martedì 11 ottobre 2016

SIMENON SIMENON. AVEC MAIGRET POUR SE TENIR EN EQUILIBRE

Simenon séjourne pendant six mois à Carmel-by-the-Sea 

SIMENON SIMENON. CON MAIGRET PER MANTENERSI IN EQUILIBRIO 
Simenon rimane per sei mesi a Carmel-by-the-Sea 
SIMENON SIMENON. WITH MAIGRET THERE TO KEEP HIM IN BALANCE 
Simenon stays for six months at Carmel-by-the-Sea 

L'année 1949 a été pour Simenon fertile en événements, certains difficiles (il a dû se battre contre sa condamnation par le Comité d'épuration des gens de lettres), d'autres très heureux (son fils John est né le 29 septembre). Le romancier aimerait se donner tout à la joie de sa paternité, mais les choses ne sont pas simples: le fait que Denyse a maintenant un enfant de Georges oblige à reconsidérer la situation vis-à-vis de Tigy, avec qui il est toujours marié. Divorce ? Pas divorce ? Simenon est tiraillé entre les deux options: s'il consentirait peut-être à la séparation d'avec Tigy, cela impliquerait aussi l'éloignement d'avec Marc, et cela il ne peut l'accepter. D'un autre côté, Denyse se sent en position de force pour réclamer une régularisation de sa condition. 
Autre problème: Simenon et sa famille sont entre deux errances, car il s'agit de quitter Tucson et l'Arizona pour se diriger vers la Californie et Carmel. C'est Tigy qui a trouvé ce lieu, ce n'est pas Simenon qui l'a choisi, mais la Californie l'attire quand même parce qu'il se rapproche ainsi d'Hollywood, où il a plusieurs affaires en train. A la fin du mois d'octobre, Georges quitte donc le pays des cow-boys avec Denyse et le petit Johnny. A Carmelil trouve une villa aux parois de pin percées de vitres "qui remplacent un mur sur deux, si bien que partout on est baigné de lumière", comme il l'écrit dans ses Mémoires intimes 
Le décor lumineux, la ville élégante, la proximité de la mer, tout semble fait pour permettre au romancier de trouver le calme dans ce "voluptueux refuge", comme il qualifie les lieux dans la Dictée Des traces de pas. Mais le bonheur de voir grandir son fils n'efface pas la réalité des problèmes: Tigy n'accepte plus de partager sa place avec Denyse, et l'inverse est vrai aussi. La procédure de divorce va donc être entamée. Et Simenon, lui, n'a plus qu'à se réfugier dans l'écriture… Pendant les six mois qu'il va passer à Carmel, il écrit quatre romans et deux nouvelles: Maigret et la vieille dame, L'amie de Madame Maigret, Les volets verts, L'enterrement de Monsieur Bouvet, Sept petites croix dans un carnet, Un Noël de Maigret. Une production dominée par le personnage de Maigretet par les décors parisiens et les références au travail de la PJ. En effet, avec quelques légères modifications, L'enterrement de Monsieur Bouvet et Sept petites croix dans un carnet pourraient très bien être des enquêtes de Maigret. Nous avions déjà évoqué ces deux textes dans notre billet du 9 mars 
Pourquoi autant de romans maigretiens pendant cette courte période de Carmel ? On peut y trouver plusieurs raisons. D'abord, Maigret représente pour son créateur un facteur d'équilibre: dans l'état d'esprit où Simenon se trouve à ce moment-là, il apparaît comme un personnage "rassurant" dans un monde difficile. Ensuite, malgré les moments pénibles que le romancier vit, il y a le bonheur d'être père, et de voir son enfant découvrir le monde. Et cette joie, sans doute source d'inspiration, peut se manifester dans l'écriture de romans Maigret, au ton plus "léger" que les romans durs 
Si L'enterrement de Monsieur Bouvet est comme une sorte d'hymne à la lumière de Paris, on retrouve aussi ce thème de la lumière dans plusieurs pages de Maigret et la vieille dame, dont l'intrigue se situe dans le cadre de la côte normande (Etretat), et où le commissaire, bien qu'il doive s'occuper d'un meurtre sordide, ne se retient pas pour autant de rechercher les luminosités maritimesil passe une soirée à essayer de voir le rayon vert ! On va retrouver la poésie parisienne dans L'amie de Madame Maigret, qui est un des romans de la saga dans lequel la ville est la plus présente, comme si le romancier en chantait en quelque sorte une certaine nostalgie… Ecrite au mois de mai 1950, soit dans le dernier tournant avant le divorce d'avec Tigy et le remariage avec Denyse, la nouvelle Un Noël de Maigret est en contraste parlant avec ce qui vit Simenon: Maigret et sa femme connaissent la tendresse du couple, mais le malheur de ne pas avoir d'enfant; Simenon, lui, a la joie d'être déjà deux fois père, mais l'histoire de son premier couple est sur le point de prendre fin, et si le deuxième est en plein devenir, déjà les premiers signaux d'alarme se sont allumés: Georges a découvert une Denyse revendicatrice. En juin, le divorce est prononcé, puis immédiatement après Simenon épouse Denyse.  
Et maintenant, il s'agit de trouver un nouvel endroit pour vivre: Tigy propose l'Europe, Simenon se verrait bien dans un des Etats du Sud. Hésitations d'un homme qui n'est plus "capable de choisir", comme il l'écrit dans ses Mémoires intimes: "Ces histoires de divorce m'ont trop absorbé, beaucoup trop, au point que j'ai fini par croire que ce n'est pas de moi qu'il s'agit, que je ne suis dans cette histoire désagréable que comme un pion que d'autres poussent à leur gré." Alors vivement un nouveau départ, un nouveau refuge pour essayer, encore une fois, une nouvelle vie. Ce sera Lakeville, pour cinq ans d'un bonheur certain, bien que relatif, mais aussi pour la rédaction des œuvres de la grande période américaine du romancier… 

Murielle Wenger 

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