martedì 3 aprile 2018

SIMENON SIMENON. MAIGRET ET LES ENFANTS /1

La nostalgie de la paternité chez le commissaire et son effet sur ses enquêtes 

SIMENON SIMENON. MAIGRET E I BAMBINI /1 
Nostalgia per la paternità da parte del commissario e il suo effetto sulle sue indagini  
SIMENON SIMENON. MAIGRET AND CHILDREN /1 
The Chief Inspector's nostalgia for paternity and its effect on his investigations 

S'il arrive rarement à Maigret de rencontrer des enfants au cours de ses enquêtes (et pour cause… on ose espérer qu'il ne doive pas souvent enquêter au sujet de délinquants juvéniles…), ceux-ci jouent parfois un rôle assez important à l'arrière-plan de l'intrigue. Et ce dès les débuts de la saga, puisque c'est en faisant le compte des enfants impliqués dans l'affaire du Pendu de Saint-Pholien que Maigret trouve une de ses motivations pour ne pas arrêter les coupables d'un ancien meurtre. Se rendant compte que le temps a passé depuis lors, et qu'il n'est pas de mise que la nouvelle génération doive payer pour les erreurs de celle qui l'a précédée, le commissaire prend à cœur son rôle de raccommodeur de destinées, et clôt l'affaire de sorte à préserver l'avenir des enfants: "- Il y a cinq gosses dans l'histoire… […] Un rue Picpus, trois rues Hors-Château, un à Reims…", sont ses propres paroles et réflexions à la fin de son enquête. Le commissaire n'a jamais rencontré en personne ces enfants, mais il est conscient que leur avenir dépendra en partie de ses décisions, et sans doute, n'ayant pas d'enfant lui-même (puisque son créateur a abruptement décidé qu'il en serait ainsi... nous y reviendrons plus loin), il est tout particulièrement sensible à cet aspect des choses: les conséquences de l'arrestation de quelqu'un s'étendent aussi sur la famille du coupable. Autre roman où Maigret tente de raccommoder le destin d'un enfant, et où sa façon d'agir fait fortement écho à la nostalgie de la paternité qu'il éprouve, Les caves du Majestic, lorsque le commissaire fait tout son possible pour rendre son fils à Prosper Donge.  
On rappellera aussi comment Maigret non seulement fait mettre des fleurs dans la chambre de Maria (Maigret et son mort), "parce qu'il y avait quand même là une femme et un nouveau petit d'homme", mais encore comment il va s'ingénier à donner un avenir à ce bébé, en le confiant à une nouvelle mère. Et n'est-ce pas surtout en réaction au fait que Pélardeau (Maigret à Vichya été frustré dans son désir de paternité (comme Maigret l'est sans doute lui-même…) que le commissaire espère qu'il sera acquitté du meurtre qu'il a commis ?... 
Simenon a donc décidé que son héros n'aurait pas d'enfant. Il s'en est expliqué en affirmant qu'à l'époque où il écrivait ses premiers romans Maigret, il n'avait pas d'enfant lui-même, et qu'il n'aurait pas su comment montrer "Maigret rentrant chez lui et retrouvant un ou deux gosses. Qu'allait-il leur dire, comment allait-il réagir à leurs cris, comment ferait-il la nuit pour leur donner le biberon, si Mme Maigret était un peu malade ? Je ne le savais pas. Par conséquent, j'ai dû créer un couple qui ne pouvait pas avoir d'enfant." (dans l'interview de 1975 avec Francis Lacassin). Ceci dit, rien ne l'aurait empêché par la suite, une fois qu'il avait vécu lui-même l'expérience de la paternité, de faire en sorte que Maigret ait à son tour des enfants. Comme de toute manière il ne s'embarrassait guère d'exactitude chronologique en rédigeant les romans de la saga, il aurait fort bien pu montrer Maigret, même dans des romans plus tardifs, devenir père à son tour… Mais peut-être faut-il voir, dans cette façon de montrer la nostalgie de la paternité du commissaire, une manière d'accentuer deux éléments importants de la saga: d'une part, ne pas avoir d'enfants permet à Mme Maigret de reporter toute son affection sur son mari, qu'elle peut "materner" et "chouchouter" tout à son aise…; d'autre part, cela autorise le commissaire à une relation plus étroite avec les membres de sa brigade, son équipe personnelle de collaborateurs, qu'il peut appeler "mes enfants", et en particulier avoir en Janvier ou en Lapointe des substituts filiaux… Simenon a tout de même fini par donner une sorte de compensation à Maigret, en écrivant cette si jolie nouvelle qu'est Un Noël de Maigret, dans laquelle le couple va pouvoir combler un peu le manque d'enfant, en recevant chez eux la petite Colette, qui leur sera seulement "prêtée", mais, comme le dit Maigret lui-même, "cela valait mieux que rien"… 

Murielle Wenger 

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