sabato 7 ottobre 2017

SIMENON SIMENON. UN ROMANCIER ET SON PERSONNAGE SOUS LA PLUIE

Le thème de la pluie dans les écrits de Simenon 

SIMENON SIMENON. UN ROMANZIERE E IL SUO PERSONAGGIO NELLA PIOGGIA 
Il tema della pioggia negli scritti di Simenon 
SIMENON SIMENON. A NOVELIST AND HIS CHARACTER UNDER THE RAIN 
The theme of rain in Simenon's writings 


"On a écrit souvent que j'étais le romancier de la pluie. C'est faux. J'ai écrit autant de romans se déroulant sous le soleil […] que de romans se passant par temps pluvieux." (dictée Le prix d'un homme). La pluie dans les romans de Simenon fait effectivement partie de ces clichés qu'on attribue à son œuvre, au même titre que le terme bien galvaudé qu'est "atmosphère", et il n'est pas exclu que pour certainsatmosphère et pluie soient quasiment synonymes quand ils évoquent les romans simenoniens… Or, une lecture plus attentive de l'œuvre fait apparaître en évidence que le romancier n'a pas dépeint que des paysages détrempés par la pluie, mais que les notations impressionnistes pleines de couleur et de soleil abondent dans ses textes. Ne serait-ce que dans les romans Maigret, une étude poussée de la saga montre que ce n'est pas sous les pluies diluviennes de l'automne que le commissaire a conduit le plus grand nombre de ses enquêtes (voir ici: http://www.trussel.com/maig/meteof.htm). 
Il n'en reste pas moins que le thème de la pluie est important pour Simenon, parce qu'il est lié à l'eau, qui est un élément des plus essentiels dans son œuvre. La pluie est en particulier, pour le mémorialiste, l'occasion de se replonger dans ses souvenirs d'enfance. "Depuis hier, il pleut comme dans mon enfance, à torrents, selon l'expression liégeoise […]. Cela me fascinait. Je collais mon visage à la vitre sur laquelle l'eau dégoulinait. Pourquoi est-ce à cette pluie vieille de plus de soixante ans que je pense quand il pleut fort ?" (Un homme comme un autre); "Lorsque j'étais petit garçon, je pouvais passer des heures à regarder tomber la pluie et à suivre les zigzags toujours imprévus des gouttes d'eau sur les vitres." (Je suis resté un enfant de chœur). 
Comment ne pas évoquer, en lisant cecitations, le roman Il pleut, bergère, dans lequel abondent les réminiscences d'une enfance simenonienne ?... Mais ce plaisir à regarder la pluie à travers les vitres, le romancier l'a aussi donné, comme nombre d'autres goûts, à son héros commissaire. Combien de fois celui-ci n'a-t-il pas suivi le tracé sinueux des gouttes de pluie sur la fenêtre de son bureau ?... 
En dehors des souvenirs d'enfance, la pluie, pour Simenon, est aussi un élément qui donne une perspective singulière au décor, en particulier dans les scènes nocturnes et urbaines: "J'aime la pluie […] surtout dans les villes, le soir, quand toutes les lumières se reflètent en zigzaguant sur les pavés mouillés." (Le prix d'un homme). 
On pourrait certes multiplier les citations à propos de la pluie dans l'œuvre de Simenon, mais nous nous contenterons de mentionner quelques échos trouvés dans les romans de la saga maigretienne. En réalité, la pluie n'est pas univoque dans les Maigret. De même que le romancier place ses intrigues dans des saisons différentes, de même ses descriptions de la pluie – et les rapports que Maigret entretient avec celle-ci – varient en fonction des saisons. La pluie de printemps est tour à tour diluvienne et froide, noyant le paysage, ou bienfaisante et douce. Ainsi, dans Le charretier de la Providence, un roman placé sous le signe de l'eau, "Il pleuvait toujours: une pluie fine, serrée et froide qui n'avait pas cessé de tomber de la nuit et de toute la journée. […] Et la pluie tombait sans trêve sur un vilain paysage", tandis que dans L'écluse no 1, "Le bruissement de la pluie, au-delà de la fenêtre ouverte, faisait penser au calme arrosage d'un potager, et c'étaient des bouffées de terreau mouillé qui pénétraient dans la salle à manger avec chaque souffle d'air." La pluie d'été est souvent celle qui suit l'orage: " A l’heure de l’apéritif, c’était réglé: roulements de tonnerre, puis l'eau, en cataractes, crépitant sur l’asphalte" (La guinguette à deux sous); "Une bourrasque balaie le boulevard […],  soulève des tourbillons de poussière […], et soudain une trombe d'eau s'abat, crépite, forme une mare mouvante sur les trottoirs" (Signé Picpus). L'automne est le plus souvent associé à la froidure et au mouillé, et la pluie y est évidemment presque omniprésente. "Il pleuvait toujours sur un univers de pierres, de briques et de béton." (Maigret se trompe). Et enfin, la pluie d'hiver, en l'absence de la neige, est tout aussi abondante et donne au surplus une sensation de froidure glacée: "Maintenant, dans la pluie fine, comme faite d’invisibles cristaux de glace, le froid le saisissait" (Maigret et le client du samedi). 
Quant à Maigret, s'il souffre parfois de la froideur de la pluie ("ses chaussures crachotaient de l'eau sale à chaque pas, son chapeau melon était informe, son pardessus et son veston transpercés. […] il aimait trop son gros poêle de fonte, son bureau avec des demis mousseux sur la table, pour n'être pas malheureux dans cette tempête poisseuse" Pietr le Letton), il n'en apprécie pas moins cette pluie qu'il goûte par tous les sens: poésie des rues mouillées: "il fut heureux de se retrouver sur le trottoir et de respirer l'odeur des rues sous la pluie. […] il découvrait les guirlandes de lumières des Champs-Elysées qui, sous la pluie, l'avaient toujours fait penser à des regards mouillés" (L'amie de Madame Maigret); "Les gouttes étaient plus transparentes, comme plus fluides qu’à l’ordinaire et, au début, elles dessinaient de grands cercles noirs sur le pavé poussiéreux où elles s’écrasaient une à une." (Une confidence de Maigret); saveur où on retrouve comme un goût d'enfance: "Cette pluie-là était si fraîche et si savoureuse que, de temps en temps, il avançait la langue pour en happer quelques gouttes qui avaient un goût spécial."; et il lui arrive même de désirer quitter son bureau pour mieux apprécier cette pluie: "Mais cette pluie, qui tombait maintenant toute fine, avec l'air de ne jamais vouloir s'arrêter, lui donnait envie d'être dehors." (Maigret et l'inspecteur Malgracieux). 

Murielle Wenger 

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