sabato 20 maggio 2017

SIMENON SIMENON. QUAND MAIGRET S'EMBARQUE DANS UN TRAIN DE NUIT…

Et qu'il arrive à la maison de l'inquiétude; quelques considérations à propos de deux "proto-Maigret" 

SIMENON SIMENON. QUANDO MAIGRET SI IMBARCA IN UNO TRENO DI NOTTE… 
E arriva alla casa dell'inquietudine; alcune considerazioni a proposito di due "proto-Maigret" 
SIMENON SIMENON. WHEN MAIGRET EMBARKS ON A NIGHT TRAIN... 
And he arrives at the house of anxiety; some thoughts about two "proto-Maigrets" 


Avant d'écrire Pietr le Letton, premier roman "officiel" de la saga maigretienneSimenon avait déjà mis en scène son héros dans quatre romans sous pseudonymes, ceux qu'on appelle les "proto-Maigret", dans lesquels 's'ébauche la silhouette du commissaire à la pipe. Ces romans ont probablement été écrits pendant l'automne 1929, et l'ordre de rédaction présumé est le suivant: Train de nuit, La figurante, La femme rousse, La maison de l'inquiétude. Plusieurs simenologues sont d'avis que le roman écrit à Delfzijl par Simenon pourrait être Train de nuit, ou La maison de l'inquiétude, plutôt que Pietr le Letton, mais, comme nous l'avons déjà souvent écrit, en l'absence de preuves, l'énigme reste non résolue… 
Nous avons déjà parlé, dans des billets précédents, de La figurante et de La femme rousse, et aujourd'hui, nous aimerions nous pencher sur les deux autres "proto-Maigret". C'est donc dans Train de nuit qu'apparaît pour la première fois le commissaire Maigret en tant que tel. En effet, des esquisses de policiers qui lui ressemblent peu ou prou ont déjà été dessinées par Simenon dans plusieurs de ses romans populaires, mais c'est dans ce roman-ci que pour la première fois, le nom "Maigret" est associé à un commissaire de police. Il s'agit d'une arrivée "furtive", comme l'écrit Francis Lacassin, car le personnage n'apparaît qu'au chapitre 6, et encore n'est-ce que par la mention de son nom dans une coupure de journal. De plus, il appartient, non pas à la PJ parisienne, mais à la brigade mobile de Marseille. Et c'est seulement dans le troisième chapitre de la troisième partie qu'il s'anime enfin sous les yeux du lecteur, dans une très sommaire description, celle d'une "une large silhouette". Il a cependant en germe plusieurs caractéristiques de ce qui fera plus tard l'essentiel du personnage. Pour avoir davantage de détails sur ce roman, vous pouvez lire ici l'analyse que j'en avais faite. Reste que ce Train de nuit est le premier roman de Maigret publié en volume, puisque Fayard a accepté de le faire paraître, sous la signature de Christian Brulls, en septembre 1930… non comme un roman policier, mais dans la collection "Les maîtres du roman populaire", ce qui en dit long sur ce qu'est réellement le roman… Et il est peu probable que les lecteurs d'alors se soient rendus compte qu'ils découvraient pour la première fois un policier très particulier dans un livre imprimé, tant ce héros avait encore besoin d'être apprivoisé par son créateur pour devenir une créature vraiment originale… Le roman a probablement dû n'être pas considéré différemment que les autres livres parus à la même époque sous les signatures de Christian Brulls, Jean du Perry et autre Georges Sim… 
Le romancier, de son côté, peaufine sa création, retouche son tableau et lui ajoute quelques détails dans les deux romans suivants, La figurante et La femme rousse, puis il en arrive à un quatrième essai, La maison de l'inquiétude. C'est un essai quasiment transformé, tant on y trouve presque tout ce qui fait l'essence d'un roman de la saga (voir mon analyse ici: www.trussel.com/maig/mominq.htm#French). Et on peut imaginer que c'est peut-être ce roman-là que Simenon aurait présenté à Fayard lors de la fameuse entrevue racontée tant de fois par notre romancier (voir notre billet du 16 juillet 2016), ce qui expliquerait aussi les réticences de l'éditeur, et pourquoi Simenon lui-même a raconté par ailleurs que ce premier "vrai" roman avait été refusé par plusieurs éditeurs… Car il est vrai que Fayard n'a pas voulu de La maison de l'inquiétude, qui ne sera finalement publié, sous le pseudonyme de Georges Sim, qu'en 1932, et par Tallandier, dans la collection "Criminels et policiers". Ce qui n'empêche pas ce roman d'être cependant le tout premier texte dans lequel le public découvrit Maigret, puisqu'il parut, en préoriginale, dans le journal L'Œuvre, du 1er mars au 4 avril 1930. Mais qui se serait douté, alors, qu'un genre inédit de roman policier était en train de connaître sa gestation ?...  
Car c'est comme cela qu'il faut imaginer la chronologie de l'arrivée de Maigret dans le monde de la littérature: d'abord deux apparitions en feuilleton, en mars 1930 pour La maison de l'inquiétude, et en juillet de la même année pour Pietr le Letton dans Ric et Rac; puis une première publication en volume pour Train de nuit en septembre 1930. Et, pendant ce temps, Simenon est en train d'inventer de nouvelles aventures pour son héros, préparant l'entrée en force médiatique de Monsieur Gallet, décédé et Le pendu de Saint-Pholien. Mais, en cet automne 1930, le Bal anthropométrique de février 1931 est bien loin, et rien n'est encore gagné… 

Murielle Wenger 

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