martedì 6 marzo 2018

SIMENON SIMENON. LE MAIGRET GREC CONFRONTE AVEC L'ORIGINAL

DGeorges Simenon à Petros Markaris 

SIMENON SIMENON. IL MAIGRET GRECO CONFRONTATO CON L'ORIGINALE 
Da Georges Simenon a Petros Markaris  
SIMENON SIMENON. THE GREEK MAIGRET CONFRONTED WITH THE ORIGINAL 
From Georges Simenon to Petros Markaris

 
Le roman policier est un genre très prisé en Grèce depuis le début du vingtième siècle, grâce aux traductions d’auteurs américains, anglais mais aussi français. Des publications à couverture illustrée se vendent ainsi dans les kiosques, et dans les années 30 on trouve en traductions, des romans de Maurice Leblanc, Conan Doyle ou Agatha Christie. Alors que Simenon connaît en France le succès que l’on sait avec les premiers Maigret, une traduction de La Tête d’un homme apparaît dans une revue littéraire athénienne en 1936. Il faudra cependant attendre l’après-guerre pour que les enquêtes les plus connues du commissaire, mais aussi quelques «romans durs» soient publiés par différents éditeurs, et à la fin des années 80, on compte plus de cinquante titres traduits en grec. Mais c’est véritablement les éditions Agra qui vont profiter du regain d’intérêt pour le genre policier, pour proposer aux lecteurs grecs à la fois des titres célèbres et des romans durs moins connus. Aujourd’hui, Agra continue à publier un ou deux titres par an, dans une présentation très soignée qui trouve sa place en librairie aux côtés des auteurs de polars grecs et étrangers.  
Mais, comme le souligne Loïc Marcou, dans un article récent de la revue grecque Crime and Letters Magazine («La réception de la série du commissaire Maigret en Grèce», décembre 2017), le succès de Simenon en Grèce, et plus particulièrement des Maigret, est dû aussi à des «transferts culturels»: un romancier comme Yannis Maris, considéré comme le père fondateur du genre policier en Grèce, ne nie pas s’être inspiré de Simenon. Son commissaire Békas présente en effet de nombreux points communs avec Maigret : une charpente plébéienne, des manières un peu rustres, une grande perspicacité, même s’il leur arrive d’essuyer des échecs. Le «Maigret grec» a aussi une vie privée très routinière avec une épouse attentionnée qui rappelle Louise. Plus récemment, c’est Petros Markaris qui a pris le relais en créant le personnage du commissaire Charitos, lui aussi époux fidèle d’une femme bonne cuisinière, mais surtout faisant preuve de compassion pour l’être humain, ses souffrances et ses faiblesses. 
Si Petros Markaris se dit plutôt influencé par des auteurs comme Manuel Vasquez Montalban ou Jean-Claude Izzo, la ressemblance du commissaire Charitos avec Maigret est frappante. Comme le héros de Simenon, Kostas Charitos est un officier de police de grade supérieur qui est sorti du rang: le policier grec, fils d’un simple brigadier, ne pouvait avoir accès à l’université, ni même aux instituts polytechniques. Il n’a eu donc d’autre solution que de suivre les cours de l’école de police pour ne pas rester au village. On pense bien sûr aux débuts de Maigret comme secrétaire d’un commissaire, puis de simple policier, d’inspecteur avant de devenir à l’âge mûr le patron du 36 Quai des Orfèvres. L’origine sociale de Charitos est le premier point de similitude avec son homologue français: le policier grec a gravi lentement les échelons de la police avant d’être nommé commissaire et chef du département des homicides à Athènes. Un poste tout à fait comparable à celui de Maigret, patron de la brigade criminelle. Comme ce dernier, il est toujours sur le terrain et n’est pas au faîte de la hiérarchie policière, puisqu’il est sous les ordres de Guikas, le directeur de la Sûreté. L’origine modeste du policier athénien devenu petit bourgeois n’est pas sans rendre Charitos sympathique aux yeux des lecteurs. Comme Maigret, il a d’ailleurs une vie bien réglée et après son travail, il n’a qu’une hâte: celle de rentrer chez lui dans le cocon familial. Tous deux sont mariés et si Maigret n’a pas d’enfant, Charitos a une fille déjà adulte. Les deux policiers aiment se retrouver à la maison pour y goûter des plaisirs simples: lecture, télévision, repas en famille ou avec des amis.  
Cette simplicité de l’enquêteur va de pair avec une aversion pour les puissants qui se croient tout permis. Comme Maigret confronté souvent aux notables qui usent de leur influence pour échapper à la justice, Charitos n’a pas peur de s’attaquer à eux, contrairement à ses supérieurs hiérarchiques qui tremblent devant un ministre. Souvent, le commissaire athénien commet des écarts comparables à ceux de Maigret. Ainsi, il n’est pas toujours mandaté pour mener l’enquête et n’hésite pas à prendre quelques libertés avec la procédure. Et s’il trouve la vérité, il lui arrive de ne pas livrer le coupable à la justice. 
Comme Maigret, le commissaire grec n’est pas un surhomme: ses enquêtes sont souvent laborieuses, de nombreuses victimes sont à déplorer avant que Charitos ne démasque l’assassin. Souvent, il avoue ne pas savoir où il va et regrette de ne pas avoir pensé à des pistes assez évidentes. L’enquête policière est faible comme chez Simenon: certes, Charitos tient compte des indices et des interrogatoires, mais il prend ses distances avec les techniques d’investigation en vigueur. Le piétinement de l’enquête est aussi une des caractéristiques des romans de MarkarisPolicier intègre, Charitos piétine certes mais finit par triompher: lent et têtu, il rappelle aussi Maigret par son caractère.  
Après le commissaire Békas de Yannis Maris, le commissaire Charitos de Petros Markaris peut être considéré comme le Maigret grec d’aujourd’hui. Et c’est d’ailleurs ainsi qu’il est présenté par son traducteur Michel Volkovitch dans la version française des enquêtes de Charitos. Mais la présence de cet avatar de Maigret ne compromet en rien le succès de «l’original»: le patron du 36 Quai des Orfèvres reste un héros très populaire en Grèce, comme en témoignent publications et manifestations autour de Simenon qui fleurissent aujourd’hui dans ce pays. 

Bernard Alavoine 

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