martedì 22 gennaio 2019

SIMENON SIMENON. MAIGRET A-T-IL PU REPARER DES DESTINS ?

Trouve-t-on des cas pour lesquels le commissaire a pu jouer le rôle de raccommodeur de destinées ? 

SIMENON SIMENON. MA MAIGRET HA POTUTO RIPARARE DEI DESTINI? 
Ci sono casi per i quali il commissario è stato in grado di svolgere il ruolo di rammendatore di destini? 
SIMENON SIMENON. COULD MAIGRET REALLY REPAIR DESTINIES? 
Are there cases for which the Chief Inspector had been able to play the role of mender of destinies? 


Comme nous l'avons vu dans le billet précédent consacré à ce sujet, cette thématique du raccommodeur de destinées est explicitée plus spécifiquement dans des romans de la période des Presses de la Cité. On pourrait donc croire que Simenon n'a vu son personnage dans ce rôle qu'assez tardivement dans la saga. En réalité, il n'en est rien. Si la formule «raccommodeur de destinées»n'apparaît effectivement pas expressément dans les romans des périodes Fayard et Gallimard, lorsqu'elle est utilisée dans les romans plus tardifs, c'est en «négatif», c'est-à-dire que Maigret se rêve dans cette fonction, mais il réalise que c'est plutôt une utopie, rejoignant les doutes de son créateur sur le sujet: «Je me rends néanmoins compte qu'aucune […] pratique, aussi longue soit-elle, d'une branche ou l'autre de la médecine, ne peut faire qu'un homme se mette dans la peau d'un autre homme. […] Le coup de pouce définitif et libérateur n'existe pas. […] J'ai parlé, dès l'âge de seize ans, du rôle idéal que pourraient jouer certains hommes, celui de «redresseur de destinées». Aujourd'hui, je n'y crois plus.» (dictée De la cave au grenier). 
Si Maigret a souvent rêvé de jouer ce rôle, il a dû y renoncer parce qu'il était tenu de respecter les règles de sa fonction de policier, et c'est surtout dans les romans des Presses de la Cité qu'il se tient davantage dans les limites de cette fonction. Tandis que dans les premiers romans de la saga, il s'est permis plus d'une fois de s'ériger en justicier. Ce qui ne veut d'ailleurs pas dire qu'il a toujours réussi à redresser une destinée comme il l'aurait voulu. Dans ses Mémoires intimes, Simenon notait: «Très jeune, pourtant, j'ai vu tant d'existences tourner mal, sombrer dans le drame, que je me suis demandé pourquoi il n'existait pas, pour les êtres momentanément désarmés, l'équivalent des médecins qui oeuvrent à guérir nos maladies. […] Je pensais à quelque chose d'assez vague, de complexe, à des hommes jouant dans la société humaine le rôle de «redresseur de destinées». […] Par la suite, la fréquentation assidue de la PJ au Quai des Orfèvres, et les confidences des commissaires, me révélèrent que quelques-uns d'entre eux, une petite minorité, jouaient, consciemment ou non, grâce à leur expérience des misères de l'homme, un rôle à peu près semblable à celui auquel j'avais pensé. C'est dans un de mes Maigret, je crois, que j'ai écrit le mot «redresseur de destinées», en donnant à mon commissaire la même aspiration confuse que la mienne.»  
Cette remarque peut nous faire penser à ces jeunes gens que Maigret a souvent accueillis dans son bureau, et pour lesquels il éprouvait une sorte de sympathie paternelle, et qu'il s'efforçait, lorsque cela lui était possible, de remettre dans le droit chemin. Cependant, à lire les romans, on trouve peu de cas où Maigret a vraiment pu modifier la destinée de ceux qu'il a côtoyés. Ou s'il l'a fait, ce n'est pas forcément dans un sens heureux. Décider d'arrêter ou non un coupable aura certes une influence sur son destin, mais rien ne dit que celui-ci sera meilleur; que l'on songe par exemple à Anna dans Chez les Flamandsou Angèle dans La Folle de Maigret. Et rétablir l'innocence d'un prévenu n'est pas non plus automatiquement gage d'un avenir serein; voir Le Clinche dans Au Rendez-vous des Terre-Neuvas ou Meurant dans Maigret aux assises 
Les happy ends sont rares dans la saga. Pour Léon et Emma dans Le Chien jaune, le commissaire leur donne une chance de reconstruire leur vie, et les dernières lignes du roman nous montrent le couple attendant la naissance d'un enfant. Pour Prosper Donge dans Les Caves du Majestic, Maigret aura fait en sorte que le père retrouve son fils tant attendu. Est-ce un hasard si dans les deux cas cette conclusion heureuse se fait autour du thème de la paternité ? Probablement pas, et l'on peut penser ici au roman Le Pendu de Saint-Pholien, dans lequel, déjà, Maigret décidait de ne pas arrêter les coupables d'un crime ancien, après avoir songé aux enfants qu'ils avaient eus entre temps; le commissaire, ici, se projette dans l'avenir d'autres destinées… 
Cette ambition de raccommoder des destins, Maigret n'a donc pas eu souvent l'occasion de la satisfaire. Ce qui ne l'a pas empêché de continuer à poursuivre sa route à la recherche de la vérité des hommes, leur offrant sa compassion, son empathie et sa connaissance de l'âme humaine, due à sa longue expérience dans la police… 

Murielle Wenger 

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