sabato 20 gennaio 2018

SIMENON SIMENON. UNE HISTOIRE EN TROIS PERIODES ET QUATRE ROMANS /2

Comment le personnage de Maigret évolue au fil de la chronologie rédactionnelle 

SIMENON SIMENON, UNA STORIA IN TRE PERIODI E QUATRO ROMANZI /2 
Come il personaggio di Maigret si evolve nel corso della cronologia editoriale 
SIMENON. A STORY IN THREE PERIODS AND FOUR NOVELS /2 
How Maigret's character evolves in the course of the editorial timeline 

Dans la première partie de ce billet, nous avons posé pour principe de notre "démonstration" que le personnage de Maigret n'est pas resté statiquement le même tout au long de la saga, mais que son créateur l'a fait évoluer. Nous avons donné un exemple pris dans un des premiers romans de la saga, dans lequel le commissaire est décrit comme une silhouette presque "monstrueuse". Nous allons montrer aujourd'hui comment cette silhouette s'est "affinée", surtout au sens figuré. 

Heureusement pour nous lecteurs, Simenon va vite comprendre qu'il ne peut pas en rester à cette vision quasi cauchemardesque du personnage, et il va petit à petit le doter de qualités plus "humaines", en montrant ses dons d'empathie (voir Emma dans Le chien jaune) et son refus de porter un jugement définitif sur les coupables (voir Anna dans Chez les Flamands). Quant au physique, la silhouette massive ébauchée dès les premiers romans n'évoluera plus guère. Mais au bout de 19 romans, il estimera avoir fait le tour de son personnage, et il tentera de l'abandonner. On connaît la suite… 
Les six romans de la période Gallimard marquent une sorte de transition. Si Simenon s'est résolu à reprendre son personnage, c'est avec une sorte de distance amusée. Preuve en sont les descriptions souvent ironiques qu'il fait de son héros, et le ton plus léger dans plusieurs de ces romans. Ainsi, on prendra pour exemple Signé Picpus, et la fameuse scène des bretelles: "Maigret, après avoir bourré sa pipe, retire son veston et exhibe des bretelles mauves que sa femme lui a achetées la semaine précédente. Le commissaire de police sourit à la vue de ces bretelles qui, pour comble, sont en soie, et Maigret se renfrogne." 
Lors du retour de Maigret avec les romans des Presses de la Cité, le regard de Simenon sur son personnage a changé. Le commissaire est désormais pour lui comme le symbole des années qu'il a vécues à Paris, et c'est avec une certaine nostalgie que le romancier va évoquer les enquêtes de son héros. C'est particulièrement le cas pour les romans écrits en Amérique, où les décors parisiens sont magistralement décrits. Les enquêtes racontées pendant cette période comptent donc parmi les plus typiques, et nous prendrons pour exemple L'amie de Madame Maigret, roman dans lequel le lecteur est promené dans quelques-uns de endroits parisiens les plus simenoniens, et un roman aussi où on trouve Maigret particulièrement à l'aise dans son décor du Quai des Orfèvres, allant jusqu'à y passer un savoureux dimanche ! 
Après le retour de Simenon en Europe, un nouveau tournant se dessine: le romancier se rapproche encore davantage de son personnage. D'une part, il l'a rejoint en âge, et d'autre part, il commence à mettre en Maigret beaucoup de lui-même. Non seulement le commissaire devient porteur des interrogations de son créateur, mais encore celui-ci le dote de davantage d'humanité, en montre les défaillances, le faisant subir des erreurs, des doutes et des échecs. Mais il lui donne aussi des traits plus "positifs", en lui attribuant une sensitivité au monde qui est celle de Simenon lui-même, avec toutes ces petites joies simples éprouvées devant les jeux de lumière, les saveurs des repas et des boissons. Tandis qu'en parallèle, les enquêtes narrées s'éloignent de plus en plus du schéma policier classique, et les romans explorent les mêmes thématiques que les "romans durs". Nous prendrons comme exemple Maigret hésite. Dans ce roman, non seulement le commissaire doit mener une enquête avant qu'un crime soit commis, mais encore, une fois celui-ci inéluctablement arrivé (malgré les précautions prises par Maigret…), le policier est moins sûr que jamais de savoir que penser de la coupable: "Il avait commencé ses études de médecine. Il avait regretté de devoir y renoncer à cause des circonstances. S'il avait pu continuer, n'aurait-il pas choisi la psychiatrie ? C'est lui qui aurait dû, alors, répondre à la question: «lorsque le prévenu était en état de démence […]…» Peut-être regrettait-il moins l'interruption de ses études. Il n'aurait pas à décider." 
Par ces quelques exemples, nous espérons avoir montré comment, en ces quarante années de rédaction de la saga, Simenon a rejoint petit à petit Maigret (à moins que ce ne soit le contraire…), et comment un personnage, de "prétexte" qu'il était au début pour pouvoir faire accéder son créateur à une autre étape dans son parcours littéraire, a accompagné celui-ci tout au long de ce parcours, et a fini par l'aider à porter ses propres interrogations sur le monde… 

Murielle Wenger 

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