sabato 23 giugno 2018

SIMENON SIMENON. LA FLAMANDE ET LES HOLLANDAISES

Portraits croisés de personnages féminins dans "Un crime en Hollande" et "Chez les Flamands" 

SIMENON SIMENON. LA FIAMMINGA E LE OLANDESI 
Ritratti a confronto di personaggi femminili ne "Un delitto in Olanda" e "La casa dei Fiamminghi" 
SIMENON SIMENON. THE FLEMISH AND THE DUTCH 
Compared portraits of female characters in "A Crime in Holland" and "The Flemish House"



Au cours de ses enquêtes, Maigret est amené à croiser maints personnages, avec lesquels il noue des liens plus ou moins étroits. Les relations qu'il tisse avec les personnages féminins, en particulier, nous en apprennent beaucoup sur son mode de fonctionnement. Parmi la galerie de ces femmes que Maigret a rencontrées sur sa route, nous allons en choisir trois: Beetje et Any dans Un crime en Hollande, et Anna dans Chez les Flamands.  
Dans Un crime en Hollande, le commissaire va tomber au milieu d'une petite communauté bien-pensante, où les frasques – quoique discrètes – d'un professeur d'une école navale, Conrad Popinga, sèment quelque peu la zizanie. Maigret est dépêché sur les lieux, muni de quelques notes sur les protagonistes: la femme et la belle-sœur de la victime, ainsi qu'une jeune voisine, qui va se révéler la maîtresse du professeur assassiné. D'emblée, il sait que Any, la belle-sœur, est docteur en droit, qu'elle a 25 ans, et qu'elle comprend un peu le français tout en le parlant mal. Beetje, la voisine, a 18 ans, et elle possède un "français parfait". Pour débuter son enquête, Maigret choisit, au hasard semble-t-il ("ce fut le dernier nom [de la liste] qui lui tomba sous les yeux" nous dit le texte), d'aller rendre visite à Beetje. Est-ce vraiment le hasard, ou une intuition, ou le fait que la jeune fille parle le français, ce qui lui sera donc plus facile pour mener son enquête, ou encore l'information qu'elle a 18 ans, qui fait que Maigret commence par elle ? On ne peut que conjecturer, mais toujours est-il que son choix se révèle judicieux, car le commissaire va se rendre très vite compte que la jeune fille pourrait bien être à l'origine du drame, parce que ses premières impressions face à Beetje lui font comprendre l'attirance que Popinga peut avoir ressenti pour elle. En effet, les premières choses que Maigret note sur la jeune fille sont des éléments physiques; il passe rapidement sur le "sourire sain, joyeux, mais qui manquait de subtilité", sur les yeux, les cheveux, et le reste du corps, pour en arriver à l'essentiel: "des formes pleines qui […] avaient quelque chose d'extrêmement capiteux", une "poitrine alléchante", dont la vue met le feu aux joues du commissaire. Il reviendra plus tard sur la vision de cette poitrine, qui personnifie l'essence même de la tentation qu'elle a représentée pour Popinga, et qui est comme le symbole de l'échappée vers un ailleurs auquel le professeur a rêvé en cherchant à fuir le monde étriqué qui l'entourait. 
Tout en contraste apparaît Any, dont Maigret détaille la "bouche trop grande", la "poitrine plate" et les "grands pieds". Mais ce qui le dérange surtout, c'est "l'assurance crispante de suffragette" de la jeune femme. Même si le commissaire se rend compte, un peu plus tard, que cette assurance cache une certaine timidité, il n'arrive pas vraiment à ressentir de la compassion pour elle, même lorsqu'il apprendra que c'est elle la coupable du meurtre. Pas plus vraiment d'ailleurs que pour Beetje, qu'il rudoie presque lorsqu'il l'interroge sur ses relations avec les hommes, et qu'il la qualifie de "petite fille gourmande, un peu sotte, un peu égoïste".  
Lors de la reconstitution finale, Maigret – et le narrateur – en vient à résumer d'un trait l'essence de ces deux femmes: d'un côté, Beetje et son corps désirable ("il n'y avait qu'une chose en elle pour attirer […], deux beaux seins […] aguichants"); de l'autre côté, Any, "pointue, laide, plate, mais énigmatique." On peut dire que dans ce roman, Maigret n'arrive pas à ressentir de l'empathie pour Beetje ou pour Anyce qui explique peut-être sa réaction lors de l'épilogue, lorsqu'il apprend, bien plus tard, que Beetje est plus ou moins arrivée à ses fins dans la recherche d'un homme qui l'emmènerait loin de la ville, tandis que Any s'est suicidée avant son procèsMaigret, alors, a une réaction assez violente puisqu'il trouve le "moyen d'engueuler tous ses inspecteurs".  
Le côté "énigmatique" d'Any va nous permettre de faire le lien avec un autre roman, Chez les Flamands, où on retrouve en Anna certaines des caractéristiques d'Any, mais développées dans un autre sens. Anna partage avec Any une certaine laideur, ou du moins un manque de grâce. Dès son premier abord, elle apparaît grande et solide, et malgré ses "formes pleines", elle "manque de féminité". Pourtant, Maigret va se sentir attiré par elle, mais cette attirance n'a rien de physique: c'est ici la force morale de la jeune femme qui exerce son emprise sur le commissaire. Il est particulièrement frappant de noter que la jeune Marguerite, dans le même roman, au sourire qui "faisait penser à celui des jolies filles sur les calendriers-réclame" finit par irriter Maigret avec ses manières, alors que celui-ci reste impressionné par "l'équilibre physique et moral déroutant" d'Anna. "Elle l'impressionnait à la façon d'une statue énigmatique", dit le texte, et Maigret n'arrivera jamais vraiment à résoudre l'énigme qu'elle représente, et c'est peut-être une des raisons pour lesquelles il s'arrangera pour qu'elle ne soit pas condamnée, même après l'aveu de sa culpabilité.  
Any, Beetje et Anna, trois portraits de femme auxquels Simenon a su apporter des nuances, et par-delà, cela lui a permis également de nuancer le portrait de son héros… 

Murielle Wenger 

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