sabato 29 aprile 2017

SIMENON SIMENON. LA TETE D'UN HOMME: RADEK OU MAIGRET ?

Anecdotes à propos du film de Julien Duvivier, avec Harry Baur en Maigret 

SIMENON SIMENON. LA TESTA DI UN UOMO: RADEK O MAIGRET ? 
Aneddoti sul film di Julien Duvivier, con Harry Baur nei panni di Maigret 
SIMENON SIMENON. A MAN'S HEAD: RADEK OR MAIGRET? 
Anecdotes about the film by Julien Duvivier with Harry Baur as Maigret 


Après La nuit du carrefour (réalisé par Jean Renoir), et Le chien jaune (Jean Tarride), La tête d'un homme est le troisième film à présenter une enquête du commissaire à la pipe. Si Simenon avait travaillé de concert avec Renoir et avec Tarride sur les deux premiers films, cette fois, il décide d'écrire seul le scénario et les dialogues, rêvant peut-être, qui sait, d'une carrière dans le cinéma…  Installé en avril 1932 à la Richardière, il se prépare à son nouveau rôle, et, en fin renard de l'annonce publicitaire, il invite le journaliste de la revue Pour vous à le voir travailler, en compagnie de l'acteur qui doit jouer le rôle de Radek, Valéry Inkijinoff. Il pose ainsi fièrement devant l'objectif du photographe, fait des déclarations à l'emporte-pièce sur le cinéma… bref, il se prend au jeu…  
Mais très vite, il va se retrouver devant les éternels problèmes des coulisses: il a cru pouvoir tout gérer lui-même, monter son film comme il monte un roman, mais évidemment, le travail en solitaire du romancier n'a rien de comparable à l'industrie cinématographique, où le travail d'équipe est une base indispensable… Et, une fois de plus, il va se heurter aux producteurs, qui, d'après ce qu'il en dira lui-même, l'auraient payé avec des chèques sans provision. A moins, comme le remarque Pierre Assouline, que son travail de scénariste ne soit pas en adéquation avec ce que le cinéma attend, et que les producteurs l'aient laissé tombé… Quelles que soient les raisons, Simenon abandonne le projet, et dorénavant, il se contentera de récupérer les bénéfices que lui laissent les droits d'adaptation…  
Les producteurs vont s'adresser alors à Julien Duvivier, qui remet l'ouvrage sur le métier, et fait écrire un nouveau script. Il garde Inkijinoff pour le rôle de Radek, mais, alors que Simenon voulait Pierre Renoir pour incarner Maigret, le commissaire sera interprété par Harry Baur, à qui Maigret, dans ses Mémoires, prête un "faciès à la fois mou et tragique". C'est dire le cas que faisait Simenon de son interprétation… 
Certains critiques, de nos jours, apprécient cependant l'interprétation de Harry Baur, et reconnaissent des qualités au film, ne serait-ce, comme l'écrit Claude Gauteur, que parce que "la peinture des cafés et des boîtes de Montparnasse a pris valeur de document". Quant à moi, voici ce que j'en écrivais après l'avoir vu pour la première fois: "si le début est très proche de la trame du roman, petit à petit le film s’en écarte, et au final, ce n’est presque plus la même histoire qui est racontée… Quant à Harry Baur en Maigret, dans quelques scènes il a quelques attitudes typiques du commissaire, mais petit à petit lui aussi s’éloigne du personnage… De toute manière, le héros du film est nettement Radek…". Et c'est bien ce qui paraît évident: après une première partie de film où l'on voit surtout Heurtin et Maigret, dès que Radek est apparu sur l'écran, tout tourne autour de lui, et, à partir de là, le film quitte la trame du roman pour se centrer sur la psychologie de Radek.  
Simenon, dans sa dictée Point-Virgule, évoque une anecdote amusante à propos de ce film: "j'ai été surpris quand j'ai vu, alors que mon coupable montait l'escalier de son hôtel meublé, une porte large ouverte et, couchée sur un lit miteux, Damia […] qui chantait une chanson. Qu'est-ce qu'une chanson venait faire dans ce film, qui n'avait rien de folâtre ni de sentimental ? […] En dehors de ce qu'il touchait du producteur, le metteur en scène recevait un pourcentage, chaque fois que le film était projeté, de la SACEM, qui s'occupait surtout des musiciens et des chanteurs. C'est pourquoi les films de l'époque contiennent à peu près tous une ou deux chansons qui n'ont rien à voir avec le sujet." 
Le film sort sur les écrans parisiens le 18 février 1933, et les critiques sont plutôt
positives: "La tête d'un homme a la vérité d'un fait divers pathétique, la puissance d'un drame, l'émotion que fait naître une excellente enquête scientifiquement conduite", écrit le journaliste du Matin, qui parle encore de la "force tragique" d'Harry Baur et sa "saisissante démonstration de psychologie analytique"; quant à Radek, il "nous entraîne au rythme forcené de sa passion déchaînée"Georges Charensol, dans le journal La femme de France, met le doigt sur les points délicats des choix de Duvivier, en particulier sur la fin du film, "avec le meurtre absurde du jeune inspecteur et le montage rapide de la course de [Radek], [qui sont] des effets un peu trop gros", et de même, s'il loue le jeu de Harry Baur, il relève que l'acteur "met trop d'intention dans tous ses gestes, dans tous les mouvements de son visage, dans toutes les intonations de sa voix, et souvent il confond sensiblerie et sensibilité". Quant au critique de Les nouvelles littéraires, il résumait brillamment d'une phrase ce qui faisait la différence entre le roman et son adaptation: "Le roman nous faisait assister à une chasse difficile, du point de vue du chasseur; le metteur en scène, la caméra nous décrivent la poursuite en se plaçant dans l'œil du gibier, d'un gibier nerveux, anarchique, corrompu, qui cherche moins à échapper qu'à goûter les épuisantes voluptés du risque". Quant à savoir s'il s'agit toujours là de la même histoire, on touche ici à l'éternel problème entre trahison et fidélité à une œuvre, et si une trahison peut se justifier lorsque le résultat est réussi… Une question qui reste bien entendu sans réponse… 

Murielle Wenger 

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