martedì 10 gennaio 2017

SIMENON SIMENON. CHEZ "L'ANGLAISE AU CAMEMBERT"…

Ou comment se nourrir à Paris quand on n'a pas le sou 

SIMENON SIMENON. DA "L'INGLESE AL CAMEMBERT"... 
Ovvero, il modo di mangiare a Parigi quando si è senza un soldo 
SIMENON SIMENONABOUT CAMEMBERT CHEESE IN THE ENGLISHWOMAN'S HOUSE.. 
Or how to eat in Paris when you do not have a penny 


170, rue du Faubourg Saint-Honoré. C'est la deuxième adresse du jeune Sim fraîchement débarqué à Paris. En janvier 1923, il quitte l'hôtel Bertha où il vient de passer un mois. Déjà décidé à franchir une première ligne, il délaisse le boulevard des Batignolles pour se rapprocher des endroits stratégiques. Comme son bureau, chez Binet-Valmer, est situé avenue Beaucour, il cherche un nouveau logement, qu'il trouve, comme l'écrit Pierre Assouline dans sa biographie, "dans la partie la plus bourgeoise du VIIIe arrondissement, près d'une de ces artères que l'Arc de Triomphe dispose en étoile". Il loue une chambre chez une vieille Anglaise, où il va passer à peine deux semaines, à cause d'un incident qu'il a raconté lui-même à plusieurs reprises dans ses Dictées, faisant un épisode pittoresque de ce qui, sur le moment, avait peut-être pu lui apparaître moins drôle… 
Simenon, dans On dit que j'ai soixante-quinze ans, relate comment, dans sa famille, on était plutôt gros mangeur, appréciant les plats roboratifs, et Georges n'échappait pas à la règle, lui aussi étant doué d'un fort appétit, un appétit qu'il a légué à son personnage de commissaire… 
Donc, débarqué à Paris, Simenon, comme Maigret, devait loucher devant les vitrines des restaurants et des boutiques alléchantes"Je gagnais très peu d'argent, et mon grand souci était de satisfaire cet appétit qui était en moi; le luxe ne m'apparaissait pas aux terrasses des cafés célèbres des boulevards, ni aux vitrines de la rue de la Paix, mais, plus prosaïquement, à l'étalage des charcuteries." C'est Maigret, dans ses Mémoires, qui évoque ainsi son appétit "légendaire", mais on pourrait probablement transférer sans autre cette phrase à son créateur, qui lui, en plus de son appétit pour la nourriture, était aussi doué d'un appétit de vivre et d'un appétit pour d'autres choses moins culinaires, telle son appétence sexuelle, différant sur ce point de son héros… 
Le jeune Sim, ne disposant guère de moyens financiers, devait se contenter alors des menus les moins chers: "Pendant deux ou trois ans il n'a pas été question de raffiner sur la nourriture mais de me nourrir au meilleur marché, c'est-à-dire de camembert ou de tripes à la mode de Caen avec lesquelles on peut manger de grandes quantités de pain." (in On dit que j'ai soixante-quinze ans). On peut l'imaginer dégustant les tripes dans un bistrot des Halles (peut-être à la même adresse où Maigret emmène M. Pyke dans Mon ami Maigret…), et, pour ce qui est du camembert, il pouvait plus facilement l'emporter dans sa chambre du faubourg Saint-Honoré, sa logeuse lui ayant interdit d'y cuisiner. La vieille Anglaise lui avait loué la chambre à condition qu'il n'y apporte pas de nourriture, mais on peut bien penser que le jeune homme insatiable allait discrètement passer outre… "J'avais découvert que les camemberts de troisième qualité avaient un avantage sur les autres. Quand on en avait mangé la moitié, le reste continuait à fermenter, et l'on retrouvait le lendemain ou le jour après la boîte pleine. De sorte que le camembert me durait plusieurs jours." (in Destinées). La "combine" était bonne… encore fallait-il discrètement cacher l'objet du délit. Dans la chambre se trouvait une cheminée munie d'un volet de tôle, derrière lequel Simenon enfouit son camembert. Le manège dura un certain temps, jusqu'à ce qu'un soir, il trouva dans sa chambre sa "propriétaire raide et farouche, indignée", lui désignant d'un doigt accusateur "des coulées de camembert qui passaient sous le volet de tôle" (in Un homme comme un autre). Evidemment, elle n'hésita pas à signifier son congé à Simenon, qui n'eut plus qu'à emporter ses affaires et à trouver un nouveau logis.  
Ce qui fut vite fait. Le 1er février, il s'installait au 3ter de l'impasse Saint-Honoré, un petit pavillon où il occupait deux pièces, dont l'une pas plus grande qu'un couloir. Il s'offrait un réchaud pour y réchauffer les tripes à la mode de Caen qu'il achetait toute prête aux Halles. "Ce n'était pas à cause d'un goût immodéré des tripes, mais parce qu'avec leur sauce très grasse, je pouvais manger une baguette de pain entière, de sorte qu'un pot de tripes me durait autant qu'un camembert." (ibid.) 
Des années plus tard, c'est avec une certaine nostalgie que le mémorialiste évoque ces souvenirs, probablement parce que les souvenirs de jeunesse prennent souvent, l'âge venant, une teinte de nostalgie qui fait oublier les mauvais moments pour ne garder que les côtés lumineux… 
Peut-être qu'après cette évocation des années où Simenon, sans mourir de faim, eut cependant des moments difficiles, on comprendra mieux qu'il apprécia de manger aux meilleures tables, devenant, avec le temps, gastronome, ayant à son service, dans sa maison d'Epalinges, les meilleurs cuisiniers, avant de retrouver, vers la fin de sa vie, le goût des choses simples, renouant en quelque sorte avec l'enfant qu'il avait été… 

Murielle Wenger 

1 commento:

Andrea Franco ha detto...

in "les amants de la mansarde"simenon rievoca in forma romanzata ricordi di quel primo periodo parigino(pubblicato a firma jean du perry nel 1928)