martedì 12 febbraio 2019

SIMENON SIMENON. UN POINT FINAL A L'ECRITURE ?

Quand Simenon cessa d'être romancier... 

SIMENON SIMENON. UN PUNTO FINALE ALLA SCRITTURA? 
Quando Simenon cessò di essere un romanziere... 
SIMENON SIMENON. FINAL POINT TO WRITING? 
When Simenon ceased to be a novelist... 



Le 11 février 1972, Simenon écrivait le mot «fin» au bas du tapuscrit de Maigret et Monsieur CharlesIvenait de signer, sans le savoir encore, l'ultime roman de son œuvre. Une année plus tard, presque jour pour jour, à l'occasion de son 70ème anniversaire, le 13 février, il déballait le cadeau qu'il s'était offert, un magnétophone, et il inaugurait sa première Dictée 
Il avait dépouillé l'habit de romancier, en même temps qu'il avait quitté sa villa d'Epalinges pour s'installer dans un appartement au huitième étage d'un immeuble de Lausanne, et il ne se voulait dorénavant plus qu'un mémorialiste, anxieux de se raconter lui-même, de se chercher lui-même après avoir tant investigué dans la peau des autres, des personnages qu'il avait créés pendant plus de quarante années… 
La dernière fois qu'il avait essayé d'entrer «en état de roman», le déclic ne s'était pas produit. Le 18 septembre 1972, Simenon installait comme d'habitude son rituel dans son bureau: une enveloppe jaune, sur laquelle il inscrivait un titre, Victor, quelques notes sur les personnages. Puis rien. Rien ne vint. La machine à écrire restait désespérément muette; les idées ne jaillissaient pas.  
De même qu'autrefois il décidait du jour au lendemain de quitter un lieu où il ne se sentait plus l'envie de vivre, de même, quelques jours après cet échec en écriture, il décidait de quitter Epalinges, ce lieu qui avait été avant tout un endroit conçu pour créer des romans, et non ce cocon familial qu'il avait rêvé au départ. En octobre, il était déjà installé avenue de Cour, et le 5 février 1973, il faisait rayer, sur son passeport, la mention «romancier» pour la remplacer par «sans profession».  
En même temps, il faisait appeler, par sa secrétaire, le journaliste Henri-Charles Tauxe, à qui il voulait donner une interview exclusive. Celle-ci parut dans le journal suisse 24 Heures, le 7 février, et, comme le disait l'introduction de l'article, le journaliste se retrouva «devant un Simenon souriant, qui avait l'air, dans la fumée de sa pipe, d'avoir préparé un bon coup. Sans que j'aie eu le temps de lui poser une seule question, il s'est mis à parler.» L'ex-romancier lui raconta alors l'échec de son dernier roman, sa décision de ne plus écrire: «j'ai regardé autour de moi, les murs, les objets, mes tableaux, et, pour la trentième fois de ma vie, je me suis senti étranger»; «je souffrais assez fréquemment de vertiges. C'est très pénible. […] pour écrire mes romans, il faut que je sois à cent pour cent en pleine forme. Surtout que mes romans deviennent de plus en plus durs. Alors j'ai pris la décision d'arrêter.»  
Au journaliste qui lui demandait quelle impression il ressentait à cette décision, Simenon répondit: «C'est pour moi une délivrance. Je me suis rendu compte que, depuis cinquante-cinq ans, je vis dans la peau de mes personnages. […] Maintenant, tout à coup, je veux vivre ma vie à moi, je me suis délivré, je me sens heureux, d'une sérénité parfaite. […] Je suis rentré dans ma peau, dans ma propre vie, et je n'ai plus la force de créer des personnages… C'est une nouvelle vie qui commence.» Cette sorte d'«hymne à la joie», on la retrouve dans les premières phrases qu'il dictait quelques jours plus tard dans Un homme comme un autre: «cela a été pour moi un immense soulagement. Tout à coup, j'ai eu l'impression de me sentir moi-même. […] J'exultais. J'étais délivré. […] Je suis moi-même, Enfin !» 
Dans la même dictée, Simenon se posait la question: «Ecrirai-je encore ? Je n'en sais rien. Peut-être, de temps en temps, éprouverai-je le besoin de raconter de vive voix des histoires, d'évoquer des pans de passé sans avoir à l'esprit que ces textes seront lus un jour par des inconnus.» Il avait dit quelque chose de semblable dans l'interview avec Tauxe: «je ne dis pas qu'il ne m'arrivera pas d'écrire certaines choses pour moi personnellement, n'importe quoi, pour mon plaisir, mais il est peu probable que je le publierai.» 
Sans doute était-il sincère dans ses déclarations à ce moment-là. Il est possible aussi que, quand il commença à dicter ses premières pensées, il ne songeait pas encore à les publier. Pas davantage ne pouvait-il se douter que, sept ans plus tard, il s'astreindrait à coucher sur le papier ses Mémoires intimes, quand le dernier drame de sa vie aurait fait son ravage… 

Murielle Wenger 

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