mercoledì 27 aprile 2016

SIMENON SIMENON. LA TETE D'UN HOMME S'EXPORTE EN AMERIQUE


A propos du film The man on the Eiffel Tower, avec Charles Laughton dans le rôle de Maigret

SIMENON SIMENON. A MAN'S HEAD IS EXPORTED TO AMERICA
About the film The Man on the Eiffel Tower, with Charles Laughton in the role of Maigret
SIMENON SIMENON. LA TESTA D'UN UOMO SI TRASFERISCE IN AMERICA
Si tratta del film The man on the Eiffel Tower, con Charles Laughton nel ruolo di Maigret 
Quand Simenon est parti en Amérique en 1945, il s'agissait non seulement de se reconstruire une vie, mais aussi de gagner la "bataille américaine" sur le plan de son œuvre: il voulait conquérir un nouveau marché, littéraire d'une part (dans les années '30, les premiers romans Maigret avaient été traduits et publiés aux USA par l'éditeur Covici, et dans les années '40, c'est l'éditeur Harcourt Brace qui avait repris le flambeau, en publiant une vingtaine de Maigret et une dizaine de non-Maigret; il s'agissait dès lors de conquérir un nouveau public, et pas seulement des lecteurs de romans policiers), et cinématographique d'autre part: le "mirage hollywoodien" attirait aussi Simenon, et il espérait bien vendre les droits d'adaptation de certains de ses romans aux Américains…
En 1948, le romancier se rend à Hollywood, où il signe un contrat pour une adaptation de La tête d'un homme. C'est l'acteur Burgess Meredith qui est chargé de tourner le film (il interprétera aussi le rôle de Heurtin), sous le titre de The man on the Eiffel Tower (L'homme de la Tour Eiffel). Le rôle du commissaire est confié à Charles Laughton, acteur de théâtre (où il a été notamment le premier à interpréter sur scène le rôle d'Hercule Poirot) et de cinéma. Certaines scènes extérieures seront tournées à Paris (notamment et évidemment, les scènes qui se passent près de la Tour Eiffel).
Simenon a eu des rapports semble-t-il cordiaux avec l'acteur lorsqu'il lui a été présenté avant le tournage (il le qualifie d'"énorme masse souriante qui évolue avec la légèreté d'une danseuse", dans Mémoires intimes… c’est presque une description affectueusement caricaturale de Maigret !). Dans ses Mémoires, Maigret lui-même n'a pas grand-chose à reprocher non plus à Laughton, si ce n'est que sous ses traits, le commissaire "a grossi à [s'] en faire éclater" et qu'il parle anglais comme si c'était sa langue maternelle !
Le film sort le 2 avril 1950 (selon certaines sources, il serait déjà sorti en décembre 1949 ou en janvier 1950, ces deux dates correspondant probablement à la sortie aux USA et celle d'avril à la sortie en France…). C'est la deuxième adaptation cinématographique du roman après celle de Julien Duvivier en 1933 (avec Harry Baur en Maigret), et le résultat n'a pas eu beaucoup plus de succès cette fois… C'était décidément difficile de trouver un acteur convaincant dans le rôle, et de réussir une adaptation qui respecte l'esprit des romans. A se demander si les meilleurs Maigret ne sont pas ceux du petit écran, parce que, construits sur la durée, ils permettent des ajustements progressifs dans le ton et un "apprivoisement" du personnage de Maigret par celui qui l'interprète…
Pour ma part, j'ai eu l'occasion de visionner L'homme de la tour Eiffel, et voici ce que j'écrivais à l'époque sur ma première impression:
"Le film est une adaptation plutôt étonnamment fidèle… avec les quelques modifications inévitables. La fameuse scène finale, la poursuite sur la tour Eiffel, si elle plutôt prenante en soi, est peut-être un peu trop hollywoodienne pour un Maigret. Cela donne l’impression que le réalisateur voulait absolument une scène dans le monument mythique, mais il faut reconnaître que cette scène a du mal à s’intégrer dans la trame du récit…à preuve ce fait contradictoire: Maigret fait tout pour que Radek ne se jette pas du haut de la tour, ce qui ne l’empêche pas de l’arrêter, alors qu’il sait pertinemment que l’homme finira sur l’échafaud. Alors, qu’est-ce que cela change, au final, que Radek se suicide ou qu’on lui coupe la tête… ? Ah oui, peut-être le fait que le coupable doit payer son crime, et cela selon les lois de la Justice… mais quand on sait à quel point Maigret est brouillé avec la justice des hommes…
Charles Laughton n’est pas plus mauvais qu’un autre en Maigret; peut-être un peu trop enveloppé au physique, et à peine trop grimaçant. Bilan: dans l’ensemble, un film assez convaincant, et qui vaut le coup d’œil, ne serait-ce que pour les prises de vues de tournage dans le vrai Paris de la fin des années ’40… C’est presque un documentaire !"
Un dernier petit fait intéressant à noter: lors de la réédition par Fayard de la collection Maigret en 1950, avec de nouvelles couvertures photographiques, on choisit, pour le roman La tête d'un homme, de l'illustrer avec un portrait de Charles Laughton, et le titre du roman lui-même devint L'homme de la Tour Eiffel… 

Murielle Wenger

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