martedì 29 gennaio 2019

SIMENON SIMENON. UN ROMANCIER ET SON PERSONNAGE EN EXIL

Sur le contexte de rédaction du roman "La Maison du juge" 

SIMENON SIMENON. UN ROMANZIERE E IL SUO PERSONAGGIO IN ESILIO 
Sul contesto di scrittura del romanzo "La casa del giudice " 
SIMENON SIMENON. A NOVELIST AND HIS CHARACTER IN EXILE 
About the writing context of the novel "The Judge's House" 


Nous sommes à la fin janvier 1940. Plus de quatre mois auparavant, la France et l'Angleterre ont déclaré la guerre à l'Allemagne, qui venait d'envahir la Pologne. Depuis lors, les armées campent sur leur front respectif, et les populations sont en attente de la suite des événements. A mi-janvier, on créé en France les cartes d'alimentation, et les denrées sont rationnées. Chacun se prépare à faire des réserves, et Simenon arrache les fleurs de son jardin de Nieul pour les remplacer par des plantations de légumes.  
Le romancier, comme à chaque fois que les événements autour de lui le bouleversent, se replie sur son univers proche: il prend des photos de son petit Marc âgé de quelques mois, et il se réfugie dans l'écriture. Il rédige des romans durs destinés à Gallimard, et, parce que Maigret a toujours été un facteur d'équilibre pour lui, il reprend son personnage qu'il avait abandonné depuis quelque temps. En décembre 1939, il écrit Les Caves du Majestic, et à la suite, en janvier 1940, La Maison du juge 
Dans ce deuxième roman, Maigret a été muté en province, pour une sombre histoire dont on ne connaît pas les détails, mais qui sent l'embrouille administrative et politique. Les chercheurs simenoniens ont essayé de savoir à quoi pensait le romancier en imaginant cette mutation du commissaire, et ils ont évoqué les suites de l'affaire Stavisky. Simenon lui-même donna des explications ultérieures dans Maigret chez le ministre et Maigret et l'homme tout seul, des explications qui en réalité brouillaient plus les cartes qu'elles n'éclaircissaient les choses… Alors, peut-être faut-il choisir une autre voie de recherche, et se référer à la propre situation du romancier lorsqu'il écrivait ce roman.  
Maigret se retrouve loin de son bureau parisien, de son équipe de collaborateurs habituels, et il trompe son profond ennui en faisait d'interminables parties de billard avec le patron du café de Luçon. On est en Vendée, au mois de janvier, et il pleut sans discontinuer. Autant dire que le commissaire sautera sur la première occasion venue pour fuir cette ambiance, et que la visite de la vieille Didine tombe à pic. Et puis, L'Aiguillon a l'avantage sur Luçon de se trouver en bord de mer, et Maigret, à tout prendre, préfère encore l'atmosphère d'un port de pêcheurs… 
Au début du roman, lorsque le commissaire est dans le taxi qui l'emmène à L'Aiguillon, le narrateur note: «Quelque chose s'agitait faiblement dans l'âme de Maigret, comme un espoir. Il n'osait pas encore s'y abandonner. Est-ce que le hasard allait lui apporter, tout au fond de la Vendée, où on l'avait exilé ?...»  
Nous pensons que ce mot «exilé» pourrait bien être une clé du roman. S'il avait été seulement question de nostalgie, le romancier aurait très bien pu écrire un roman où le commissaire enquêtait à Paris, et lui faire retrouver le petit bistrot du coin ou les quais de la Seine… Or, il choisissait pour son personnage la même atmosphère où lui-même vivait, et lui faisait partager son propre sentiment d'être en exil. Parce que c'était bien de cela qu'il s'agissait: dans l'attente des événements, dans l'incertitude du lendemain, Simenon se sentait enfermé, lui qui ne tenait jamais en place. En décembre 1939, il écrivait à Maurice Garçon: «Nous vivons dans notre trou», comme le signale Michel Carly, dans son ouvrage Simenon, Les années secrètes. 
Le biographe mentionne aussi une lettre à Gallimard en septembre 1940, dans laquelle le romancier informait son éditeur qu'il avait des problèmes d'argent, ce qui le fit proposer à diverses revues de nouveaux textes à publier en préoriginales; diverses nouvelles, mais aussi des romans Maigret, puisqu'il avait repris son personnage. C'est ce qui a fait dire à certains que cette reprise était uniquement due à des motifs financiers. Mais, comme nous l'avons déjà souvent écrit sur ce blog, et comme nous espérons l'avoir montré avec ce billet d'aujourd'hui, nous pensons que là n'était pas la seule raison de cette reprise, et que Maigret a sûrement représenté pour Simenon quelque chose de rassurant en cette période troublée…  

Murielle Wenger 

Nessun commento: