martedì 9 agosto 2016

SIMENON SIMENON. LA FOLLE D'ITTEVILLE FAIT LA FETE… POUR RIEN

L'essai sans lendemain d'un roman photographique 

SIMENON SIMENON. LA PAZZA DI ITTEVILLE FA LA FESTA… PER NIENTE 
La prova senza futuro di un romanzo fotografico 
SIMENON SIMENON. THE MADWOMAN OF ITTEVILLE HAS A PARTY… FOR NOTHING 
A test without a future for the photographic novel



"Georges Simenon a l'honneur de vous inviter le mardi 4 août de 21 h 30 à minuit à prendre une coupe de champagne à bord de son bateau l'Ostrogoth, où, avec Germaine Krull, il aura le plaisir de vous dédicacer le premier volume de la série des romans photographiques «Phototexte» qu'ils ont entrepris ensemble."  
Tel est le texte du carton d'invitation envoyé en 1931 à tous ceux que Simenon conviait à faire la fête, et on peut imaginer que plus d'un se réjouissait au souvenir de ce qu'avait été la folle nuit du Bal anthropométrique, espérant qu'il en serait de même cette fois-ci… Et ils n'allaient pas être déçus, comme l'attestent les comptes-rendus parus dans les journaux des jours suivants: "dans la nuit, l'Ostrogoth, amarré au pont Marie, brillait de tous ses feux, les cordages illuminés et en haut du grand mât l'étoile polaire. A bord, Germaine Krull et Georges Simenon dédicaçaient leur livre La folle d'Itteville. Sur le quai, on buvait à la prospérité de Jacques Haumont. [On] versait des flots de whisky et de champagne. On dansait aussi au son d'un accordéon et d'un banjo. Jamais on n'aurait pu croire qu'il y avait encore à Paris tant de Parisiens peintres, écrivains, cinéastes, photographes, sans compter les étrangers de passage. Belle réunion qui ameutait, sur le pont, la foule des badauds. Des autos descendues sur le quai éclairaient de leurs phares le petit bal intime."  
Si la fête fut un succès, il n'en fut pas de même du roman lui-même, malgré quelques critiques encourageantes: "un roman […] relevé de photographies qui lui donnent un aspect tout à fait inattendu et très séduisant. On pourrait même dire qu'il s'agit d'un excellent film… commenté par un excellent romancier", pouvait-on lire entre autres.  
Germaine Krull faisait partie des grands photographes de l'entre-deux-guerres. Elle travailla pour de nombreux journaux, illustra des livres, et publia plusieurs albums, dont un sur des vues de Paris. Simenon la connaissait depuis un certain temps, puisque c'était elle qui avait créé la couverture photographique du roman La nuit du carrefourElle fut sollicitée par Jacques Haumont, un jeune éditeur, qui voulait lancer une nouvelle collection policière illustrée de photographieset, bien entendu, pour les textes, il fit appel à un "maître" du genre, Simenon. Celui-ci accepta, et il écrivit, entre avril et juin 1931, une série de nouvelles mettant en scène un inspecteur de la PJ, surnommé G7: La nuit des sept minutes, La folle d'Itteville, Le Grand-Langoustier, L'énigme de la Marie-Galante, quatre textes rédigés entre des romans Maigret. Pourquoi, peut-on se demander à la suite de Francis Lacassin (in Sancette contre Maigret, dans le volume Omnibus Les exploits de l'inspecteur Sancette)Simenon prit-il le risque de mettre G7 en concurrence avec Maigret, dans une deuxième fête aussi tonitruante que celle du bal quelques mois plus tôt ? Réponse pleine de bon sens de Lacassin: parce que le succès de Maigret était encore loin d'être complètement assuré après ces quelques mois, et c'est "délibérément [que Simenon] a gardé deux fers au feu, en attendant de savoir lequel des deux, de Maigret ou de G7, l'emporterait". Et si c'est Maigret qui a gagné, c'est parce que d'une part le personnage était beaucoup plus original que G7, et d'autre part, comme l'écrit Lacassin, parce que le poids éditorial de Fayard était plus puissant que celui de Haumont. Sans compter que cette collection "phototexte", si elle présentait une idée en avance sur son temps, avait contre elle que son exécution fut ratée dès son premier numéro: mauvaise mise en page, mauvais tirage des clichés, mauvais papier… L'expérience resta sans lendemain, et Simenon garda les manuscrits des trois autres nouvelles jusqu'en 1933, quand il les donna à Gallimard pour son hebdomadaire Marianne, où elles parurent avec des illustrations signées… Germaine Krull.  
Simenon, lui, comprit sans doute qu'il pouvait se consacrer dorénavant au succès de son commissaire, et c'est pourquoi, quelque dix jours plus tard, il descendait avec son Ostrogoth jusqu'à Deauville, pour une séance de signatures au bar du Soleil. Mais ceci est une autre histoire… 

Murielle Wenger

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