sabato 7 maggio 2016

SIMENON-SIMENON: FELICIE, UN ENTRACTE AU BORD DE LA MER

Contexte de rédaction et anecdote autour du roman Félicie est là

SIMENON-SIMENON: FELICIE, UN INTERVALLO IN RIVA AL MARE
Contesto di redazione ed aneddoto intorno al romanzo Félicie est là 
SIMENON-SIMENON: FELICIE, AN INTERMISSION BY THE SEA
Context of writing and anecdote around the novel Félicie est là


1942. Milieu de la guerre. France occupée. Simenon et sa famille habitent depuis bientôt deux ans le château de Terre-Neuve, à Fontenay-le-Comte. En décembre 1941, le romancier a terminé la première partie de Pedigree. En ce début de 1942, les parents du petit Marc s'inquiètent pour la santé de l'enfant, pour qui un séjour au bord de la mer serait bénéfique. Mais, pour cela, il faut obtenir une autorisation de circuler, un "laissez-passer" dont Simenon a aussi besoin, car il veut se rendre à Paris, d'une part pour des contrats à signer, mais aussi pour s'évader, car cet homme à l'éternel bougeotte supporte mal d'être empêché dans ses déplacements… En avril, Simenon obtient enfin le précieux sésame, et il se rend avec Tigy, Marc et Boule à La Faute-sur-Mer, une commune de Vendée, sur les bords de l'Atlantique. La famille s'installe dans une "toute petite villa, loin du village, maigrement meublée mais entourée de dunes", comme la décrit Simenon dans ses Mémoires intimes. Ils y resteront jusqu'au mois de mai, Simenon se baignant dans l'eau encore froide, et allant voir avec son fils les pêcheurs rentrer au port. Pendant cet "entracte de deux mois dans [leur] vie de château" (ibid.), Marc reprend des couleurs, tandis que son père continue d'écrire de nouvelles pages pour Pedigree, puis, au mois de mai, il invente une nouvelle enquête pour son commissaire, qu'il avait laissé de côté depuis près d'une année. Pour ces "retrouvailles", il imagine une intrigue baignée de soleil printanier, dans un air léger qui donne aussi son ton au récit, lors de cette savoureuse confrontation entre Maigret et la jeune et entêtée Félicie. C'est un des romans les plus enjoués de toute la série des Maigret, et peut-être faut-il y voir comme un reflet des sentiments de Simenon, qui a ressenti cette escapade au bord de la mer à la fois comme un délassement en dehors de la rédaction difficile de Pedigree, mais aussi comme une nostalgie du printemps parisien, si loin, bien loin des tracas de la guerre. L'Histoire est là, en arrière-fond, mais aussi la petite histoire: en ce mois de mai, la maison de Nieul, leur "maison de grand-mère" qu'ils avaient dû abandonner à cause de l'avancée de l'armée allemande, est cambriolée, comme l'annoncent les journaux de l'époque: ainsi, L'Ouest-Eclair du 25 mai publie une dépêche du correspondant local, qui donne la liste des marchandises dérobées dans la cave: "50 bouteilles de Haut Barsac, 70 bouteilles de Fleurie, 80 bouteilles de vin blanc de Sancerre, de Pouilly et de Poitiers, quelques bouteilles de champagne nature et de champagne Pommery, 16 bouteilles d'alcool de pays, 30 bouteilles de vin blanc de pays, 50 bouteilles de vin de Pouilly fumé… " Quant au journal Paris-Soir du 26 mai, qui relaie l'information, et qui indique que la police locale n'a pas pu retrouver les voleurs, il conclut: "C'est le moment ou jamais pour Simenon de faire appel aux lumières de son fils spirituel: le sympathique commissaire Maigret…" Tigy se rend à Nieul pour récupérer ce qui peut l'être, avant que la maison soit réquisitionnée, dépose le tout dans un garde-meuble à Fontenay, et retourne à La Faute, pour y retrouver un Simenon alarmé: il a entendu à la radio de la BBC l'annonce d'un possible débarquement sur la côte Atlantique. On quitte à regret la villa, on retourne à Fontenay: "dommage, écrit Tigy dans ses Souvenirs, Terre-Neuve, ce n'est pas très gai". Le rêve, maintenant, ce serait de pouvoir rejoindre Porquerolles, l'île bien-aimée. Par la faute de la guerre, ce sera Saint-Mesmin… 
Murielle Wenger

Nessun commento: