martedì 6 febbraio 2018

SIMENON SIMENON. UNE ENFANCE RUE DE LA LOI

Quelques souvenirs d'enfance évoqués dans les écrits du romancier 

SIMENON SIMENON, UN' INFANZIA IN RUE DE LA LOI 
Alcuni ricordi d'infanzia evocati negli scritti del romanziere 
SIMENON SIMENON. CHILDHOOD IN RUE DE LA LOI 
Some childhood memories evoked in the novelist's writings 


Le 6 février 1911, la famille Simenon s'installe au 53 de la rue de la Loi. Elle va y passer six ans. Auparavant, il y avait eu la rue Pasteur, les années de petite enfance pour Georges, et maintenant, rue de la Loi, c'est la préadolescence qui se dessine, avec ses premiers émois, les premières découvertes qui vont s'ancrer dans la mémoire du futur romancier.  
Ce déménagement de la rue Pasteur à la rue de la Loi, c'est Henriette qui l'a voulu. Dans sa hantise perpétuelle de manquer d'argent, elle a trouvé "la" solution: louer des chambres à des étudiants. Simenon, dans son récit Je me souviens, restitue le dialogue qui s'est échangé entre ses parents, et qui montre combien sa mère, malgré sa fragilité apparente, a su montrer un caractère de fer et imposé sa volonté à un Désiré déjà résigné…"Henriette soupire, Henriette est lasse. Elle a mal au dos Elle aura mal au dos jusqu'au jour où elle aura enfin gagné la partie. – A propos, Désiré… Il flaire le danger et ne lève pas les yeux de son journal. – J'ai trouvé une maison… [… ] J'ai pensé que, peut-être, en louant le premier étage… Désiré lève enfin la tête; le journal tombe sur ses genoux. […] – Tu nous vois avec des locataires ? – Nous n'avons pas besoin de les voir. Ils restent dans leur chambre. […] – Et qui ferait leurs chambres ? – Trois lits à faire le matin, ce n'est rien. J'aime encore mieux ça que monter les deux étages toute la journée. Il pourrait lui répondre […] qu'elle en montera davantage quand elle devra, non seulement faire trois lits, mais nettoyer les chambres, allumer trois feux, monter de l'eau et descendre les eaux sales. Il est déjà trop tard. La complainte du strict nécessaire, tant de fois répétée […], a émoussé la résistance de Désiré." 
Tout le passage est sur le même ton, et Simenon fait un portrait féroce d'Henriette. Il en voudra toujours à sa mère d'avoir bousculé la tranquillité de son père; il racontera comment, symboliquement, Désiré ne pourra plus utiliser son fauteuil pour lire son journal en paix. Dans Pedigreele volume où est narré cet espace de vie rue de la Loi, s'intitule "La maison envahie"…. 
Cependant, ces six ans de vie dans la rue de la Loi sont essentielles pour Simenon. Les locataires de sa mère, des étudiants, seront à l'origine de nombreux personnages de ses romans (Le locataire, pour ne citer que le plus évident, mais aussi les divers "hors-la-loi" venus des pays de l'Est, comme dans la nouvelle Stan le tueur), et, d'après ce qu'affirme le romancier, c'est au contact de ces étudiants qu'il aurait découvert la littérature russe. Mais c'est aussi durant cette période qu'il devient enfant de chœur à la chapelle de l'hôpital de Bavière, et qu'il fera le chemin, depuis sa maison, dans les terreurs de ses nuits d'hiver, qu'il racontera plus tard dans les nouvelles Le matin des trois absoutes et Le témoignage de l'enfant de chœur, et dont il dotera son commissaire des mêmes souvenirs de doigts gourds et de pieds gelés… 
Toujours dans Je me souviens, Simenon évoque d'autres souvenirs, où tous les sens sont mis à contribution: "A six heures du matin, Henriette est debout et on entend dans toute la maison le vacarme du charbon, puis du tisonnier dans le fourneau de la cuisinière. Toujours, nous avons eu des poêles qui ne tiraient pas. Toujours, j'ai perçu, de mon lit, l'écho de ce combat livré chaque matin au poêle par ma mère" (faut-il chercher là l'origine des rapports entre Maigret et son poêle du Quai des Orfèvres ?...); "bientôt c'est une autre odeur familière qui m'atteint dans ma mansarde, celle du café – après le bruit du moulin – et enfin celle du lard qui grésille et sur lequel, au moment où nous descendrons, Henriette cassera les œufs." Tout cela, on va le retrouver, transposé, dans un roman où Maigret est venu enquêter à Liège. Dans La danseuse du Gai-Moulin, c'est le jeune Jean Chabot qui habite rue de la Loi, et il est plus qu'évident que le décor où il évolue est celui de Georges à l'époque; il suffit de lire ces quelques extraits du roman pour en être convaincu: "Et l'odeur du café, des œufs au lard monte du rez-de-chaussée."; la mère de Jean Chabot est une "petit personne sèche, nerveuse, qui trottait du matin au soir", et, naturellement, elle abrite des locataires, des étudiants venus de l'Est de l'Europe…  
Mais vient bientôt le temps de quitter l'innocence de l'enfance; l'adolescence se profile déjà, avec ses révoltes, ses explorations d'autres quartiers, ses franchissements de la ligne… Simenon part à la découverte d'autres endroits de Liège, avant de partir à la découverte du monde. Il gardera sa vie durant la nostalgie de son enfance dans un petit quartier presque provincial, et, au soir de sa vie, il cherchera à se rapprocher de cette enfance. Le 6 février 1974, 65 ans jour pour jour après l'installation rue de la Loi, Simenon emménage dans sa dernière demeure, une petite maison de Lausanne, dans un quartier paisible qui devait lui rappeler, peut-être, l'ambiance de son quartier liégeois… 

Murielle Wenger 

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