martedì 16 aprile 2019

SIMENON SIMENON. LES DEUX CHARNIERES DE L'ŒUVRE

A propos de Pedigree et Les Mémoires de Maigret 

SIMENON SIMENON. I DUE CARDINI DELL'OPERA 
Su Pedigree Le memorie di Maigret 
SIMENON SIMENON. THE TWO HINGES IN THE WORKS 
About Pedigree and Maigret's Memoirs


«Entre 1940 et 1945, Simenon écrit Je me souviens et Pedigree, deux livres en un, le premier étant en quelque sorte le brouillon du second. Un jour, on le considérera comme la «matrice de l'oeuvre». Conçu à mi-vie, il permet de comprendre autrement ses écrits tant en amont qu'en aval de cette période.» Ainsi Pierre Assouline définit-il, dans sa biographie du romancier, ce qu'est Pedigree, cet ouvrage qui est comme la charnière de l'œuvre simenonienne. En effet, c'est dans cette autobiographie romancée qu'on trouve l'origine de nombreux thèmes qui traversent l'oeuvre, tels que les relations des héros avec leur famille mais aussi les souvenirs d'enfance du romancier à Liège, que Simenon réutilisera sous d'autres formes dans nombre de ses romans.  
Pedigree est aussi une charnière dans le sens où Simenon y fait une sorte de bilan, de retour sur sa vie passée, sur son enfance, comme pour mesurer le chemin parcouru alors qu'il vient d'être père. Car, s'il a écrit cet ouvrage, c'est «pour faire mémoire», puisqu'il croyait, à ce moment-là, qu'il n'en avait plus que pour quelques années à vivre (même si, et Assouline le souligne bien dans sa biographie, il entre une part de légende dans cette histoire du diagnostic erroné fait par un médecin sur la santé de Simenon… On le sait, le romancier n'a jamais été avare en fait de légendes…), et qu'il voulait faire une sorte de testament pour son tout jeune fils, Marc, né en 1939. Légende ou pas, il n'en demeure pas moins que cette paternité a dû jouer son rôle dans la volonté de Simenon de se retourner sur son passé. Pedigree est donc une charnière dans l'œuvre, parce qu'avec certains de ses souvenirs d'enfance, les thèmes qu'il a traités dans ses romans précédents s'éclairent, et en même temps, d'être revenu sur ses souvenirs va lui permettre d'aborder d'autres thèmes par la suite, qui ont été réveillés par leur évocation dans le texte autobiographique.  
On peut dire que Pedigree est un texte charnière pour toute l'œuvre simenonienne, aussi bien les romans Maigret que les romans durs. S'il y a dans les romans Maigret des thèmes semblables à ceux des romans durs, il en est d'autres qui sont plus spécifiques, parce qu'ils sont, par définition, tributaires du personnage du héros et de ses enquêtes: la biographie du commissaire, son enfance (quoique liée, par bien des points, aux souvenirs du romancier lui-même…), et tout ce qui a trait à son métier de policier. Et donc, pour ce qui est de la saga de Maigret, il y a un autre roman qu'on peut considérer comme une charnière, c'est Les Mémoires de Maigret 
Ce roman a été écrit en 1950, soit au milieu de la chronologie rédactionnelle de la sagaqui a duré de 1929 à 1972. A l'époque où il fait rédiger à son commissaire ses Mémoires, Simenon a déjà écrit, depuis qu'il est installé en Amérique, huit romans consacrés à Maigret, avec qui il s'est «réconcilié» définitivement, et à qui il a confié certains de ses souvenirs nostalgiques du Paris qu'il a connus autrefois. Juste avant Les Mémoires, Simenon avait écrit Un Noël de Maigret, qui montrait son héros sous un jour plus intime. Un peu auparavant, il avait raconté ses débuts dans la police et sa Première Enquête. Faire raconter ses mémoires à son personnage, c'était établir une sorte de bilan, sur le personnage, sur la relation entre le créateur et sa créature. Une fois que Maigret fut revenu sur son passé, son enfance, sa vocation, et qu'il eut mené une réflexion sur son métier, les comptes étaient réglés entre lui et Simenon.  
Après cette mise au point sur certains détails de la saga, et sur Maigret lui-même, Simenon pouvait retrouver un nouvel élan et continuer à parler de son personnage, en l'approfondissant, en lui confiant ses propres interrogations. Les Mémoires de Maigret était le 35e roman de la saga. Il en viendrait encore 40 autres par la suite. Simenon s'était-il douté, en 1950, qu'il n'en était qu'à la moitié de l'édification de cette saga ?... 

Murielle Wenger 

Nessun commento: