sabato 19 agosto 2017

SIMENON SIMENON. UN ROMANCIER A HARVARD

Simenon et la théorie du roman, à travers quelques textes 

SIMENON SIMENON. UN ROMNZIERE A HARVARD 
Simenon e la teoria del romanzo, attraverso alcuni testi  
SIMENON SIMENON. A NOVELIST AT HARVARD 
Simenon and the theory of the novel, through some texts 


Au début du mois d'août 1953, Simenon participe, avec d'autres romanciers, à un colloque sur le thème du roman contemporain, qui se déroule à l'Université de Harvard; il est invité ensuite à l'Université de Columbia. Voici comment le romancier évoque la chose dans ses Mémoires intimes: "Matin et après-midi, nous discutons. […] Le soir a lieu, dans le grand auditorium, une séance d'une autre sorte où, après une brève «lecture» de chacun, des centaines d'étudiants et de professeurs posent des questions […]. C'est très animé et on ne se sépare guère avant minuit. Je suis aussi invité dans une université proche, celle-ci uniquement destinée aux jeunes étudiantes. C'est un véritable enchantement. […] Les étudiantes, pour la plupart jolies, nous reçoivent à déjeuner, nous montrent leur chambre, bavardant, questionnant. Tout à l'heure, ce sera la «lecture» et les questions, un jeu qui m'amuse et m'apprend à connaître la jeunesse américaine. Presque toutes les questions révèlent une curiosité avide, une large ouverture d'esprit, et mes auditrices s'étonnent de ma franchise. […] Une autre «lecture» à Columbia University, de New York, où mon vieil ami O'Brien est deanEtudiants et étudiantes. Questions, réponses, accueil chaleureux." 
Le "vieil ami O'Brien" dont il est question était professeur de littérature française à Harvard et à l'Université de Columbia, et Simenon avait fait sa connaissance quand O'Brien, colonel dans l'armée américaine, était venu en France pour travailler dans les services de renseignements. C'est O'Brien qui avait accueilli Simenon lors de son arrivée aux USA, et, selon les mots de Pierre Assouline, "il sera un homme clé dans la conquête des milieux littéraires américains par Simenon". Le romancier lui rend un hommage en forme de clin d'œil en donnant son patronyme à un officier de la police américaine, dans Maigret à New York 
Quels ont bien pu être les propos de Simenon lors de ce colloque à Harvard ? Nous n'en connaissons pas les détails, mais il est probable que le romancier ait évoqué les mêmes thèmes que lors d'autres conférences qu'il avait données sur le sujet. Dans son ouvrage Sur les routes américaines avec Simenon, Michel Carly fait état d'un article de Simenon qu'on lui demanda de rédiger pour le Harvard Alumni Bulletin, et qui parut le 16 septembre 1953, sous le titre The Contemporary Novel: Good or Bad ? le romancier écrivait que l'objet du roman est "l'Homme, avec ses héroïsmes et ses faiblesses, sa grandeur et son insignifiance, ses enthousiasmes et ses aversions, ses passions et ses peurs".  
On retrouve là l'écho d'idées que Simenon a développées dans d'autres textes, tels que L'Age du roman, article de 1943 pour la revue Confluences, ou la conférence Le romancier prononcée en novembre 1945 à l'Institut français de New York, ou encore Le roman de l'Homme, texte lu en octobre 1958 dans le grand auditorium de l'Exposition Universelle de Bruxelles. 
Ces trois derniers textes, ainsi que la transcription de l'interview fait par Carvel Collins en 1956, ont été réunis, sous le titre générique de Le Roman de l'Homme, dans un volume publié par les Editions de l'Aire à Lausanne en 1980, avec un texte introductif écrit par Simenon en 1968, dans lequel il disait: "Tous les dix ans environ, souvent à mon insu, je reprends, dans un roman, un thème que j'avais traité autrefois […] C'est ainsi que j'ai utilisé plusieurs fois, à des âges différents, donc d'un point de vue différent, les thèmes du couple, de l'isolement, de la solitude, de l'incommunicabilité, du père et du fils, de la déchéance, de la peur…". 
D'après le romancier, le besoin de raconter une histoire est venu du fond des âges, par "le besoin d'expliquer l'inexplicable et de dissiper la peur", de "nous rassurer, nous mettre en paix avec nous-mêmes" (Le Roman de l'Homme). Dans L'Age du roman, Simenon tente de s'expliquer sur ce qu'il entend par "roman pur", avouant qu'il se sent "incapable de le définir". D'après lui, après le roman philosophique ou psychologique, le roman s'épure, se débarrasse du pittoresque, des longues digressions, et il ne reste plus que "la matière vivante, l'homme, tout nu ou habillé, l'homme de partout ou l'homme de quelque part, l'homme et son drame éternel". Même son de cloche dans la conférence Le Romancier: "Le roman, c'est l'homme, l'homme tout nu, et l'homme habillé, l'homme de tous les jours, c'est parfois le drame entre l'homme tout nu et l'homme d'une éducation, d'une caste ou d'un instant du monde, mais c'est surtout le drame de l'Homme aux prises avec son destin." 
Si on parcourt ces textes, on se rend compte que Simenon, s'il n'est pas un grand théoricien du roman (et il en était fort conscient: "je patauge sans nulle grâce dans le domaine des idées et de l'abstraction"in L'Age du roman), essaie cependant de développer ses idées, parfois maladroitement, mais on ne peut vraiment le lui reprocher, car s'il n'a pas toujours trouvé les moyens d'expliciter sa façon de voir le roman, il l'a cependant magnifiquement mis en pratique au sein de son œuvre même… 

Murielle Wenger 

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