et les dialogues furent confiés cette fois à Jacques Robert, qui n'était évidemment pas Audiard, mais qui n'en produisit pas moins quelques perles dans les répliques.  
Certains ont reproché à ce film de vouloir singer les films américains mettant en scène des gangsters. Mais il faut dire que l'histoire dont il est tiré (Maigret, Lognon et les gangsters, écrit en 1951) est bien dans cette veine. Comme l'écrit Michel Carly, au début de ces années 50"les amateurs de romans policiers se tournent vers la «Série noire» […] la littérature policière connaît un bouleversement radical avec les traductions innombrables de polars d'outre-Atlantique […] Le cocktail aventure, whisky et jolies femmes triomphe à l'écran, bien loin du classicisme et de la tendresse humaine d'un Maigret. En un sens, Maigret, Lognon et les gangsters annonce la couleur. 
Dès lors, le film lui-même ne pouvait rester dans la ligne du commissaire débonnaire que l'on avait vu dans Maigret et l'affaire Saint-Fiacre, et, d'autre part, les gangsters américains et les hommes du FBI à qui Maigret allait s'opposer étaient loin du tueur psychopathe de Maigret tend un piège… L'adaptation prit une certaine liberté avec le roman (mais le processus est inhérent au principe même de l'adaptation…); certains personnages eurent une importance accrue, tels le personnage de Lily (joué par Françoise Fabian), qui dans le roman, sous le nom d'Adrienne, ne faisait qu'une brève apparition, ou celui de Pozzo (Vittorio Sanipoli), qui regroupe deux personnages du roman, Pozzo et Luigi; d'autres étaient une pure création du scénario, comme le lunaire docteur Fezin; quant à Harry Pills, l'assistant du district attorney venu de Saint-Louis dans le roman, il se transformait dans le film en Harry McDonald, mi diplomate américain, mi agent du FBI… Sans parler de la "victime", Mascarelli dans le roman, venu lui aussi de Saint-Louis (USA!), qui se retrouvait bombardé originaire de Saint-Etienne (France !) dans le film…  
Mais transposer le style polar américain dans un film bien français tenait un peu de la gageure, et le résultat ne fut pas à la hauteur des attentes des cinéphiles. Grangier en était d'ailleurs conscient, lui qui disait: "Comme c'est Delannoy qui a passé le premier, il a choisi les bons et m'a laissé le moins intéressant. […] Maigret voit rouge, moins bien construit, disposait de moins de moyens, paraissait du réchauffé." (cité par Claude Gauteur dans son essai D'après Simenon, du cinéma à la télévision). Restait une bonne interprétation des acteurs, quelques scènes de bagarre "à l'américaine" où Michel Constantin, alias Tony Cicero, faisait de l'effet, et, bien entendu, un Gabin qui donnait sa gouaille à Maigret…  
Le film eut un succès honorable, sans plusLes critiques n'étaient pas toujours très bonnes: "Gabin sans Audiard, c'est pas très marrant […] le scénario n'est pas des plus fortiches", lisait-on dans le journal suisse Le Peuple; tandis que le chroniqueur de la Gazette de Lausanne écrivait: "[Dans ce film] le célèbre commissaire est en conflit avec un agent du FBI pour des raisons mystérieuses, que le metteur en scène lui-même semble avoir de la peine à expliquer, Il se contente alors de mettre en valeur le pas lourd et nonchalant et les célèbres "coups de gueule" de Jean Gabin, qui paraît traverser le film sans y accorder une importance démesurée." Mais comme c'était quand même Gabin en Maigret, le public n'allait pas bouder cette association, et le film demeura quand même un certain temps à l'affiche … Cependant, on s'arrêta là, et l'acteur passa à d'autres exercices. Gabin reste, à ce jour, le dernier acteur français à avoir incarné Maigret sur le grand écran. A quand la relève ?... 

Murielle Wenger 

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