sabato 15 aprile 2017

SIMENON SIMENON. UN ROMANCIER AU TRAVAIL /3

Le chapitrage des romans: les déclarations du romancier confrontées aux documents 

SIMENON SIMENON. UN ROMANZIERE AL LAVORO /3 
Romanzi in capitoli: le dichiarazioni del scrittore confrontate ai documenti 
SIMENON SIMENON. A NOVELIST AT WORK /3 
Chaptering of novels: the novelist's statements confronted with the documents  

Il nous semble que la confrontation entre les dires du romancier et les informations que l'on trouve dans les documents peut nous en apprendre un peu plus sur le travail de l'écrivain, et ce n'est pas dénué d'intérêt pour ceux qui, comme nous, se penchent avec avidité sur tout ce qui concerne cet auteur… Il se trouve que Simenon, non seulement n'était pas avare de déclarations sur son travail, mais aussi qu'il a remis au Fonds Simenon un certain nombre de documents, et, comme l'écrit Claudine Gothot-Mersch: "il est assez exceptionnel qu'un écrivain accepte de divulguer, de son vivant, ces traces de son labeur, ces dessous des cartes que constituent ses brouillons." Comme elle le note encore, on remarque que, dans l'ensemble, les déclarations du romancier correspondent assez bien avec ce qu'on peut découvrir dans ces documents. Cependant, une étude plus détaillée de ceux-ci nous permettent d'affiner ces déclarations, de les compléter, et, surtout, de découvrir des détails qui nous en apprennent davantage sur la méthode de travail de Simenon.  
Dans ce billet, nous aimerions revenir sur un point particulier de la rédaction des romans: celui du chapitrage de ceux-ci, et nous nous concentrerons sur les romans Maigret. Prenons comme point de départ une déclaration de Simenon, dans un entretien accordé à Robert Georgin, et reproduit dans le livre Simenondans la collection Cistre Essais, édité à l'Age d'Homme en 1980: "chaque chapitre a vingt pages […]. Je m'arrête à vingt pages, automatiquement, et c'est un chapitre. Tous ont vingt pages. Vous pouvez prendre n'importe lequel. Au début, c'était quinze, je n'avais pas assez de souffle. Il y avait plus de chapitres, mais ils étaient plus courts. Les derniers romans, chaque chapitre faisait vingt pages. Qu'il s'agisse des Maigret ou des autres."  
Trois points sont à relever dans cette déclaration: le nombre de pages par chapitre, le nombre de chapitres qui diminue au fil des années de rédaction, et le fait que chaque chapitre d'un roman aurait un nombre égal de pages.  
Pour le premier point, on peut admettre que lorsque Simenon parle de "page", il faut probablement entendre la page dactylographiée dans ses tapuscrits. On peut donc confronter cette déclaration avec l'examen des documents qu'on trouve au Fonds Simenon. Rappelons que ceux-ci sont pour l'essentiel des tapuscrits de la période des Presses de la Cité, et qu'on y dénombre une petite quarantaine de romans MaigretOn constate alors deux choses: premièrement, si l'on divise le nombre de feuillets d'un tapuscrit par le nombre de jours de rédaction, on arrive à une moyenne de 20 pages par jour (avec un écart compris entre 17 et 26 feuillets par jour). Et si l'on divise le nombre de feuillets par le nombre de chapitres, on arrive à une moyenne de 19 feuillets par chapitre, avec un écart compris entre 17 et 24. On est donc tout à fait en concordance avec les affirmations de Simenon sur ce point. 
Pour le deuxième point, l'examen du corpus des romans Maigret montre qu'effectivement, les romans de la période Fayard et Gallimard comptent en général davantage de chapitres que ceux de la période des Presses de la Cité (moyennes respectives de 12, 10 et 8 chapitres par roman). Et si on calcule le nombre moyen de pages par chapitre (selon l'édition Tout Maigret chez Omnibus)on arrive à 9 pour la période Fayard, 11 pour la période Gallimard, et 13 pour la période des Presses de la Cité. Et donc cela conforte les dires de Simenon: ses derniers romans ont moins de chapitres, mais davantage de pages. 
Pour le troisième pointd'après Simenon, chaque chapitre de ses romans aurait le même nombre de pages. Or, un examen plus détaillé de chacun des romans nous montre que, pour environ ¾ des romans, les derniers chapitres sont sensiblement plus courts que les autres. Par exemple, le dernier chapitre de Le charretier de la Providence ne fait que 1 ½ page, alors que les autres chapitres comptent entre 8 et 12 pages; le dernier chapitre de Le revolver de Maigret compte 3 pages, et les autres chapitres de 13 à 15 pages. Le dernier chapitre fonctionne souvent comme un épilogue, soit comme une sorte de conclusion sur l'enquête menée par Maigret, soit parfois l'action elle-même de ce chapitre est différée par rapport au temps de l'enquête, et elle raconte les suites qu'elle peut avoir eues sur les protagonistes. Et donc, en réalité, si Simenon écrivait des chapitres avec un nombre plus ou moins constant de pages, ce nombre de pages a nettement tendance à diminuer à mesure que l'intrigue du roman se déroule, et le dernier chapitre joue en quelque sorte le rôle conclusif. Simenon écrivait donc probablement les deux derniers chapitres de son roman au cours de la même matinée, ce qui explique pourquoi, ainsi que nous l'avions relevé dans notre précédent billet sur ce sujet, les calendriers de rédaction des romans comptent souvent un jour de plus que le nombre de chapitres de ces romans… 

Murielle Wenger 

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