martedì 14 novembre 2017

SIMENON SIMENON. MACHINE OU CRAYON ?

Le deux techniques d'écriture du romancier 

SIMENON SIMENON. MACCHINA O MATITA ? 
Le due tecniche di scrittura del romanziere 
SIMENON SIMENON. TYPEWRITER OR PENCIL? 
The novelist's two writing techniques 


Deux photographies, prises sur le vif, du romancier au travail ? En réalité, une mise en scène pour les journaux, car Simenon s'est toujours isolé pour écrire ses romans, et personne ne l'a jamais vu alors qu'il était plongé dans sa transe rédactionnelle. Mais cela ne l'a pas empêché de se prêter de bonne grâce au jeuquand le photographe lui demandait de "faire comme si"… 
Nous avons choisi ces deux images parce qu'elles nous parlent de deux façons qu'a eues le romancier de travailler ses romans. On sait que la plupart de ceux-ci ont été écrits au rythme du clavier, mais certains textes ont été écrits à la main. C'est le cas de ses Mémoires intimes, mais aussi de plusieurs de ses romans. Il y a eu en effet toute une période où il avait tenté une nouvelle formule, écrivant un chapitre au crayon, pour le transcrire le lendemain à la machine. Le premier roman qu'il écrivit ainsi est Trois chambres à Manhattan, dont le sujet lui tenait à la peau, et il continua pendant deux décennies, soit les années américaines, puis celles du retour en Europe jusqu'au début de son installation à Epalinges, exception faite des romans Maigret, tous tapés directement à la machine. 
En 1960, Simenon écrivait, dans son premier cahier de ce qui deviendra Quand j'étais vieux, que dès seize ans et demi, il s'était mis "à écrire à la machine, parce que c'était l'habitude, au journal où j'étais reporter. Je m'y suis si bien habitué que, pendant des années, des dizaines d'années même, j'ai été à peu près incapable d'écrire à la main." Il aura fallu des événements qui bouleversent sa vie pour qu'il prenne la plume ou le crayon (voir Je me souviens, première version de Pedigree, et Trois chambres à Manhattan). Pendant presque 20 ans, Simenon utilisa sa double méthode du crayon-clavier, comme s'il avait besoin de ce contact plus direct entre la main et le papier pour coucher sur celui-ci ses hallucinations et ses angoisses – romancées… Ainsi ont été écrits Lettre à mon juge, La neige était sale, La mort de Belle, En cas de malheur, mais beaucoup d'autres aussi…  
Puis est venu un jour où il s'est agi de franchir une nouvelle étape… Dans sa dictée Les libertés qu'il nous reste, Simenon raconte: ""Pourquoi ai-je cessé d'écrire à la main ? Pour une raison très simple mais que j'ai mis longtemps à découvrir. Lorsqu'on écrit directement à la machine, comme lorsque l'on dicte, on est entraîné par le rythme de l'appareil, qu'il s'agisse de machine à écrire ou d'enregistreur. Il n'est pas question de s'arrêter pour relire ou réentendre les dernières phrases, pour y apporter des corrections ou encore pour filer tout à loisir des passages bien "littéraires" qui seront repris par les manuels scolaires. Et bien, j'ai fini par m'apercevoir que je ne résistais pas à ce penchant. D'ailleurs, en recopiant mon premier jet, j'étais obligé de couper certains mots inutiles, des adverbes, des phrases qui étaient peut-être élégantes mais qui n'avaient aucune vie. Alors, du jour au lendemain, j'ai abandonné mes crayons et j'ai repris mon ancienne habitude d'improviser directement sur ma machine."  
Et c'est ainsi que naîtront les romans de la dernière période de rédaction, dans un style toujours plus resserré, toujours plus épuré, des romans forgés à même le clavier, comme Le chat, La main, Novembre ou Les innocents… 

Murielle Wenger 

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