martedì 18 settembre 2018

SIMENON SIMENSON. MAIGRET ET LES BRAVES GENS, UN ROMAN A CLEF ?

Un parallèle à tirer entre ce roman et la biographie de Simenon au moment de sa rédaction 

SIMENON SIMENON. MAIGRET E LE PERSONE PERBENE, UN ROMANZO A CHIAVE? 
Un parallelo da trarre tra questo romanzo e la biografia di Simenon al momento della sua scrittura 
SIMENON SIMENON. MAIGRET AND THE GOOD PEOPLE OF MONTPARNASSE, A ROMAN A CLEF? 
Drawing a parallel between this novel and Simenon's biography at the time of its writing 


Ecrit du 5 au 11 septembre 1961, Maigret et les braves gens fait partie de ces quelques textes dont Simenon évoque la rédaction dans ses cahiers Quand j'étais vieux. Nous ne voulons pas forcer le trait et rechercher à tout prix des correspondances entre ce que le romancier écrivait à un moment donné de sa vie, et les événements qu'il traversait au même moment. Mais on ne peut s'empêcher parfois de trouver des coïncidences troublantes, d'autant plus lorsqu'on trouve des échos entre ce que le romancier écrit dans un roman et ce qu'il en dit par ailleurs, comme c'est le cas pour ce roman-ci. 
L'intérêt dMaigret et les braves gens ne réside pas tellement dans l'intrigue policière (c'est d'ailleurs une constante de ces romans tardifs de la période des Presses de la Cité), mais plutôt dans la peinture de caractères, et le diable pourrait bien se cacher dans des détails apparemment anodins. Sans aller jusqu'à dire que ce roman est un roman à clef, on peut tout de même, en laissant de côté l'enquête policière menée par Maigret, se concentrer sur les "à-côtés" de cette enquête, et en particulier sur les sentiments du commissaire et ses réflexions liées au temps qui passe et à la perspective de la retraite. 
C'est sur ce point, nous semble-t-il, que l'on peut établir un pont intéressant avec la biographie du romancier. Comme nous l'avons dit plus haut, lorsque Simenon écrit Maigret et les braves gens, ainsi que les romans de la même période, il tient une sorte de "journal intime", notant dans des cahiers ses préoccupations du moment, entre autres ses réflexions par rapport à son métier. Le titre général qui sera donné au recueil de ces cahiers, Quand j'étais vieux, reflète bien la sorte de "crise" que traverse le romancier, et nous pouvons donc mettre en parallèle ce qu'il écrit dans ces cahiers et certaines phrases du roman qu'il rédige au même moment.  
Le 2 septembre 1961, soit trois jours avant le début de la rédaction du roman, Simenon écrit dans son cahier: "Fin des vacances. […] Je retrouve mon bureau […] Je me demande si je vais à nouveau être capable d'écrire. Depuis des semaines, j'ai des remords. L'impression de jouer, au lieu de faire mon métier. […] Pourtant, si j'étais fonctionnaire, si j'étais Maigret, je serais à la retraite. J'ai hâte, maintenant, de me rassurer, de me prouver que je peux encore écrire." 
Comment ne pas faire le rapprochement avec le roman qui nous occupe, qui s'ouvre alors que le commissaire et son épouse viennent de rentrer d'un séjour de trois semaines à Meung. Maigret a beaucoup de peine à "reprendre pied dans la vie quotidienne", "la PJ, le bureau [lui] paraissaient un peu irréels" et le commissaire en est à se demander "ce qu'il y faisait, comme si la vie véritable était là-bas, au bord de la Loire."  
D'un côté, un commissaire qui se met à aspirer de plus en plus souvent au repos dans ces romans de la dernière partie de la saga; de l'autre, un romancier qui commence à douter de son métier. Certes, aussi bien l'un que l'autre ont encore une bonne dizaine d'années à vivre en écriture, mais ce parallèle entre la retraite professionnelle de Maigret et sa retraite en littérature, qui correspond en même temps à la retraite de Simenon en tant que romancier (on admettra que la rédaction des textes autobiographiques correspond à une autre étape littéraire), ne trouve-t-il pas son origine dans ces romans des années 1960, où le romancier, jeune sexagénaire, commence à se poser des questions sur sa production littéraire, tandis qu'il donne à son héros ses premières aspirations à une retraite dont la perspective est de moins en moins effrayante, alors que le commissaire voit le monde tant changer autour de lui… 

Murielle Wenger 

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