sabato 27 agosto 2016

SIMENON SIMENON. UN VOYAGE DANS UNE INTRIGUE JURIDIQUE ET EDITORIALE

Une savoureuse anecdote à propos du roman Maigret voyage 

SIMENON SIMENON. VOYAGE INTO A LEGAL AND EDITORIAL INTRIGUE 
A funny anecdote about the novel Maigret and the Millionaires  
SIMENON SIMENON. UN VIAGGIO IN UN INTRIGO GIURIDICO ED EDITORIALE 
Un divertente aneddoto a proposito del romanzo Maigret viaggia 


Le premier roman que Simenon rédige à Echandens, au mois d'août 1957, est Maigret voyage, dans lequel le romancier promène son héros sur ses propres traces, puisqu'il le fait mener son enquête en partie sur la Côte d'Azur (que Simenon a quittée il y a peu) et en Suisse, à Lausanne. Un des thèmes de ce roman est la découverte par Maigret du milieu de la "jet set", et il met en scène quelques personnages de milliardaires, qui passent d'un palace à l'autre, retrouvant chaque fois le même décor, les mêmes habitudes sécurisantes. Pour les besoins de l'enquête, Maigret se met à la poursuite de la "petite comtesse", la maîtresse de la victime. Dans son manuscrit, Simenon donne à ce personnage féminin le patronyme "Palmieri", du nom du comte, italien comme il se doit, épousé par la dame. Le choix du nom d'un personnage fait partie d'un mécanisme complexe, où peuvent intervenir le hasard, l'inspiration du moment, et, dans le cas de Simenon, de l'usage de listes établies par lui à partir d'annuaires téléphoniques. On ne sait donc trop sur quelle base le romancier a choisi le nom de "Palmieri", mais il se trouve que ce choix va lui causer quelques ennuis, et fournir pour ce roman une anecdote que nous allons vous raconter, en nous inspirant de ce que Michel Carly en a écrit dans son essai "Les secrets des «Maigret»".  
Avant d'être publié aux Presses de la Cité, le roman parait en feuilleton dans le journal le Figaro, dès le 18 février 1958, et, six jours plus tard, le journal reçoit une lettre d'un lecteur, nommé Roger Palmieri, qui se trouve être avocat à Paris, et qui s'indigne de ce que son nom ait été attribué à un personnage dont il estime les mœurs pour le moins dissolues… Ce n'est pas la première fois que Simenon a affaire à des gens qui ont cru se reconnaître dans ses personnages, et qui sont allés, pour certains, jusqu'à intenter un procès au romancier, mais en l'occurrence, il ne semblait pas y avoir de quoi fouetter un chat, puisqu'on aurait pu rétorquer à l'avocat tatillon que des centaines de patronymes avaient été attribués à des personnages de romans, et que leurs homonymes n'en avaient pas fait une affaire personnelle pour autant… Mais ce monsieur Palmieri ne veut pas en démordre, et il demande, pour ne pas dire qu'il exige, que ce nom soit supprimé dans les prochaines parutions du feuilleton. Ce qui est fait, et, dans l'édition du 27 février du Figaro, on peut lire: "une homonymie involontaire oblige Georges Simenon à modifier le nom de l'un de ses personnages qui, à partir de ce jour, devient la comtesse Paverini" 
On pourrait croire l'affaire close, mais il n'en sera rien. Il se trouve que les volumes ont
été imprimés bien avant la parution du feuilleton, et lorsque le roman paraît en librairie au début du mois de mars, le nom qui y est mentionné est Palmieri; nouvelle indignation de l'avocat, qui assigne Simenon à comparaître devant le tribunal civil de la Seine; on ordonne à l'éditeur et au romancier de remplacer le nom de Palmieri par celui de Paverini dans la prochaine édition de Maigret voyage, et l'affaire s'arrête heureusement là, du point de vue judiciaire tout au moins…
Car il reste un détail piquant: la première réédition du roman a lieu en 1961, sous la couverture "pipe et rond de fumée", bien connue des collectionneurs. L'exemplaire que je possède date de 1965, et on y trouve, sur la quarantaine de mentions du nom de la comtesse (Paverini d'après la correction), deux cas où le nom est "Palmieri". Oubli des correcteurs ? (Ne possédant pas d'exemplaire, plus ancien, je ne peux vérifier la chose, et j'invite nos lecteurs à nous renseigner sur le sujet s'ils le peuvent…) Ou première tentative discrète de rétablir le nom original ? Car, dans l'édition ultérieure, des années 1970, celle dite "à la pipe", on trouve une augmentation des mentions "Palmieri" (dans mon exemplaire de 1971, douze fois Palmieri), puis dans l'édition postérieure (exemplaire de 1982), les Palmieri prennent nettement le pas sur les Paverini, qui eux, descendent à neuf mentions… Enfin, notons que pour la première édition des Œuvres Complètes, chez Rencontre (1968), on ne trouve que Paverini. Les éditions actuelles (Livre de Poche et Tout Maigret chez Omnibus) ont rétabli le patronyme d'origine. Par contre, pour les traductions, on a utilisé Paverini, que ce soit pour l'anglais, l'espagnol ou l'allemand. Pour l'italien, la traduction chez Adelphi propose Palmieri, mais je ne sais pas ce qu'il en était pour les volumes chez Mondadori (l'appel est lancé à nos amis italophones pour une vérification dans leurs exemplaires anciens…). Reste à susurrer à l'éditeur Penguin, qui est en train de rééditer la collection complète, de faire le bon choix et de rétablir Palmieri, n'en déplaise à l'avocat de 1957… Au fait, maître Roger savait-il que son nom était aussi celui que portait le personnage principal de la Veuve Joyeuse, dans la version française de l'opérette de Franz Lehar ? Simenon connaissait-il cette œuvre ? Que ce soit le cas ou non, la "petite comtesse" du roman aurait sûrement porté avec une certaine élégance ce surnom de "veuve joyeuse"…

Murielle Wenger

1 commento:

Fulvio Nolli ha detto...

Io possiedo il volume Mondadori della collana Oscar Scrittori del Novecento, edizione del 1994 (ristampa) con traduzione di Marina Bianchi. Qui la contessa si chiama Palmieri