sabato 29 luglio 2017

SIMENON SIMENON. LE TIERCE MAIGRETIEN DE 1962

Quelques réflexions à propos de l'alternance entre Maigret et romans durs 

SIMENON SIMENON. LA TRIPLETTA MAIGRETIANA DI 1962 
Alcune riflessioni a proposito dell'alternanza tra i Maigret e i romans durs 
SIMENON SIMENON. THE MAIGRETIAN TRIFECTA FROM 1962 
Some thoughts about the alternation between the Maigret and the romans durs 


Depuis le début des années 1930, lorsque Simenon a mis au monde son héros commissaire, jusqu'à 1972, date de rédaction de ses derniers romans, Maigret a accompagné, quasiment sans discontinuer, son créateur. En effet, même si le romancier décide, en 1934, d'abandonner Maigret pour se consacrer à l'écriture des "romans-romans", et qu'il ne le reprend dans un roman qu'en 1939, entre deux, il y aura eu des nouvelles mettant en scène son héros, ce qui fait qu'en réalité, il n'y a que l'année 1935 pendant laquelle Simenon ne s'occupe pas du tout de son personnage. Ensuite, exception faite de l'année 1944, toutes les années de rédaction jusqu'en 1972 verront l'écriture d'au moins un Maigret parmi les romans durs.  
Simenon l'a dit à plusieurs reprises, écrire un Maigret était pour lui un "délassement", ce qui ne signifie pas, d'ailleurs, qu'il mette les Maigret à un niveau inférieur à celui des autres romans. Ainsi, il répond à André Parinaud, qui lui demande quelle différence il fait entre ses romans commerciaux et ses romans durs: "Ce sont les Maigret que vous appelez les romans commerciaux ? Je ne les écris plus d'un point de vue commercial, mais pour mon plaisir. […] Ils se font dans une sorte d'enjouement. C'est une joie, un repos: Je suis un peu comme un musicien qui commencerait à jouer des ritournelles pour s'amuser."  
On pourrait penser que l'alternance entre la rédaction d'un Maigret et d'un roman dur est la règle pour le romancier, qui se reposerait de l'écriture du second en rédigeant ensuite une enquête du commissaire. Mais cette règle est en réalité trop rigide pour que Simenon la suive toujours, et l'entrée en roman ne dépend évidemment pas uniquement du choix de l'alternance, mais elle répond à d'autres impulsions pour ce "romancier de l'inconscient"… 
Il peut être intéressant de suivre le fil de la chronologie rédactionnelle, pour voir comment se répartissent la rédaction des romans sur chaque année, étant entendu que le "déclic" qui fait entrer Simenon dans la transe scripturale ne dépend assurément pas du calendrier, ce qui n'empêche pas que les charges de l'agenda du romancier peuvent avoir parfois une certaine influence sur sa disponibilité à écrire.  
Claudine Gothot-Mersch, dans son essai Le travail de l'écrivain à la lumière des dossiers et manuscrits du Fonds Simenon, avait déjà noté que "les périodes de travail [de Simenon] se répartissent sur l'année de façon fort inégale [et] deux périodes de travail privilégiées se dessinent donc, avant et après les vacances d'été." Les données compulsées par Gothot-Mersch ont été reprises et analysées à nouveau par mes soins dans une petite étude qui a paru ici: http://www.trussel.com/maig/ecrivain-f.htm. On pourra les comparer avec ce que déclarait Simenon dans une interview de janvier 1958 pour Le Soir illustré: "Depuis une dizaine d'années, je n'écris plus de romans policiers mais des «romans-tout-court». Le public souvent s'en inquiète et par des lettres pressantes, exige des nouvelles du commissaire et de sa chère épouse. Je dois donc me soumettre et fournir au moins un Maigret par an. Je l'écris pour me délasser, d'habitude à la veille des fêtes, lorsque je suis très occupé par les préparatifs des cadeaux pour les enfants, ou bien au mois d'août, lorsque je suis très pris par les visites que nous rendent nos amis à la saison des vacances." 
L'alternance entre Maigret et romans durs peut se découper en trois phases, qui correspondent à peu près aux trois périodes d'édition des œuvres simenoniennes. Passons rapidement sur les deux premières, la période des romans publiés chez Fayard voit pour l'essentiel une rédaction dominée par les Maigret, et la période Gallimard présentant la situation inverse, et concentrons-nous sur la période des Presses de la Cité. Comme nous l'avons dit plus haut, dès 1945, chaque année verra la rédaction alternée de romans Maigret et de romans durs, et la régle générale est qu'un Maigret est en principe suivi (ou précédé) d'un roman dur, comme si, effectivement, le romancier avait besoin de cette période de "délassement" évoquée au début de ce billet. Cependant, on peut noter que jusqu'en 1966, il arrive souvent que le romancier rédige deux romans durs à la suite l'un de l'autre, avant de s'attaquer à un Maigret. Dès 1967, l'alternance se stabilise définitivement entre un roman dur et un Maigret.  
Dernier point à noter: il existe quelques cas où Simenon a écrit deux Maigret de suite, sans y intercaler un roman dur. Ainsi, Les vacances de Maigret précède directement Maigret et son mort (entre les deux, le romancier n'a rédigé que la nouvelle Le petit restaurant des Ternes); Maigret et la vieille dame est écrit juste avant L'amie de Madame Maigret (5 jours à peine séparent la fin de la rédaction du premier, du début de l'écriture du second); Maigret au Picratt's écrit en décembre 1950 est suivi en février 1951 de Maigret en meubléMaigret à l'école rédigé en décembre 1953 est suivi de Maigret et la jeune morte en janvier 1954. Enfin, remarquons tout particulièrement l'année 1962, qui voit, de février à juin, un tiercé de Maigret: Maigret et le client du samedi, Maigret et le clochard, La colère de Maigret. On peut penser que son personnage inspire beaucoup Simenon cette année-là, mais on peut aussi imaginer qu'il a besoin de ces trois romans au ton plus "léger" parce qu'il sent déjà fourmiller en lui les prémices de la rédaction des Anneaux de Bicêtre, un roman pour lequel non seulement il va accumuler une masse d'informations conséquente, mais aussi un roman qui lui prendra un temps de rédaction particulièrement long… 

Murielle Wenger 

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