martedì 26 settembre 2017

SIMENON SIMENON. LE BON CONSEIL DE COLETTE

Comment les contes écrits pour le journal "Le Matin" ont eu des conséquences pour le style de Simenon 

SIMENON SIMENON. IL BUONO CONSIGLIO DI COLETTE 
Come i racconti scritti per il giornale "Le Matin" hanno avuto conseguenze sullo stile di Simenon 
SIMENON SIMENON. COLETTE'S GOOD ADVICE 
How the stories written for the newspaper "Le Matin" had consequences for Simenon's style 


Septembre 1923. Simenon, fraîchement débarqué à Paris, cherche un moyen d'existence – et probablement aussi déjà à se faire un nom. Il réussit à se faire engager au service du marquis de Tracy, en tant que secrétaire. Mais ce ne sont pas là ses seuls travaux de plume. Bien vite, il va découvrir qu'il a certains talents de conteur, et il va écumer les rédactions des journaux pour y placer ses écrits. Les simenologues ont recensé près d'un millier de contes et nouvelles rédigés par Simenon au cours de ces années '20, souvent pour des journaux "légers", contes humoristiques et galants, bien dans la veine de ces années libertines que sont les "années folles"…  
Cependant, Simenon aspire déjà à franchir une première étape. Il lorgne du côté des journaux un peu plus "sérieux", et, en particulier, il se verrait bien ouvrir les colonnes du journal Le Matin, qui, depuis 1908, publie "les contes des mille et un matins": "Mon rêve - raconte Simenon dans sa dictée Un homme comme un autre – était d'avoir un conte chaque semaine dans le Matin, comme Henri Duvernois. La directrice littéraire était Colette, qui avait épousé le directeur du Matin, Henry de Jouvenel. Elle recevait les manuscrits le mercredi. Je m'y rends avec deux contes que j'avais écrits, pensais-je, dans le style des contes du Matin. Le mercredi suivant, lorsque j'allai pour connaître le résultat de cette sorte d'examen, Colette hocha la tête… - Trop littéraire, jeune homme. Beaucoup trop littéraire. Surtout, pas de littérature !... Je fus un certain temps à comprendre ce qu'elle voulait dire: pas de fausse littérature. Je me remis au travail. J'écrivis cette fois non pas deux contes mais trois et je les portai à Colette. La semaine suivante elle était déjà un peu plus encourageante. – C'est mieux. Mais encore trop de littérature, trop de mots rares, trop de phrases…. Enfin, un mercredi, elle retint un de mes contes. Maintenant, elle m'appelait: - Mon petit Sim… […] Le conte parut. Puis j'en eus d'autres. Puis vint le jour où Colette m'annonça que je pouvais lui écrire un conte chaque semaine. Et, ce jour-là, je crois bien que je me suis saoulé. J'avais enfin atteint un but que je m'étais fixé depuis longtemps."  
Faisons la part entre l'embellissement des faits dans les souvenirs du romancier et la réalité des choses… S'il est sûr que, avec ces contes parus dans Le Matin, Simenon accédait à un autre niveau que celui des contes frivoles et galants, et qu'il était légitimement en droit d'en être fier, il faut savoir qu'il n'y eut pas chaque semaine un conte signé Georges Sim dans les colonnes du journal… En tout, on a recensé 70 contes, parus entre le 27 septembre 1923 et le 29 décembre 1926, et les dates de parution nous montrent qu'il ne s'agissait pas d'un rythme de publication régulier, mais réparti inégalement sur l'année…  
Cependant, il est vrai que l'écriture de ces contes eut une influence sur la suite de la carrière littéraire de Simenon, mais indirectement: ils ne lui apportèrent pas la gloire, mais le conseil de Colette fut une aide précieuse pour le jeune romancier en herbe… 
Simenon a évoqué à d'innombrables reprises la dette qu'il avait envers Colette. Il en parle dans ses textes autobiographiques, mais aussi dans les nombreuses interviews qu'il a données. Ainsi, dans la dictée Jour et nuit: "Je me souviens du premier conseil de Colette, quand, jeunet, je lui présentai des contes pour le journal Le Matin: -Trop littéraire, mon petit Sim ! Soyez simple. […] j'ai passé des années à simplifier mon style au point que mes romans, débarrassés des mots inutiles et des descriptions de plus de cinq lignes, maigrissaient à vue d'œil, jusqu'à perdre quarante pages de dactylographie sur deux cents." Ou encore, dans l'interview avec Roger Stéphane: "Alors, j'ai essayé d'être le plus simple possible. C'est le conseil qui m'a le plus servi dans ma vie. Je dois une fière chandelle à Colette de me l'avoir donné." 
Certes, on peut se demander ce que Colette voulait dire exactement par "trop littéraire", mais ce qui compte, c'est que Simenon ait interprété ce conseil à sa façon, et qu'il s'y soit tenu dès qu'il a commencé à faire autre chose que la littérature alimentaire. C'est ce qui rend son style si personnel, par sa façon d'élaguer ses textes, n'en gardant que le noyau dur, sans fioritures. Ses fameux "mots-matières", sa façon d'éviter les longues descriptions balzaciennes, et d'aller tout de suite au cœur des choses. Mais aussi de parler en termes de sensations plutôt que de filer les longues métaphores…  

Murielle Wenger 

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