sabato 10 giugno 2017

SIMENON SIMENON. DU MAJESTIC AU GEORGES-V, UN ITINERAIRE REDACTIONNEL ET PSYCHOLOGIQUE

"Pietr le Letton", "Les caves du Majestic", "Maigret voyage", trois romans où on voit les divagations du commissaire dans un palace 

SIMENON SIMENON. DAL MAJESTC AL GEORGE-V, UN ITINERARIO EDITORIALE E PSICOLOGICO 
"Pietro il Lettone", "I sotterranei del Majestic", "Maigret viaggia", tre romanzi dove si vedono le divagazioni del commissario in un hotel di lusso  
SIMENON SIMENON. FROM MAJESTIC TO GEORFGE-V,  AN EDITORIAL AND PSYCHOLOGICAL INTINERARY
"Pietr the Latvian", "The Cellars of the Majestic", "Maigret and the Millionaires", three novels in which we see the chief inspector's divagations in a luxury hotel 

Dans Pietr le Letton, Simenon met l'accent sur le fait que le commissaire est comme un "corps étranger" au Majestic"Il formait en quelque sorte un bloc que l'atmosphère se refusait à assimiler". La première divagation du commissaire dans les couloirs du palace nous le montre empruntant l'escalier, indifférent au personnel qui tente de l'arrêter. Un peu plus tard, il se plante au milieu du hall, faisant une "grande tache noire et immobile parmi les dorures", et, nous dit l'auteur, "le Majestic ne le digérait pas". Plus tard encore, lorsque Maigret, blessé, retourne au palace où il découvrira Torrence assassiné, sa divagation prend une allure encore plus dramatique, avec la "silhouette impressionnante" de "cette sorte de géant", "un homme étrange, blessé, fantomatique". On voit déjà, dans ce deuxième passage du commissaire dans le palace, que son créateur a l'intention de ne pas le cantonner à son aspect inébranlable de superhéros invulnérable. Mais Maigret n'en a pas encore fini, dans ce roman, avec le Majestic: on le verra encore se rendre brièvement dans les sous-sols du palace, "les dessous de cette ruche de luxe conçue pour un millier de voyageurs", un lieu qu'on retrouvera davantage exploré dans Les caves du Majestic; enfin, Maigret retourne au Majestic pour y prendre Pietr en filature, et déjà la description du personnage a évolué: si sa présence est toujours décrite comme une "incongruité" dans le décor, la silhouette n'est plus aussi solide et compacte qu'un roc: le commissaire, mal à l'aise, souffrant de sa blessure, est inconfortablement assis dans un fauteuil de rotin du hall, "mal d'aplomb", dit le texte, ce qui contraste fortement avec la verticalité de sa première visite, lorsqu'il se campait, "planté sur ses jambes un peu écartées". Cependant, il va retrouver sa stature, grâce à sa pipe... En effet, rien de tel que cet instrument pour rétablir l'équilibre de la silhouette, et le texte le dit clairement: "Est-ce parce qu'il avait de nouveau sa pipe aux dents ? […] Toujours est-il qu'à ce moment il était plus solide que jamais." 
Dans Les caves du Majestic, on retrouve le commissaire enquêtant dans ce palace. La silhouette du héros s'étant quelque peu affinée au fil des années d'écriture, elle s'intègre mieux dans le décor, et il s'agit pour Maigret de "s'incruster" dans un lieu, s'en imprégner pour mieux en comprendre l'essence, selon une technique qui lui est chère. Cette fois, ce n'est plus le fantôme erratique que l'on a vu dans Pietr le Letton, mais c'est un arpenteur tranquille du terrain: "paisible, il se promenait dans les couloirs, les mains derrière le dos", "impassible, [il] continuait sa promenade, s'arrêtait, repartait, posait parfois une question"; après avoir exploré les sous-sols, il emprunte l'escalier de service, pour parcourir l'envers du décor. Il lui faudra une deuxième exploration du palace, pour trouver enfin la solution de l'énigme: il gravit tous les étages, "sans se presser, l'air toujours grognon"; comme il est dans une phase de l'enquête où il doit laisser les choses mûrir d'elles-mêmes, son attitude est celle qu'il adopte généralement à cette occasion: il ne "manifestait aucun sentiment. Dans ces moments-là, le commissaire avait une inertie de pachyderme".  
On retrouvera une exploration semblable dans un roman plus tardifMaigret voyage. Si, cette fois, il ne s'agit pas du Majestic, mais du George-V, les divagations de Maigret font écho à celles des deux romans précédents. Le commissaire, qui a appris, au fil du temps, à nuancer ses sentiments face à ceux qu'il rencontre, éprouve maintenant un certain malaise: loin de se camper en bloc monolithique face aux clients du palace, il a l'impression de devoir pénétrer dans un univers "particulier qui lui était peu familier", et il s'y prend avec davantage de circonspection que dans Pietr le Letton ou Les caves du Majestic 
Cependant, ayant aussi rejoint son créateur dans son désir de comprendre, il va s'efforcer de "gratter le vernis pour découvrir, sous les apparences diverses, l'homme tout nu". Pour ce faire, il va devoir pénétrer dans ce milieu, et parcourir le palace pour explorer, une fois de plus, l'envers du décor. C'est ainsi qu'après être parti à la poursuite de la petite comtesse, il "revient sur les lieux du crime", c'est-à-dire au George-V, pour comprendre les agissements du coupable et se mettre littéralement dans ses pas. Et on va le voir effectuer un parcours qui rappelle, en quelques-uns de ses détails, ceux qu'il a accomplis dans Pietr le Letton et dans Les caves du Majestic. Mais la comparaison entre ses différentes manières de faire montrent bien l'évolution du personnage: lorsqu'il arrive au George-V, le personnel a les mêmes réticences qu'autrefois de voir "cet homme au visage grognon" pénétrer dans le hall de l'hôtel; alors que dans Pietr le Letton, le commissaire ne s'en préoccupait pas, cette fois, il va de lui-même prévenir qu'il a prévu de déambuler dans l'hôtel, ajoutant qu'il se fera "aussi discret que possible". Puis Maigret commence sa divagation dans les coulisses, s'interrogeant sur les clients, qui se sentiraient "perdus, comme désarmés, tout nus" sans l'armada de ceux qui prennent soin d'eux dans les palaces. En somme, une réflexion sur la condition des membres de la "jet set", qui va bien plus loin que ce que Maigret en percevait dans les deux romans précédents.  
On voit ainsi, par ces trois exemples, comment, avec un décor semblable, on peut suivre l'évolution de l'écriture simenonienne vers une complexification psychologique croissante des romans, et de son personnage central… 

Murielle Wenger 

Nessun commento: