sabato 22 luglio 2017

SIMENON SIMENON. UN DERNIER PASSAGE A MORSANG

Printemps-été 1931Simenon écrit des romans Maigret à bord de l'Ostrogoth 

SIMENON SIMENON. UN ULTIMO PASSAGIO A MORSANG 
Primavera-estate 1931Simenon scrive romanzi di Maigret a bordo del'Ostrogoth 
SIMENON SIMENON. A LAST PASSAGE IN MORSANG 
Spring-Summer 1931: Simenon writes Maigret novels aboard the Ostrogoth 


Le début de l'année 1931 a été très intense pour Simenon: Après la folle nuit du bal anthropométrique en février, le romancier s'est retiré à La Michaudière pour continuer sur sa lancée de rédaction, et écrire, en mars-avril, Le chien jaune et La nuit du carrefour. Au début mai, il est de retour à Paris, où il rédige La tête d'un homme 
Est-ce pour remonter aux sources de l'inspiration que Simenon décide de repartir à bord de son bateau ? Au départ, quand il l'avait acheté, il s'était juré d'y vivre sans discontinuer, d'y travailler presque sans mettre pied à terre. Mais tant d'événements ont eu lieu qu'il a bien dû faire quelques infidélités à l'Ostrogoth. Peut-être sent-il à présent qu'il doit retrouver l'ambiance fluviale pour continuer à dénouer le fil des aventures de son nouveau héros. Après tout, Maigret est né dans une barge au fond d'un canal hollandais, et l'élément aquatique est son berceau… Rien de tel que les ondes de la Seine pour lui faire retrouver le rythme…  
Et Morsang est l'endroit le mieux adapté, puisque c'est là que Simenon avait vraiment "embrayé" son passage à la "semi-littérature", comme il le raconte dans sa dictée Point-Virgule: "Ne sachant plus où aller à mon retour en France, j'ai cherché un coin tranquille où je pourrais travailler d'arrache-pied. Je l'ai trouvé entre Morsang […] et Seine-Port, au pied de l'écluse de la Citanguette, paradis des pêcheurs. J'étais amarré en pleine nature […] et, tantôt dans la cabine, tantôt sur le pont, je tapais des Maigret après des Maigret." Simenon reprend donc ses quartiers sur son fidèle Ostrogoth et part s'amarrer à Morsang, ce lieu où, selon certains, il aurait écrit son premier roman de la saga maigretienne, Pietr le Letton, et où il écrivit aussi les deux romans suivants, Le charretier de la Providence et Monsieur Gallet, décédé. 
C'est ainsi que le romancier rédige, en mai 1931Un crime en HollandePour ce huitième roman de la série, Maigret lui-même retourne aux sources. En effet, après l'avoir promené un peu partout en France, et même au-delà des frontières, Simenon va envoyer son héros sur les lieux mêmes de sa naissance mythique, à Delfzijl, pour une enquête où il le balade – évidemment – le long d'un canal, lui faisant découvrir, sans doute avec le même étonnement qu'il avait eu lui-même, la déroutante petite ville de brique rouge, qui peut abriter, derrière les façades de ses coquettes maisons, quelques jaloux secrets de famille, enquête policière oblige… 
Puis l'été commence, on va boire des apéritifs anisés à la terrasse de l'auberge du Vieux-Garçon, on entame une partie de pêche, et, comme l'a souligné Michel Carly dans son ouvrage "Maigret, traversées de Paris", l'ambiance fait penser à celle du dimanche que Maigret passe à Morsang dans Signé Picpus. Mais pour Simenon, il s'agit de ne pas perdre le fil, et il écrit, en juillet, Au rendez-vous des Terre-Neuvasun roman dont l'intrigue, si elle se déroule en juin, n'a rien de l'atmosphère bon enfant de Morsang… L'histoire est celle d'un chalutier pris dans une campagne à la morue, où tout tourne mal, par une sorte de "mauvais sort" qui s'acharne sur le bateau, mais dont on découvrira qu'un enchaînement de circonstances a fait que la jalousie, la hargne, la colère, ont fini par provoquer le drame. Comme il est de règle dans les premiers romans de la saga, Simenon envoie à nouveau Maigret enquêter "hors les murs" de sa capitale, au grand dam d'ailleurs de Mme Maigret, qui aurait préféré passer les vacances dans sa famille alsacienne… Maigret, quant à lui, retrouve un lieu qu'il a déjà fréquenté dans sa première enquête, puisque c'est à Fécamp que s'était dénouée l'intrigue de Pietr le Letton, et c'est ce port normand qui va donner le cadre au roman Au rendez-vous des Terre-Neuvas. Mais peut-être n'est-ce pas la seule raison qui fait que Simenon y envoie à nouveau son commissaire… En effet, comment ne pas imaginer que prendre Fécamp pour décor est peut-être comme un hommage discret que le romancier fait à son bateau, puisque l'Ostrogoth a été construit sur un chantier naval fécampois…  
En attendant, juillet 1931 s'achève. Simenon a repris la route – fluviale – avec son bateau. Il quitte Morsang, où il laisse tant de souvenirs, et va s'amarrer à Paris. Bientôt, il donnera une nouvelle fête, pour célébrer la création du premier "roman-photo" (La folle d'Itteville), avant de descendre la Seine jusqu'à Deauville, pour une mémorable séance de dédicaces, puis de continuer, toujours à bord de l'Ostrogoth, jusqu'à Ouistreham, où il continuera d'écrire, toujours dans une ambiance maritime, des aventures pour son héros. Mais ceci est une autre histoire… 

Murielle Wenger 

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