sabato 12 gennaio 2019

SIMENON SIMENON. QUATRE ROMANS PRÈS DU DÉSERT

Douze mois à Tumacacori, événements bio-bibliographiques 

SIMENON SIMENON. QUATRO ROMANZI VICINO AL DESERTO 
Dodici mesi a Tumacacori, vicende bio-bibliografiche 
SIMENON SIMENON. FOUR NOVELS NEAR THE DESERT 
Twelve months at Tumacacori, bio-bibliographic events 


Juin 1948. Simenon quitte Tucson et descend encore plus dans le sud de l'Arizona, pour arriver à Tumacacori, quasiment à la frontière du Mexique. Parmi les motifs évoqués, le loyer trop cher pour la maison de Tucson. Mais probablement aussi, et sans doute davantage, le besoin du romancier de trouver de nouveaux paysages, de nouvelles sources d'inspiration. Comme l'écrit Michel Carly (in Sur les routes américaines avec Simenon), «maisons isolées, passages d'individus inquiétants, proximité du Mexique pauvre et coloré, […], fascination des plaisirs offerts par Nogales à dix-huit kilomètres du village, Tumacacori réserve à l'écrivain un cocktail séducteur.» Et comme le raconte Simenon lui-même dans sa dictée Le Prix d'un homme et dans ses Mémoires intimes, l'Arizona de Tumacacori, c'est la fascination du désert et des paysages rêvés des films westerns: le mémorialiste se souvient des cactus, des cow-boys qui menaient les troupeaux, des ranchers qui se mettaient à la poursuite des évadés du pénitencier, des Mexicains qui passaient la frontière en fraude, des arroyos qui se gonflaient sous l'effet des pluies diluviennes, des visites alcoolisées entre voisins… Tous éléments qu'il va mettre en scène, une fois n'est pas coutume, dans le premier roman qu'il écrit sur les lieux mêmes, Le Fond de la bouteille, rédigé en août. La poésie du désert est bien présente dans le roman, mais elle cache une blessure de Simenon: l'histoire raconte la rivalité de deux frères, dont l'un va se sacrifier pour l'autre. Une façon, sans nul doute, pour Georges d'exorciser la culpabilité qu'il a pu ressentir lorsqu'il a appris, huit mois plus tôt, la mort de son frère Christian, engagé dans la Légion étrangère et tué dans une attaque au Vietnam… 
Tout ce que le romancier savoure à Tumacacori n'empêche pas les difficultés de surgir. L'homme est mal dans sa peau, comme le relève Michel Carly, il se querelle fréquemment avec Tigy, et l'annonce de la grossesse de Denyse, si elle emplit Simenon de joie, va cristalliser les problèmes: Régine et Georges parlent pour la première fois de divorce.  
Alors, Simenon se réfugie dans l'écriture, et rien de tel, pour lui faire un peu oublier ses soucis, que de retrouver son bon vieux Maigret, ainsi que ses souvenirs d'un autre temps, d'autres lieux où il a vécu… Ainsi, il rédige d'abord La Première Enquête de Maigreten septembre, histoire d'imaginer comment le policier a fait ses premières armes, et comment les Maigret ont formé un couple heureux dès leur jeunesse. Ensuite, il rédige une nouvelle version de la nouvelle Le Petit Tailleur et le chapelier, sous le titre Bénis soient les humbles, traduite en anglais par Blessed Are the Meek, et qui lui fait remporter le premier prix du concours de nouvelles policières organisé par Ellery Queen's Magazine 
Le roman qui suivra et qui reprendra la trame des deux nouvellesLes Fantômes du chapelier, rédigé en décembre, sdéroule à La Rochelle, ville chère au cœur du romancier. Cette fois, à l'encontre du roman précédent, Simenon opère son habituelle distanciation entre lieu de rédaction et lieu de l'action, et le contraste est au maximum entre les torrides paysages désertiques de l'Arizona et l'ambiance pluvieuse du port charentais.  
Enfin, de fin janvier à début février 1949il écrit un dernier roman à Tumacacori. Alors que les problèmes s'amoncellent, que Simenon le tourmenté s'impatiente («Je n'ai jamais supporté l'attente. Ni de vivre en suspens comme à présent.» avoue-t-il dans ses Mémoires intimes à propos de cette période), le romancier revient une nouvelle fois à son commissaire, qui est comme un facteur d'équilibre pour lui: «Pour me calmer, je tape le quatrième de mes romans de Tumacacori: Mon ami Maigret.» écrit-il à la suite de la phrase précédente dans ses Mémoires intimes. Ce roman, qui est «un peu comme une carte postale de Porquerolles» note encore Simenon dans le même texte, pourrait avoir valeur de signe: Porquerolles, c'est le souvenir lointain de jours heureux, et s'il y fait chaud, ce n'est tout de même pas la même atmosphère que le désert de Tumacacori. Le romancier, à la suite de son héros, s'évade de ce lieu, et il lorgne vers un nouvel ailleurs. S'il a déjà la Californie dans le viseur, il va d'abord s'installer, en juin 1949, de nouveau à Tucson, pour cinq mois, le temps de devenir père une deuxième fois… 

Murielle Wenger 

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