sabato 4 giugno 2016

SIMENON-SIMENON: UNE INTERVIEW EXCLUSIVE DE SIMENON

Simenon et Maigret: extraits commentés d'une interview de mai 1962

SIMENON-SIMENON: AN EXCLUSIVE INTERVIEW WITH SIMENON
Simenon and Maigret: commentary on extracts from an interview in May 1962 
SIMENON-SIMENON: UN'INTERVISTA ESCLUSIVA DI SIMENON
Simenon e Maigret: estratti commentati di un'intervista di maggio 1962 



Non, il ne s'agit pas d'un entretien mené de l'au-delà… Mais j'ai retrouvé, grâce à la bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne, qui, sur son site http://scriptorium.bcu-lausanne.ch, propose des archives de journaux suisses, un article de l'hebdomadaire Pour Tous du 1er mai 1962, consacré à Simenon, dans lequel il est interrogé à propos de Maigret. En effet, ce journal se proposait de faire paraître en feuilleton le roman Maigret voyage, comme il l'annonçait: "L'hebdomadaire Pour Tous a fait un effort particulier en s'assurant les droits de reproduction d'un roman de Georges Simenon. […] Ce qui a guidé la rédaction dans le choix de cette œuvre, c'est que l'action se passe en partie en Suisse, à Lausanne, on l'on voit le célèbre commissaire de la P.J. parisienne enquêter dans un grand palace de l'endroit, à la recherche de la petite comtesse Paverini, sans craindre pour autant de boire un coup de blanc du pays, en compagnie du chef de la Sûreté vaudoise…". Le feuilleton allait paraître chaque semaine, du 8 mai au 17 juillet, soit 11 livraisons, avec à chaque fois une illustration de Jean Leffel, dessinateur attitré du journal et connu aussi pour son activité de caricaturiste au Canard enchaîné.
Une semaine avant que le feuilleton ne débute, le journal proposait donc une interview de Simenon, dont je vous commente quelques extraits ci-dessous. Les questions sont nombreuses, mais je me suis focalisée sur ce qui concerne Maigret.
La première question de la journaliste, Isabelle Aguet, porte sur les origines de Maigret: elle demande à Simenon comment son personnage est né dans son imagination. Simenon raconte alors que lorsqu'il avait
six ans, son grand-père l'emmenait se baigner dans la Meuse, et qu'ils y retrouvaient des amis de celui-ci: "Parmi eux se trouvait un commissaire de police, du nom de Saint-Hubert. Il est possible que j'aie gardé, dans un coin de ma mémoire, le souvenir de ce personnage […]. D'autre part, j'ai été journaliste […] et j'ai commencé, bien entendu, par «les chiens écrasés», ce qui m'a ouvert des lucarnes sur le monde des commissariats." Pour l'anecdote, on notera que Saint-Hubert est le nom d'un commissaire que Maigret connaît bien dans Maigret et les braves gens…
Une autre question porte sur le patronyme du commissaire, et la journaliste se demande si c'est par "malice" que le romancier a doté son massif héros de ce nom qui signifie "maigrelet". Et Simenon de répondre qu'il avait cru inventer ce patronyme, et qu'il vient de lire, dans une étude sur Sainte-Beuve, qu'en 1855, celui-ci eut affaire à un certain commissaire Maigret, qui était alors chef de la Sûreté de Paris…
La journaliste demande ensuite à quoi est dû le succès du personnage de Maigret. Son créateur répond: "Maigret est avant tout humain et bon type. C'est un petit bourgeois, comme il y en a des milliers à Paris et ailleurs. C'est en outre le premier policier professionnel à être un héros de roman, et un héros plutôt sympathique… Remarquez qu'il ne juge jamais, il n'est jamais révolté contre ceux qu'il doit arrêter."
Puis une nouvelle question porte sur le succès de Maigret en Grande-Bretagne (rappelons que c'est l'époque où est diffusée la série avec Rupert Davies), et Simenon raconte qu'il a écrit pour cette série les paroles d'une chanson, mais qu'il ne peut la faire connaître aux lecteurs du journal, pour des questions de droits non encore déposés… Heureusement pour nous, Simenon, bien plus tard, évoquera cette chanson dans une de ses Dictées, et vous pouvez en lire le texte sur le site de Steve Trussel: http://www.trussel.com/maig/archive09.htm#bottom...
Une autre question s'intéresse à la raison qui fait que Simenon continue à écrire des Maigret, et il répond que c'est "Par sentimentalité. Ecrire un Maigret, pour moi, c'est rafraîchissant. Je suis devenu écrivain à la façon d'un artisan, en commençant par les Maigret, parce que je ne me croyais pas encore capable d'écrire autre chose. Je «sors» en moyenne un Maigret par an et je ne ferai jamais mourir le commissaire… D'ailleurs, mes lecteurs seraient capables de m'assassiner ! […] Pour beaucoup de lecteurs, le commissaire Maigret existe réellement, travaille chaque jour, Quai des Orfèvres, et il est fréquent que la Police judiciaire de Paris me fasse suivre ici des lettres qu'on lui a adressées […]. Je ne sais pas d'ailleurs moi-même jusqu'au dernier jour qui a tué, car si je le savais, je n'écrirais pas le livre, cela ne m'intéresserait plus ! J'ignore, quand je commence un roman, ce que deviendront mes personnages."
Puis Simenon montre encore à la journaliste la fameuse médaille qu'il a reçue en 1952 lors de sa visite au Quai des Orfèvres, quelque chose, dit-il, dont il est très fier… Un témoignage, si besoin en était, de la relation privilégiée qu'il entretient avec son personnage, et de l'attachement qu'il lui voue… 

Murielle Wenger

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