martedì 7 agosto 2018

SIMENON SIMENON. LES ETAPES D'UNE CREATION /1

Les relations entre le romancier et son personnage; première partie: des débuts jusqu'aux années de guerre 

SIMENON SIMENONI PASSI DI UNA CREAZIONE /1 
Le relazioni tra il romanziere e il suo personaggio; prima parte. dagli inizi agli anni di guerra 
SIMENON SIMENONSTEPS IN A CREATION /1 
The relationship between the novelist and his character; first part: from the beginnings to the war years


D'aucuns l'ont déjà fait remarquer: Simenon était un jeune homme de moins de trente ans, dans toute la fougue de sa jeunesse, lorsqu'il a créé Maigret, un homme pondéré, dont la force tranquille est un reflet de son vécu; en effet, lorsqu'il vient littérairement au monde, le commissaire est âgé de 45 ans, et il a déjà derrière lui une certaine expérience de la vie, entre autres parce qu'il a beaucoup appris par son métier, qui l'a mis au contact de l'humanité jour après jour, année après année. C'est en quelque sorte le miracle et le mystère de la création fictionnelle qui permet à un romancier d'inventer un personnage crédible, quoiqu'à cent lieues de la personnalité de l'auteur lui-même. 
Comme nous l'avons déjà évoqué à plusieurs reprises sur ce blog, cette différence d'âge entre créateur et créature allant par définition en s'amenuisant, il en résulte que les rapports entre eux deux connaissent une évolution. Simenon lui-même en était conscient, et il a évoqué ce fait dans plusieurs interviews. 
Pour illustrer cette évolution, nous avons déjà suivi plusieurs pistes; ainsi récemment, nous avons parlé des modifications dans les descriptions que le romancier donne sur son personnage. Aujourd'hui, nous vous proposons une autre manière de dépister cette évolution, en posant des jalons de dix ans en dix ans dans la chronologie rédactionnelle de la saga maigretienne. 
1930. Simenon, 27 ans, vient de parcourir le nord de l'Europe sur son bateau, et il pressent en lui la fin d'une époque dans sa création littéraire. Il veut sortir de l'impasse où il risque de s'enliser s'il persiste dans l'écriture de romans populaires, et il a besoin de franchir une nouvelle étape, dans la direction de ce qu'il veut faire. Il s'est essayé au roman policier, mais les personnages qu'il a mis en scène jusque-là sont encore trop schématiques, ou trop proches des modèles existants (voir Yves Jarry, inspiré d'Arsène Lupin). Dans une sorte d'intuition, il crée un nouveau personnage, à l'opposé de tout ce qui s'est fait jusque-là, et, pour bien le démarquer, il lui donne un âge de 45 ans, et une déjà longue expérience dans la police. Un fonctionnaire qui pourrait apparaître banal, mais dont les méthodes sont pour le moins inédites. En été 1930, à Morsang, il rédige Monsieur Gallet, décédé et Le charretier de la Providence, et fait travailler son commissaire à sa manière: intérêt pour la victime du meurtre, immersion sur les lieux du crime, approche inédite de tous les protagonistes. Génie créateur de la part de Simenon, qui réussit à rendre véridique ce personnage qui a vingt ans de plus que lui-même… 
1940. Simenon, 37 ans, vient de connaître pour la première fois les joies de la paternité, et celle-ci influence les thèmes de son œuvre. Depuis quelques années, il s'est fait une nouvelle renommée en publiant chez Gallimard, et Maigret est, sinon tombé aux oubliettes, du moins un peu délaissé… Mais dans le contexte difficile du début de la guerre, ce commissaire apparaît peut-être comme une figure rassurante, et pourquoi ne pas le remettre en activité, en rédigeant de nouvelles enquêtes. Dix ans après les premiers romans de la saga, la relation a changé entre le romancier et son personnage, et cela se ressent dans la nouvelle façon qu'a Simenon de mettre Maigret en scène. Une sorte de distance amusée, en même temps qu'une forme de tendresse, qui nous présentent avec un certain humour le commissaire. Certes, c'est toujours le même Maigret et les mêmes méthodes, mais, comme l'écrit Michel Carly, Simenon "a mûri, sa créativité aussi, Maigret également", et cela donne un nouveau statut au commissaire, une nouvelle profondeur. En décembre 1940, Simenon rédige Cécile est morte, ce qui nous vaut cette nouvelle approche du personnage, dont on découvre dans le détail une des "techniques", lors de la fameuse scène au cinéma. Les six romans Maigret parus chez Gallimard constituent une étape transitoire mais nécessaire dans l'évolution des rapports entre le créateur et son héros. 

Murielle Wenger 

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