martedì 25 giugno 2019

SIMENON SIMENON. AH, SI ON POUVAIT SE PASSER DE MAIGRET…

A propos de la correspondance épistolaire entre Gide et Simenon (deuxième partie) 

SIMENON SIMENON. AH, SE POTESSIMO FARE A MENO DI MAIGRET... 
Sulla corrispondenza epistolare fra Gide e Simenon (seconda parte) 
SIMENON SIMENON. HA, IF WE COULD DO WITHOUT MAIGRET 
About the epistolary correspondence between Gide and Simenon (second part)

Dans ce billet, je vais essayer de montrer comment, dans la correspondance entre Gide et Simenon, les allusions aux romans Maigret illustrent ce « malentendu » dont je parlais dans mon précédent billet sur le sujet. 
Tout d’abord, dans une lettre de décembre 1938, c’est Gide lui-même qui parle des romans policiers de Simenon ; il lui dit qu’il vient de lire une série de ses derniers romans parus chez Gallimardqui « [l’] épatent considérablement » ; et il ajoute qu’il a voulu relire des romans Maigret édités par Fayard (Le Fou de Bergerac et Au Rendez-Vous des Terre-Neuvas), « que je connaissais pas encore… pour me convaincre qu’ils sont incontestablement moins bons que vos derniers. »  
A partir de là, comment Simenon aurait-il pu faire autrement que de mettre, dans sa correspondance avec Gide, ses romans Maigret au-dessous des autres ? Simenon cherchait l’approbation et les conseils de Gide, et celui-ci sollicitait de lui des explications sur sa manière d’écrire (« je ne comprends pas bien comment vous concevez, composez, écrivez vos livres. Il y a là, pour moi, un mystère qui m’intéresse particulièrement. », lui disait Gide en janvier 1939). Gide encensailes « romans durs », et Simenon n’allait donc pas lui parler de ses romans policiers, alors qu’il était lui-même sur la voie d’accéder à un nouveau palier littéraire… Voilà pourquoi, dans sa lettre de janvier 1939, déjà citée dans mon précédent billet, Simenon écrit à Gide que « après dix huit romans policiers j’en suis las – je me crois plus fort et je supprime le meneur de jeu, soit Maigret. » Et il termine sa lettre en insistant : « Les meilleurs critiques s’obstinaient à m’inscrire sous la rubrique des romans policiers […]. C’est ma faute, je le sais. Mais c’était ma route. Vous me faites gagner d’un seul coup gagner cinq ou dix ans. » 
En décembre de la même année, Simenon va reprendre son personnage de commissaire, à moitié sur les instances de Gallimard, et à moitié par nécessité économique (la guerre vient d’éclater). C’est en tout cas ce qu’il affirme à Gide, dans sa lettre souvent citée : « Je vais peut-être, pour faire bouillir la marmite familiale, écrire à nouveau des Maigret. Je ne le fais pas de gaieté de cœur. » On ne sait pas ce que Gide a répondu à cela, car la prochaine lettre qu’on lui connaît est datée de mai 1940Mais, si c’est vrai que Simenon a repris Maigret pour des motifs financiers, ce n’est probablement pas la seule raison…  
Pour s’en convaincre, il suffit d’ouvrir l’un des six romans Maigret publiés par Gallimard, et leur lecture prouve que Simenon retrouvait son personnage avec un plaisir certainUn plaisir que peut-être il n’osait pas avouer à Gide, qui attendait de lui des romans plus « sérieux »… Alors que Gide, dans ses lettres de la période 1940-1945admire les « romans durs » (Les Inconnus dans la maison : « stupéfiant » ; Cour d’assisesIl pleut, bergère : « d’un intérêt extraordinaire »), quand il parle des quelques romans Maigret qu’il a lus, les termes sont moins flatteurs : ainsi, à propos de Pietr le Letton, il note que ce roman est « bien étonnant »… Une remarque à mettre en lien avec celles qu’il fait dans le dossier qu’il consacré à Simenon (un dossier qu’il n’a évidemment pas communiqué au romancier) : « les dialogues sont dans Pietr le Letton beaucoup moins réussis de justesse de ton et d’allure que dans ses livres suivants ».  
Dans une lettre de 1942, Gide écrit à Simenon qu’il attend impatiemment de recevoir Pedigree et L’Oncle Charles s’est enfermé, et, en attendant, il a lu certains des premiers Maigret, qu’il ne connaissait pas encore ; mais il ne fait aucun commentaire à leur propos… De même en juillet 1945, lorsque Gide attend l’envoi de La Veuve Couderc, et qu’il « patiente avec Le Petit Docteur, Picpus et L’Agence O »… Manifestement, ces romans et nouvelles ne sont qu’une lecture de distraction pour lui… 
Dans mon troisième et dernier billet consacré à ce thème, j’examinerai comment Simenon, dans ses lettres à Gide d’après 1945, change un peu de ton en ce qui concerne les romans Maigret. 

Murielle Wenger 

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