martedì 24 maggio 2016

SIMENON-SIMENON. SIMENON, D'UN FESTIVAL A L'AUTRE

Comment Simenon est devenu président du festival du film de Cannes en 1960

SIMENON-SIMENON. SIMENON, DA UN FESTIVAL ALL'ALTRO
Come Simenon è diventato presidente del festival del film di Cannes nel 1960 
SIMENON-SIMENON. SIMENON, FROM ONE FESTIVAL TO ANOTHER
How Simenon became the president of the Cannes film festival in 1960 
Le festival du film de Cannes s'est clos dimanche, avec le palmarès que l'on sait. Il est bon de se souvenir aujourd'hui que Simenon, en son temps, a aussi été de la fête. Si chacun sait à présent qu'il en fut le président du jury en 1960, et que c'est grâce à lui que fut primé le film de Fellini, La dolce vita (il en a été question sur ce blog à plusieurs reprises), tout le monde n'est peut-être pas au courant des circonstances dans lesquelles il fut appelé à occuper cette présidence… C'est ce que nous allons rappeler dans ce billet d'aujourd'hui.
En mai 1957, Simenon, de retour en Europe après un long séjour américain d'une dizaine d'années, est installé – provisoirement, mais depuis bientôt deux ans – sur la Côte d'Azur (nous en avons parlé il y a quelques semaines), et il ne va pas manquer de se rendre au festival de Cannes, dont le côté glamour n'était pas, quoi qu'il ait pu en dire, pour lui déplaire… En janvier de cette année 1957, il est venu prospecter en Suisse pour y trouver un endroit où s'installer, loin des fastes de la Côte, et il va trouver un château à louer, à Echandens, dans le canton de Vaud. Au festival de Cannes, il était de tradition de donner des réceptions, et les Simenon font de même, comme le relève à l'époque un correspondant du journal "La Suisse": "Une des réceptions les plus réussies fut celle que M. et Mme Georges Simenon ont offerte en leur villa de Cannes, qu'ils doivent quitter dans quelques mois pour la Suisse. On y rencontrait Curd Jurgens, les peintres Vlaminck et Buffet, Jean Cocteau, André Maurois, Jules Romains, Maurice Genevoix, Maurice Lehmann, d'autres encore."
Et c'est au cours de ce festival qu'ont eu lieu les prémices de la future présidence de Simenon… Laissons-le raconter lui-même la chose, comme il l'évoque dans ses Mémoires intimes: "lors du festival de Cannes, cette année-là, dont nous avions été les spectateurs assidus, Fabre-Lebret [le directeur du festival, ndlr] m'avait demandé d'être président du jury l'année suivante. Je lui ai répondu que je […] n'étais membre ou président d'aucune société. Vers la fin de l'année, je devais être, presque par force, infidèle à ma ligne de conduite. Un ministre belge, fort sympathique malgré ça, m'annonçait qu'au cours de 1958, à l'occasion de l'Exposition universelle de Bruxelles, un grand festival du film aurait lieu." Et le ministre de lui dire que le jury, composé uniquement de Belges, doit être présidé par un Belge connu à l'étranger. Simenon tente de refuser, arguant de son récent refus pour Cannes. Le ministre insiste, et Simenon finit par accepter, et c'est ainsi qu'il se retrouve à Bruxelles en mai 1958: "dès la première réunion du jury, j'ai été ébloui, sinon humilié, par les connaissances cinématographiques des jurés que j'étais censé présider; ils avaient tout vu, tout décortiqué, connaissant sur le bout des doigts l'histoire du cinéma, le pedigree des metteurs en scène ainsi que des acteurs." Mais le romancier joue tant bien que mal son rôle de meneur d'un "jury conformiste par essence et par nécessité, bien qu'il soit présidé par Georges Simenon", comme l'écrit un journaliste de l'époque, et que le travail de ce jury ait été, comme le dit un critique, "pas facile à cause de la banalité généralisées des œuvres présentées, et il faut le féliciter d'avoir distribué les prix à bon escient"… Pour la petite histoire, le prix du meilleur scénario fut attribué à l'équipe de scénaristes du film "Fortunella", d'Eduardo de Filippo, et de cette équipe faisait partie un certain Fellini…
Fellini, que Simenon allait retrouver deux ans plus tard à Cannes. Car Simenon, cette fois, n'a pas pu se dérober devant Fabre-Lebret, venu le trouver à Echandens: "c'est un homme aimable, raconte Simenon dans ses Mémoires intimes, fin diplomate de surcroît." Fabre-Lebret rappelle au romancier sa réponse lorsqu'il lui avait demandé d'être président du jury de Cannes. Depuis, lui dit-il, il a présidé le festival de Bruxelles… Simenon répond: " - Je ne pouvais pas refuser, car la Belgique est mon pays
Et la France ?" demande Fabre-Lebret. Simenon ne sait que dire, et son interlocuteur rétorque alors: "- N'est-ce pas la France qui a connu vos débuts et le pays où vous avez fait votre carrière ? N'êtes-vous pas considéré comme écrivain français ?" Que répondre à cela… Simenon est donc pris dans l'engrenage, et c'est ainsi qu'il se retrouvera à Cannes en mai 1960, président d'un jury qui attribuera, en dépit de tout, la Palme d'Or à La dolce vita… 

Murielle Wenger

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