sabato 26 gennaio 2019

SIMENON SIMENON. DU CLOCHARD JUSQU'AU MINISTRE

Simenon, Maigret et les classes sociales 

SIMENON SIMENON. DAL VAGABONDO AL MINISTRO 
Simenon, Maigret e le classi sociali 
SIMENON SIMENON. FROM THE TRAMP TO THE MINISTER 
Simenon, Maigret and social classes 




«Le commissaire voue en effet une indéfectible sympathie aux petites gens, aux faibles, aux médiocres persécutés […], dont il retrace les parcours dérisoires et pathétiques.», écrit Dominique Meyer-Bolzinger dans l'ouvrage Simenon, De la Vendée aux quatre coins du monde. Nul doute que Maigret se sente effectivement proche de ces «petites gens», ceux qui font partie de ce que Simenon appelle aussi «le monde des humbles». Dans l'interview qu'il donne à Jacques Lanzmann en 1967, le romancier dit: «mes petites gens à moi se situent entre l'ouvrier et la petite bourgeoisie, ces petites gens, ce sont des petits employés, des artisans, des petits commis-voyageurs, des femmes de ménage, des concierges, […] des gens méprisés par le bas et le haut, des gens qui n'ont que très peu de défense.» 
On a souvent écrit que Simenon avait peint, pour l'essentiel, ce monde des petites gens, et que les personnages de ses romans appartenaient surtout à cette classe sociale. C'est à la fois vrai et faux. C'est vrai que beaucoup de ses personnages appartiennent au milieu des humbles, et c'est particulièrement avec ces personnages-là qu'il a cherché à montrer les angoisses de l'homme du XXe siècle. 
Mais, comme l'écrit Michel Carly (in Sur les traces de Georges Simenon), le regard du romancier «grimpe à chaque échelon de la pyramide de nos sociétés», et il faut «balayer radicalement cette légende de Simenon romancier des petites gens dont on l'affuble. Encore une fois, on a oublié de le lire. De voir, dans deux de ses titres, toute l'amplitude de la société qu'il met en scène: de Maigret et le clochard à Maigret chez le ministre.» Et ceci est vrai aussi bien pour les romans durs que pour les romans Maigret. 
Une lecture attentive de la saga nous montre en effet que les enquêtes du commissaire sont loin de se cantonner au petit monde interlope de la capitale, à celui des gagne-petit, et Maigret n'a pas fréquenté uniquement les mariniers des péniches et les patrons des bistrots de quartier… C'était d'ailleurs nécessaire pour le romancier que Maigret enquête aussi dans d'autres milieux, puisqu'il voulait, comme le commissaire le relate dans ses Mémoires, raconter surtout les «crimes qui sont soudain commis dans les milieux où on s'y attendrait le moins». Et donc, Maigret a vraiment parcouru, au cours de ses enquêtes, toute l'échelle sociale, depuis le monde des clochards jusqu'à celui des hautes sphères de la politique. 
Dès le premier roman de la saga (Pietr le Letton), Maigret explore déjà tout le spectre social, de la clientèle huppée des palaces parisiens jusqu'aux plus humbles habitants des quartiers pauvres de Paris. Le romancier affectionne d'ailleurs ce genre de contraste: voir par exemple L'Ombre chinoise et les strates sociales qui se croisent dans l'immeuble de la place des Vosges. La «clientèle» habituelle du commissaire est effectivement celle du petit peuple parisien, mais il lui est arrivé de côtoyer des personnages dans les classes sociales plus élevées: noblesse terrienne (L'Affaire Saint-Fiacre), diplomatie et grandes familles princières (Maigret et les vieillards), membres de la jet-set (Maigret voyage, Maigret et l'affaire Nahour), nouveaux riches et parvenus (Maigret a peur), riches armateurs (Le Port des brumes, L'Ecluse no 1), magnats de l'industrie et du commerce (Les Caves du Majestic, La Première Enquête de Maigret, Un échec de Maigret, Maigret et les témoins récalcitrants), grands chirurgiens et médecins mondains (Maigret se trompe, Maigret s'amuse), notables du barreau (Maigret hésite), etc.… 
Dans Maigret voyage, le romancier attribue à Maigret une sorte de profession de foi: «toute sa vie, il s'était efforcé d'oublier les différences de surface qui existent entre les hommes, de gratter le vernis pour découvrir, sous les apparences diverses, l'homme tout nu.» Et ainsi Simenon nous invite à retrouver une thématique qui lui est chère: peu importent les strates sociales, l'homme est en proie aux mêmes peurs et aux mêmes angoisses, qu'il vive dans la soie ou sur la paillasse d'un taudis… 

Murielle Wenger

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