sabato 19 novembre 2016

SIMENON SIMENON. SIMENON ET MAIGRET AU TRIBUNAL

Les interrogations du romancier sur la justice à travers divers écrits  

SIMENON SIMENON. SIMENON E MAIGRET IN TRIBUNALE 
Le interrogazioni del romanziere sulla giustizia in diversi testi 
SIMENON SIMENON. SIMENON AND MAIGRET IN COURT 
The novelist's questioning on justice in various texts  


On sait combien la question de la responsabilité des criminels et des limites de la justice humaine a été importante pour Simenon, qui en a parlé dans des interviews, mais aussi dans de nombreux romans, et en particulier dans les Maigret. La mise en scène de cette interrogation trouve tout naturellement son cadre et son décor dans un lieu précis, le tribunal. Dans l'œuvre du romancier, on rencontre à plus d'une reprise cette "comédie judiciaire", comme la nomme Didier Gallot dans son ouvrage Simenon ou la comédie humaine, et les scènes de tribunal composent une partie plus ou moins importante de l'intrigue de Cour d'assises, Les témoins, Les inconnus dans la maison, Lettre à mon juge, pour ne citer que les plus évidents. Dans les Maigret, la question de la responsabilité sous-tend la trame de plusieurs romans, comme Une confidence de MaigretMaigret hésite ou Maigret et le tueur. 
Deux romans en particulier montrent le commissaire aux prises avec un procès de justice: Maigret chez le coroner et Maigret aux assises. Dans le premier, Simenon a voulu mettre en avant ce qui fait la spécificité du mode de vie américain, vu à travers une enquête menée par le coronerLe romancier, alors qu'il vivait à Tucson, a assisté à un tel procès, et cela lui a donné l'idée de mettre son commissaire dans la même situation. Il suffit de lire les pages qu'il écrit à ce sujet dans ses Mémoires intimes pour y retrouver ce qui fait le point de départ du roman: "Quatre militaires y étaient impliqués. […] Ces garçons avouaient avoir été ivres morts le soir où ils étaient sortis avec la jeune fille. Etaient-ils responsables de sa mort, sous les roues du petit train, à cet endroit proche de la route reliant Tucson à Nogales ? […] Un expert, délégué par les chemins de fer, traçait des plans sur un tableau noir monté sur chevalet. […] De temps en temps, le juge frappait le pupitre de son maillet: - Vingt minutes de suspension… Tout le monde courait s'abreuver de bière ou de Coca-Cola dans un bar situé dans le patio du palais de justice […]. J'imaginais Maigret, si mal à l'aise quand il était appelé à témoigner en justice à Paris, assistant à ce procès […]. Comment et pourquoi la fille avait-elle été décapitée à cent mètres de là par le train ? Ce n'était pas mon affaire. Je souhaitais que mon bon Maigret fasse connaissance avec la justice de l'Ouest et c'est pourquoi j'ai écrit ce roman, presque un compte-rendu d'audience."  
Ce côté "reportage" de Maigret chez le coroner cède la place à des interrogations plus profondes dans Maigret aux assisesroman dans lequel le commissaire se pose maintes questions sur la "théâtralité" d'un procès, où chacun joue un rôle, réduit à un personnage schématique: "Ce n'était pas la première fois qu'à la même barre le commissaire ressentait un certain découragement. Dans son bureau du Quai des Orfèvres, il était encore aux prises avec la réalité et, même quand il rédigeait son rapport, il pouvait croire que ses phrases collaient avec la vérité. Puis des mois passaient, parfois un an, sinon deux, et il se retrouvait […] dans la chambre des témoins avec les gens qu'il avait questionnés jadis et qui, pour lui, n'étaient plus qu'un souvenir. Etaient-ce vraiment les mêmes êtres humains […] ? Etait-ce vraiment le même homme, après des mois de prison, dans le box des accusés ? On était tout à coup plongé dans un univers dépersonnalisé, où les mots de tous les jours ne semblaient plus avoir cours, où les faits les plus quotidiens se traduisaient par des formules hermétiques. La robe noire des juges, l'hermine, la robe rouge de l'avocat général accroissaient encore cette impression de cérémonie aux rites immuables où l'individu n'était rien."  De là à mettre en avant le fait qu'un procès ne peut refléter la réalité, que la justice humaine trouve ses limites, et que, par conséquent, il est quasiment impossible de déterminer la responsabilité d'un criminel, il n'y a qu'un pas, que Simenon franchit allégrement, et on en trouve la trace dans plus d'un de ses écrits. Voir par exemple Maigret hésite, et la mention de l'article 64 du Code pénal, qui doit décider de la responsabilité du criminel au moment de son geste. Si Maigret, lui, a décidé une fois pour toutes de ne pas juger, Simenon, lui aussi, a sa position sur le sujet, qu'il ressasse une fois encore dans l'un de ses textes autobiographiques: "Je ne suis pas le premier à m'étonner, sinon à m'indigner des répliques qui s'échangent aux assises, des questions qui sont posées, des décisions définitives qui y sont prises en «bonne conscience». En bonne conscience et en bonne ignorance. On juge deux êtres complètement différents l'un de l'autre avec les mêmes règles, les mêmes préjugés, les mêmes lois." (dans la dictée Les petits hommes). Que l'on partage ou non les convictions de Simenon, on peut lui reconnaître tout au moins le mérite de garder, même au soir de sa vie, la même force de conviction…  

Murielle Wenger 

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