sabato 11 novembre 2017

SIMENON SIMENON. UN MAIGRET HORS DU DECOR ?

Peut-on revisiter l'univers de Maigret dans une nouvelle série télévisée, en l'adaptant aux goûts de notre époque ? 

SIMENON SIMENON. UN MAIGRET FUORI DAL CONTESTO ? 
Si può rivisitare l'universo di Maigret, per una nuova serie televisiva, riadattandolo ai gusti del nostro tempo ? 
SIMENON SIMENON. A MAIGRET OUTSIDE THE SETTING? 
Could Maigret's universe be revisited in a new television series by adapting it to the tastes of our time? 

Al centro, Pierre Renoir, il primo Maigret cinematografico (La nuit de carrefour - France - 1932)

Dans un post récent, Maurizio a mis en avant l'idée d'une nouvelle série télévisée avec Maigret, et son souhait était celui d'une mise en scène, disons audacieuse, qui répondrait aux goûts d'un public plus jeune, ou du moins plus jeune que les cinquantenaires et au-delà, dont l'enfance a été bercée par la série avec Gino Cervi ou celle avec Jean Richard. 
Le souhait de Maurizio est légitime, car il ne fait pas de doute qu'il faut amener les plus jeunes à découvrir le monde de Maigret, et d'une façon qui leur parle, à eux qui sont baignés dans les séries fantastiques et les séries policières où pullulent les profilers et les gadgets.  
La proposition de Maurizio allait assez loin, lui qui imaginait une série dans laquelle le personnage de Maigret pourrait être immergé dans le monde contemporain, avec un policier ayant à sa disposition tous les outils de notre XXI siècle, appareils de communication et autres véhicules rapides 
Ce qui compte effectivement, dans le personnage de Maigret, ce sont ses méthodes d'investigation qui lui sont très personnelles, et qui transcendent les époques. De ce point de vue-là, en effet, rien n'empêcherait de transplanter le commissaire à la pipe dans un autre univers que celui où son créateur l'a fait évoluer, puisque l'importance des romans est dans l'analyse psychologique des personnages, bien plus que dans l'énigme à résoudre, et que les problèmes où se débattent ces personnages sont de toutes les époques et de tous les lieux. C'est évidemment ce qui fait que Maigret a un succès qui dépasse toutes les frontières, et qu'il est lu aussi bien au Japon qu'en Lettonie, au Brésil qu'en Russie.  
Cependant, si la saga maigretienne a tellement de succès, et continue à en avoir plus de 80 ans après sa création, c'est qu'il entre en jeu un autre élément, qui est celui de l'ambiance dans laquelle les romans baignent. Cela aussi fait partie du charme de cette saga, et je suis persuadée que c'est une des raisons majeures pour lesquels tant de lecteurs l'apprécient: quand ils lisent un Maigret, ce n'est pas seulement parce que le héros est si attachant, et pas seulement parce que l'analyse psychologique est comme un miroir que l'auteur renvoie au lecteur; mais c'est aussi parce que les intrigues se déroulent dans un décor mythique, celui de Paris, ville fantasmée par tous, mais aussi celui du Paris d'une époque particulière. Certes, même au sein de la saga, on voit ce décor évoluer, avec l'apparition de quelques signes de modernité, la télévision chez les Maigret, les minijupes des années '60, les embouteillages et les chantiers suburbains. Mais pour l'essentiel, l'image de Paris que l'on garde après une lecture d'un Maigret, c'est celui du petit bistrot comme Simenon en a connu dans l'entre-deux-guerres, c'est celui de la loge de concierge, c'est celui d'une flânerie le long des quais, ou dans des rues où on trouvait de petites boutiques de quartier, et non des supermarchés.  
Et je suis également persuadée que ce décor nostalgique fait partie intégrante du personnage du commissaire. Maigret ne serait pas Maigret s'il n'était incrusté dans sa ville de Paris, mais pas le Paris trépidant de notre époque, plutôt un Paris où sa placidité, sa lenteur pouvaient trouver un écho.  
Certes, on pourrait imaginer mettre tout l'accent sur l'analyse psychologique, et sur les méthodes de Maigret. Les scènes de huis clos que sont les interrogatoires des témoins et suspects, par exemple, pourraient effectivement se passer en dehors de tout décor, et une adaptation théâtrale est une piste qu'il faudrait sans doute creuser. Mais il n'en est pas de même pour une série télévisée, qui requiert davantage de mouvement, et qui nécessite que la caméra se déplace, de l'intérieur vers l'extérieur, et vice-versa. Et dans ce cas, pour Maigret, il faudrait bien montrer d'une façon ou d'une autre ses errances dans la ville, sans parler de tous ces romans qui se déroulent ailleurs, dans des décors encore davantage datés; canaux sillonnés de péniches, campagne française ancrée dans la tradition, bords de mer où règnent les boucholeurs, etc.…  
L'ambiance où a été imaginé un personnage de roman est plus importante qu'il ne pourrait y paraître au premier abord. Que serait Montalbano sans la Sicile, Brunetti sans Venise ? Les héros du hard-boiled seraient-il pareils à eux-mêmes dans un autre contexte que les villes américaines ? Et les polars modernes du Nord de l'Europe, islandais, finnois et autre suédois, une bonne part de leur succès ne vient-elle pas du charme du dépaysement ? Et je ne parle même pas des romans policiers historiques, qui sont appréciés probablement surtout parce qu'ils se déroulent dans un contexte qui n'est pas celui où vit le lecteur… 
Le questionnement de Maurizio sur une adaptation de la série, dans une forme renouvelée et repensée, se justifie, parce qu'une remise en question est toujours bénéfique. Mais, tant qu'à faire, si une nouvelle série Maigret doit passer par une crise, je préfère que ce soit une crise de nostalgie plutôt qu'une crise de jeunisme… 

Murielle Wenger 

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