mercoledì 10 luglio 2019

SIMENON SIMENON. MAIS J’AI BESOIN DE MAIGRET…

A propos de la correspondance épistolaire entre Gide et Simenon (dernière partie) 

SIMENON SIMENON. MA HO BISOGNO DI MAIGRET… 
Sulla corrispondenza epistolare fra Gide e Simenon (ultima parte) 
SIMENON SIMENON. BUT I NEED MAIGRET... 
About the epistolary correspondence between Gide and Simenon (last part)


Dans ce dernier billet consacré aux lettres que Gide et Simenon se sont échangées, nous allons voir comment, petit à petit, Simenon devient plus sûr de lui et revendique la nécessité d’écrire des romans Maigret. Ce qui, à mon avis, illustre cette distance que le romancier se permet de prendre vis-à-vis de son « maître », tout en continuant à solliciter ses avis. 
Une fois Simenon installé en Amérique, la correspondance avec Gide se poursuit. En août 1946, Simenon lui écrit qu’il « ne peut décidément pas vivre sans roman. Même un Maigret [le] soulage ». C’est peut-être là une des premières fois où Simenon se risque à expliquer à Gide le besoin qu’il a de garder Maigret… Et, ne l’oublions pas, depuis qu’il a quitté le Vieux Continent, une sorte de nostalgie s’est emparée du romancier, une nostalgie qu’il va « sublimer » à travers le personnage de Maigret. Dans sa lettre-réponse à Simenon, Gide dit se réjouir de découvrir Trois Chambres à Manhattan, de relire les derniers romans parus chez Gallimard, mais il ne pipe mot à propos de la résolution de Simenon de reprendre Maigret… 
On peut faire la même remarque à propos d’un autre échange de lettres. En janvier 1948, Simenon écrit à Gide qu’il vient d’écrire « coup sur coup deux Maigret […] que je considère comme mes meilleurs » (il s’agit des Vacances de Maigret et Maigret et son mort). On voit bien là comment Simenon a amorcé ce virage qui lui fait considérer ses romans Maigret, sinon aussi importants que les « romans durs », du moins pas dénués d’intérêt… Or, Gide, dans sa réponse, évoque ses lectures de « romans durs » : il aime toujours autant ceux publiés par Gallimard, mais fait part de sa déception devant Lettre à mon juge et Trois chambres à Manhattan : il n’est pas satisfait de la « nouvelle série » écrite par Simenon, car, dit-il, « j’attendais beaucoup et vous ne tenez guère vos promesses – ou du moins ce que vous m’avez fait espérer : un roman. » Douche froide pour Simenon ? Ou avertissement qu’il prend pour salutaire ? Dans tous les cas, dans une lettre qu’il écrit peu après à Gide, il lui parle de ses « romans durs » qui sont « vus par la critique comme des romans policiers. […] Pauvre vieux Maigret ! S’il savait le tort qu’il me fait sans le vouloir… » 
Cependant, on ne peut pas dire que Simenon fasse machine arrière, puisqu’il continue d’alterner romans Maigret et « romans durs »… On a plutôt l’impression que le romancier acquiert une certaine assurance face à Gide, et qu’il se permet, sinon de refuser ses conseils, du moins d’assumer ouvertement sa propre position. En particulier quand il s’agit de défendre ses romans Maigret. Dans une lettre de juin 1949, Gide écrit à Simenon qu’il espère de lui « un extraordinaire renouvellement – heureusement sorti de la fondrière où vous risquiez de vous enliser ». Dans sa lettre de juillet 1949, Simenon explique clairement son point de vue à Gide : « pour me reposer, je vais écrire un Maigret, car je ne suis pas capable d’écrire coup sur coup deux romans durs, et d’autre part je suis mécontent et grincheux quand je reste longtemps sans écrire. Bien des gens doivent se demander pourquoi je continue cette "série policière" : vous voyez que l’explication est toute simple. », et il ajoute qu’il se sent le droit de « faire des œuvres mineures et des œuvres majeures, des études, des croquis, et aussi de reprendre certains sujets, certains thèmes. Or, plus j’avance et plus je voudrais travailler en artisan et, comme un peintre, m’essayer à donner de la vie aux sujets les moins importants. » Et dans une lettre de novembre 1950 : « j’ai à nouveau la sensation réconfortante d’un pas en avant, même quand, pour me reposer, j’écris un Maigret », puis dans une autre lettre de décembre la même année : « je suis en train, après trois romans plus durs, d’écrire un Maigret pour me délasser, et cela me fait chaque fois le même plaisir ».  
Dans une de ses dernières lettres à Simenon, Gide écrit : « Il en est qui viennent me demander : mais enfin, que dois-je lire de [Simenon] ? – Je réponds : tout. » Y compris les romans Maigret ?.... 

Murielle Wenger 

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