sabato 11 febbraio 2017

SIMENON SIMENON. MAIGRET TEND UN PIEGE, VERSION GABIN

Anecdotes à propos du film, et quelques critiques dans la presse suisse de l'époque 

SIMENON SIMENON. LA TRAPPOLA DI MAIGRET, VERSIONE GABIN 
Aneddoti a proposito del film, ed alcune recensioni nella stampa svizzera del tempo 
SIMENON SIMENON. MAIGRET SETS A TRAP, THE GABIN VERSION 
Anecdotes about the film and some Swiss press reviews at the time 

Depuis la fin de la guerre et la trilogie de films où Maigret était incarné par Albert Préjean, le cinéma français ne s'était intéressé qu'à deux reprises au commissaire: en 1952 pour l'un des trois sketchs de Brelan d'As avec Michel Simon dans le rôle du commissaire, et en 1956 pour l'anecdotique Maigret dirige l'enquête avec Maurice Manson.
En 1957, on décidait de remettre l'ouvrage sur le métier, et cette fois, on choisit, pour incarner le commissaire, un acteur habitué du monde simenonien: Jean GabinL'acteur ayant mûri, pris de la bouteille et quelques années, son physique et sa façon de jouer devraient lui permettre de se glisser aisément dans la peau de Maigret… A cette époque, il avait déjà tenu les rôles-titres pour trois films adaptés de romans durs de Simenon: La Marie du port, La vérité sur Bébé Donge et Le sang à la tête. Simenon, lui, se dit enchanté de ce choix: "mon vieil ami Gabin va interpréter le personnage de Maigret. […] Je crois qu' [il] sera le plus proche de Maigret, de l'idée que le public se fait de Maigret et, en tout cas, de l'idée que je m'en fais moi-même.", déclarait-il au reporter de Ciné Revue 
Pour le premier film, on adapta Maigret tend un piègela réalisation fut confiée à Jean Delannoy, qui assura également le scénario avec Rodolphe-Maurice Arlaud, et surtout Michel Audiard, qui eut aussi la tâche de s'occuper des dialogues. Comme l'écrit Claude Gauteur, le travail d'adaptation est "patent", et prend certaines libertés avec le roman: le personnage du professeur Tissot est supprimé, et le personnage d'Yvonne Moncin prend un rôle beaucoup plus central. Le tueur, qui opérait à Montmartre dans le roman, devient "le tueur du Marais" dans le film. Les scénaristes introduisent deux autres personnages, celui du boucher Barberot pour la note comique, et celui de son épouse, la jolie Mauricette, objet des fantasmes du tueur, et incarnée par Paulette Dubost, Par contre, là où Gauteur n'est pas tout à fait exact, c'est quand il dit que le scénario n'a pas gardé le personnage de "Marthe Jusserand, la femme-flic-appât". S'il est correct qu'aucun personnage de ce nom n'apparaît dans le film, le thème des femmes auxiliaires de police qu'on poste comme appât est bien présent dans le film, ce qui donne lieu d'ailleurs à une savoureuse scène dans laquelle l'une de celles-ci fait une démonstration de judo, envoyant au tapis l'inspecteur Torrence, joué par Lino Ventura… D'autre part, si Marthe Jusserand n'apparaît pas sous ce nom dans le film, la jeune auxiliaire de police attaquée par Moncin (Maurin dans le film) est bien présente, car il aurait été difficile de passer outre la scène du bouton arraché, qui est à l'origine du vrai démarrage de l'enquête sur le tueur: sans l'indice du bouton, on voit mal comment les policiers seraient remontés jusqu'à Moncin 
Les filmographies donnent toujours pour Maigret tend un piège une date de sortie au 29 janvier 1958. Mais sait-on que ce film a connu une avant-première en Suisse, et cela le 27 décembre 1957 à Lausanne ? Il eut un succès aussi considérable qu'en France, restant à l'affiche plus d'un mois dans la capitale vaudoise, avant d'envahir les salles de Suisse romande. Au lendemain de cette première, les critiques étaient positives, soulignant, à part le travail du réalisateur, surtout le jeu de Gabindepuis celle de la Nouvelle revue de Lausanne ("Gabin campe un Maigret convaincant, finaud, […] un peu lourd parfois mais toujours parfaitement dans le ton"), jusqu'à celle de la Gazette de Lausanne ("un Gabin des grands jours, calme, au jeu égal") et celle de la Tribune de Lausanne ("Quant à Jean Gabin, […] il est le Maigret de Simenon soi-même"). Quant à la critique de la Feuille d'Avis de Lausanneelle était dithyrambique: "Eh bien, chapeau bas ! Devant Georges Simenon d'abord, qui a su créer un commissaire si aisément cinématographique; devant Jean Delannoy, qui a conçu là une de ses meilleures mises en scène; devant Michel Audiard, auteur de dialogues magnifiquement dans la note […]. On imagine volontiers Maigret plus débonnaire, moins carré que Jean Gabin. Force pourtant est d'admettre, après cette création, que ce comédien est un tout grand bonhomme et que, même si, en pantoufles, il n'a pas toute la rondeur paisible voulue, on ne pourra s'empêcher d'en retrouver les traits quand on lira les dernières enquêtes du célèbre commissaire."  
Avec le recul, certains ont posé la question de savoir si on pouvait vraiment reconnaître Maigret en Jean Gabin (Est-il est "trop Gabin pour être Maigret" ? se demande Gauteur). On laissera chaque spectateur-lecteur en être juge… On retiendra encore de ce film l'extraordinaire performance de Jean Desailly dans le rôle du tueur psychopathe, à la fois dangereux maniaque et à la fois petit garçon, jamais devenu adulte, couvé, étouffé par deux femmes… 

Murielle Wenger

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