martedì 6 novembre 2018

SIMENON SIMENON. MAIGRET, CET ILLUSTRE INCONNU…

Comment un personnage banal devient un héros universel 

SIMENON SIMENON. MAIGRET, QUESTO FAMOSO SCONOSCIUTO... 
Come un personaggio ordinario diventa un eroe universale 
SIMENON SIMENON. MAIGRET, FAMOUS UNKNOWN 
How a commonplace character becomes a universal hero 


«Votre commissaire n'est pas infaillible. Il n'est ni jeune ni séduisant.»; «votre commissaire est quelconque… il n'est pas spécialement intelligent […] Il est d'une écoeurante banalité!»; «gros, gras, sans poésie»; «un simple fonctionnaire, ni beau, ni fort, ni exceptionnel… Il est sans allure et sans panache.»  
Tels sont les termes, rapportés par Simenon lui-même et par ses biographes, avec lesquels Fayard aurait accueilli le personnage de Maigret quand son créateur apporta ses premiers manuscrits à l'éditeur. Si l'on s'en tient effectivement aux critères de 1930, quand démarrait la vogue du roman policier en France, parallèle à celle du roman d'aventures, on peut comprendre que Fayard ait conçu quelques doutes sur l'avenir de ce personnage. Ce n'était effectivement pas un jeune premier, ni un audacieux aventurier, ni un détective aux brillantes et géniales déductions. 
La description qu'en faisait Simenon était celle d'un quidam qu'on aurait pu croiser dans la rue. Son allure physique était ordinaire: certes il avait une certaine corpulence et une certaine stature, mais aucun trait exceptionnel. Il exerçait son métier de policier d'un façon apparemment banale: il n'engageait pas de course-poursuite à travers les rues de Paris, il ne jouait pas du revolver à tout va; mais il s'asseyait à la table d'une terrasse, devant un verre de bière, et observait les passants. Il avait des goûts simples: il n'était pas amateur de gastronomie exotique, il ne jouait pas du violon, il ne passait pas son temps à soigner l'apparence de ses moustaches, il n'était pas fumeur d'opium; ses «substances énergisantes» à lui étaient le tabac, le «gris» ordinaire, les petits verres de vin blanc ou de calvados avalés sur le zinc, et la bonne cuisine bourgeoise des bistrots parisiens. Il ne séduisait pas toutes les jeunes filles en détresse qu'il croisait, ni les dames mûres des palaces, mais il rentrait (presque) chaque soir dans son foyer, où, après avoir embrassé sa femme, il allait soulever le couvercle des casseroles, s'installait dans son fauteuil, lisait d'un œil vague une ou deux pages du journal, puis s'endormait, une pipe éteinte à la bouche… Il n'était pas le fils secret des amours entre une comtesse et un palefrenier, il n'avait pas vécu une enfance bercée par une nurse anglaise dans une demeure coloniale des Indes, et ses ancêtres n'avaient pas combattu aux Croisades; il était issu d'une souche paysanne, qui avait cultivé la terre dans la France profonde depuis des générations. 
Cependant, tout cela n'était qu'un aspect du personnage, et s'il n'avait été vraiment que ce «type quelconque», tel qu'il pouvait apparaître à une première lecture, alors les doutes de Fayard auraient été fondés, et peut-être bien qu'effectivement Maigret n'aurait eu aucun avenir dans la littérature… Mais Simenon eut le génie, dès les premiers romans qu'il consacra à son héros, de le doter, sous son apparence banale, de traits atypiques, en particulier dans sa façon de mener ses enquêtes. Certains ont écrit, à propos du commissaire, que ce sont ses goûts et ses habitudes de vie petit-bourgeois qui, par leur côté rassurant, le rendait proche des lecteurs, et qu'il fallait voir l'origine de son succès inattendu. C'est certes vrai, mais cela n'explique pas tout. Ce qui a probablement séduit encore davantage les lecteurs, c'est cette façon particulière qu'a Maigret de se fondre dans une ambiance, de s'imprégner des lieux, mais aussi et surtout ce don d'empathie qui le fait s'intéresser à tous ceux qu'il croise. Et pas uniquement les suspects, les témoins, les victimes et les coupables. Egalement tous les personnages qu'il rencontre au cours de ses enquêtes, même les protagonistes qui ne font que passer dans l'histoire, et sur lesquels le commissaire jette un regard aigu et pénétrant, décelant immédiatement le petit fait qui rend ces personnages attirants à ses yeux. N'oublions pas cette phrase magnifique que Simenon met dans la bouche de son héros: «Je collectionne les hommes…» (Maigret et le fantôme).  
C'est bien en cela que Maigret, ce personnage banal de prime abord, a atteint l'universalité: son créateur en a fait un découvreur de vérité humaine, et cette vérité est la même, leçon simenonienne bien connue, que l'on vive à Tahiti, à Rome, à New York ou au fond de la Laponie… 

Murielle Wenger 

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