mercoledì 20 settembre 2017

SIMENON SIMENON. SIMENON ET MAIGRET A VICHY

Mémoires intimes et Maigret à Vichy: comment les souvenirs deviennent matière à roman 

SIMENON SIMENON. SIMENON E MAIGRET A VICHY 
Memorie intime Maigret a Vichy: come i ricordi diventano la materia per uno romanzo  
SIMENON SIMENON. SIMENON AND MAIGRET IN VICHY 
Intimate Memoirs and Maigret in Vichy: how memories become material for a novel 
 
En été 1967, papa Simenon emmène toute sa tribu en vacances à Vichy. Il a choisi cette ville parce qu'elle propose des activités qui peuvent plaire à tous dans la famille: promenades agréables pour les moins jeunes, activités sportives pour les adolescents, et jeux pour les plus petits… Comme il le raconte dans une interview de l'époque au Figaro: "dès mon arrivée, j'ai fait inscrire chacun dans plusieurs clubs de son choix, au yachting, à la piscine, au tennis, au ski nautique, j'ai pris un abonnement à guignol […]. Personnellement, [je] m'oblige à marcher une vingtaine de kilomètres." 
Ces vacances sont à l'origine d'un très joli roman de la saga maigretienne, Maigret à Vichy. C'est en effet à leur retour que le romancier se divertit à y envoyer à son tour son commissaire. Les souvenirs tout frais de Vichy vont aider Simenon à planter un décor très réaliste dans Maigret à Vichy, et qu'on va retrouver dans ce qu'il raconte de ce séjour dans ses Mémoires intimes. Nous nous sommes donc amusés à établir une comparaison entre les deux textes, pour voir comment le romancier transpose ce qu'il a vu pour le faire vivre à son alter ego de papier, si on nous permet d'utiliser ce terme, avec toutes les nuances qui s'imposent, car Maigret n'est pas Simenon, pas plus que Simenon n'est Maigret… 
Mémoires intimes: "Les ressources culinaires de la région sont fameuses, depuis les bœufs du Charolais jusqu'aux agneaux et à la volaille, sans compter les non moins savoureux fromages de chèvre." Maigret à Vichy: pauvre commissaire, mis à la diète par le Dr Pardon, et envoyé à Vichy pour un "bon nettoyage de l'organisme" ! Il n'aura droit à aucune spécialité culinaire, devant de se contenter d'escalopes nature, de nouilles et d'eau…  
Mémoires intimes: "Comme partout où nous allons, une routine se crée très vite, des routines plutôt, puisque chacun suivra la sienne." Maigret à Vichy: bien entendu, au contraire de Simenon, Maigret ne peut emmener avec lui que sa femme, n'ayant ni enfants, a fortiori ni petits enfants à qui proposer d'autres activités… Ce qui n'empêche pas le couple Maigret de se mettre lui aussi à suivre une routine, car Maigret, semblable en cela à son créateur, a lui aussi besoin d'habitudes rassurantes… "Déjà ils s'étaient créés un horaire qu'ils suivaient minutieusement comme si cela avait de l'importance et les journées étaient marquées d'un certain nombre de rites auxquels ils se prêtaient avec le plus grand sérieux."; "Où qu'il soit, il se créait machinalement une routine à laquelle il obéissait comme si elle lui était imposée". 
Mémoires intimes: "Le samedi, presque invariablement […], nous nous rendons à l'autre bout de la ville où le marché couvert attire Pierre presque autant que moi." Maigret à Vichy: Simenon a donné à son héros son goût pour les marchés, et le commissaire, où qu'il aille, manque rarement de se rendre dans les étals: "Il avait toujours aimé les marchés, l'odeur des légumes et des fruits, la vue des quartiers de bœuf, des poissons, des homards encore vivants…" 
Mémoires intimes: "Nous marchons beaucoup, Teresa et moi. Nous avons toujours beaucoup marché […]. Je crois cependant que nous n'avons jamais parcouru autant de kilomètres, bras dessus bras dessous, que dans Vichy, dont nous connaissons bientôt tous les coins et recoins." Maigret à Vichy: ce "roman du couple", comme le baptise si joliment Jean-Baptiste Baronian dans son étude Simenon ou le roman gris, n'a de cesse de nous montrer les déambulations de Jules et Louise, et leurs échanges au cours de ces promenades forment un des pans du roman, le verbe "marcher" revenant comme un leitmotiv tout au long du texte. 
Mémoires intimes: "À l'autre bout de la ville, le long de la rivière, un autre parc, une autre source et, dans les allées, des joueurs de boules, presque tous des retraités, devant qui nous nous arrêtons un bon moment. Nous finissons pas les connaître de vue." Ici, Simenon peut tranquillement laisser son commissaire agir de même… Maigret à Vichy: "Après, il s'arrêtaient de même à l'endroit réservé aux joueurs de boules et Maigret suivait gravement deux ou trois parties". 
Mémoires intimes"La nuit tombe. Les lampadaires du parc sont allumés, leur lumière éclaire le feuillage. Un orchestre joue dans un kiosque à musique «du bon vieux temps» et des dizaines d'hommes et de femmes l'entourent, assis sur de petites chaises de fer […]. Teresa et moi tournons autour du kiosque à musique et je suis passionné par certains visages, en particulier par celui d'une femme assez maigre, très pâle, que nous retrouvons chaque soir à la même place." Maigret à Vichy: ici, pas besoin de chercher très loin la comparaison, qui s'impose d'elle-même: c'est en écoutant la musique au kiosque (nous laissons au lecteur le plaisir de chercher le texte correspondant au premier chapitre du roman) que Maigret et sa femme découvrent une dame habillée de mauve, dont l'allure mystérieuse titille la curiosité du commissaire, et qui se trouvera être, tout naturellement, si on peut dire, la victime du meurtre sur lequel il enquêtera… Ce que confirme Simenon lui-même, car après le retour à Epalinges, comme il le raconte dans Mémoires intimes"En septembre, […] je reste imprégné de notre vie à Vichy […]. J'écris, avec mes souvenirs encore chauds, Maigret à Vichy, dont la dame énigmatique du kiosque à musique devient l'héroïne." 
On a là une belle illustration de la transformation de souvenirs en matière à roman, et d'autant plus intéressante qu'elle est explicitement racontée par le romancier. On se prend à rêver qu'on ait pu avoir, pour chacun de ses livres, une anecdote aussi jolie à raconter… 

Murielle Wenger  

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