martedì 5 giugno 2018

SIMENON SIMENON. EMMA, LOUISE ET THERESE: LES SYMPATHIES DU COMMISSAIRE

Maigret et les filles de salle: d'autres prénoms pour d'autres évocations féminines 

SIMENON SIMENON. EMMA, LOUISE E THERESE: LE SIMPATIE DEL COMMISSARIO 
Maigret e le cameriere: altri nomi per altre evocazioni femminili 
SIMENON SIMENON. EMMA, LOUISE AND THERESE: THE CHIEF 
INSPECTOR'S SYMPATHIES  
Maigret and waitresses: other first names for other women's evocations 

La proverbiale mansuétude de Maigret s'exerce envers toutes sortes de personnes, depuis les victimes à qui il s'intéresse au-delà de leur mort, jusqu'aux coupables dont il considère la culpabilité pardonnable. Mais cette mansuétude apparaît aussi envers certains personnages secondaires, et en particulier les filles de salle, celles qui travaillent dans les cafés et les hôtelsOn ne s'étonnera pas de voir le commissaire rencontrer souvent de tels personnages, lui qui fait des bistrots des succursales de son bureau… C'est surtout un certain type de ces filles de salle qui l'attire, ces filles anémiques, sans charme physique, mais derrière le visage desquelles il devine tout un monde secret.  
Pour le lecteur assidu de la saga, lorsqu'on parle de fille de salle, un des premiers personnages qui vient à l'esprit est naturellement Emma dans Le chien jaune. On peut remarquer que le prénom d'Emma a déjà été porté par une autre fille qui servait dans un café: la fille de l'aubergiste dans Le charretier de la Providence. Si celle-ci n'a pas le physique habituel des filles de salle qu'on trouve dans la saga (elle est "solide, bien en chair", elle a "des chevilles épaisses, de gros bras rouges"), néanmoins, sa courte apparition dans le récit n'empêche pas Maigret de la "regard[er] avec intérêt" et d'échanger avec elle un regard complice. Quelques romans plus tard apparaît Emma, qui travaille à l'Hôtel de l'Amiral à Concarneau (Le chien jaune). A peine arrivé sur les lieux, le commissaire est comme captivé par la jeune femme: au premier regard qu'il lui lance, il lui trouve "un visage sans grâce et pourtant si attachant". Maigret va se focaliser sur Emma, attiré par "ce qu'il y avait de trouble en elle, de découragé, de maladif". A la fois paternel et bourru avec elle, il s'intéresse non seulement pour ce qu'elle est, mais aussi parce qu'il a flairé qu'elle au centre du drame qui se joue: "Quand je suis arrivé ici, je suis tombé sur une tête qui m'a séduit et je ne l'ai plus lâchée…" dit-il à l'inspecteur Leroy. On notera enfin que s'il a compris que c'est par Emma qu'il arrivera à la vérité, les sentiments de compassion qu'il éprouve pour elle font qu'il va s'arranger pour jouer les raccommodeurs de destin en lui permettant de retrouver l'homme qu'elle aime… Non seulement il prend à son propre compte la tentative d'empoisonnement dont Emma s'est rendue coupable, mais encore la dernière phrase du roman nous décrit Emma et Léon heureux, et c'est bien un des seuls romans de la saga à présenter ainsi une fin positive… 
Dans un roman rédigé quelque vingt ans plus tard (Maigret a peur), le romancier envoie son héros enquêter en Vendée. Si l'histoire tourne autour d'une famille de notables de Fontenay, une fille de salle se retrouve aussi au cœur du drame. Cette fois, elle ne s'appelle pas Emma, mais Louise. Pour le reste, elle a bien des points communs avec Emma: comme la fille de salle de Concarneau, celle de Fontenay a "quelque chose d'attachant, de presque pathétique dans son visage pâle", et Maigret n'a "aucun effort à faire pour lui montrer de la sympathie", une sympathie que l'auteur se charge encore de souligner en lui attribuant ce prénom de "Louise", qui est donné, dans la saga, à deux autres jeunes femmes avec lesquelles Maigret se sent en empathie (Louise Filon dans Maigret se trompe et Louise Laboine dans Maigret a peur), et qui est aussi, rappelons-le, le prénom de Mme Maigret… 
En dehors d'Emma et de Louise, il y a aussi des Thérèse. La première, c'est celle de l'hôtel à L'Aiguillon dans La maison du juge: "Elle était assez quelconque, pas trop bien portante. Une petite bonne d'hôtel qu'on ne remarque pas d'habitude, avec sa robe noire, ses bas noirs, son tablier blanc." Une sorte de réminiscence pour Maigret, qui se comporte avec elle un peu comme avec Emma, à sa façon bourrue et sympathique: "Est-ce que ce gros homme placide qui fumait sa pipe, l'œil vague, n'était pas plutôt un ami qu'un ennemi ?" se demande Thérèse, mais Emma aurait pu se poser la même question dans les mêmes termes… On retrouve une Thérèse, servante au Bon Coin, dans Maigret à l'école. Le commissaire se souvient de sa première rencontre avec elle, autrefois à Paris: "Il y avait, dans son visage pâle, maladif, quelque chose qui l'avait attiré.", un écho évident à Emma dans Le chien jaune 

Murielle Wenger 

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