martedì 3 luglio 2018

SIMENON SIMENON. MAIGRET A LA CAMPAGNE /3

Troisième partie: la retraite du commissaire 

SIMENON SIMENON. MAIGRET IN CAMPAGNA /3 
Terza parte: il commissario pensionato 
SIMENON SIMENON. MAIGRET  THE COUNTRYSIDE /3 
Third part: the Chief Inspector's retiremen
Dans nos deux premiers billets sur ce sujet, nous avons évoqué des enquêtes du commissaire qui se passaient peu ou prou à la campagne. Nous avons vu aussi que les souvenirs d'enfance de Maigret n'étaient pas forcément beaucoup liés à des impressions rurales. Néanmoins, Maigret reste malgré tout empreint de son terroir. C'est sans doute une des raisons pour lesquelles il décidera de passer sa retraite dans une maison de campagne, où il retrouvera toutes les odeurs enfouies au fond de sa mémoire… 
Le roman Félicie est là se passe à la campagne. Ici, on n'a pas tellement affaire au monde rural des fermes et des élevages de vaches, mais plutôt à la campagne où viennent s'installer les petits rentiers qui rêvent de jardinage et de nature. Le village de Jules Lapie et de Félicie est un lotissement tout neuf, construit au milieu des champs et des vergers, et il constitue encore, comme le dit le texte, un "univers à part, incomplet". Ce qui n'empêche pas Maigret d'y retrouver des sensations de son enfance, et surtout d'y apprécier le charme du petit jardin de Lapie, qui lui fait envie au point d'en rêver à un pareil pour le temps de sa retraite: "Une bonne odeur monte de la terre, l'herbe est luisante, les grillons commencent à chanter, et il n'y a rien de plus candide et de plus reposant que des légumes dans les carrés bien peignés des potagers, où de paisibles rentiers en chapeau de paille manient leur arrosoir."… 
Cette campagne va donc devenir, pour Maigret, synonyme de retraite, puisque c'est là qu'il va s'installer, dans sa petite maison où il cultivera son jardin, en une sorte de retour aux sources où il pourra retrouver ses sensations d'enfance. Cette retraite est évoquée pour la première fois dans L'écluse no 1, où des bribes de campagne sont mentionnées: les cerisiers qui fleurissent dans le verger de la maison, la chèvre dont Mme Maigret s'occupera.  
Au début du roman suivant, Maigret, le commissaire est maintenant installé en retraité dans sa maison des bords de Loire. Mais, à part quelques très courtes notations en début et en toute fin de roman (telles que "Dans les étables, on commençait à traire et des charrettes se dirigeaient vers le marché d'Orléans"), l'essentiel de l'action va se concentrer à Paris, où Maigret, bon gré mal gré, est forcé de retourner pour sortir son neveu du pétrin…  
Revoilà la campagne de la retraite du commissaire dans Maigret se fâche. On le découvre dans son jardin amoureusement soigné, mais une solliciteuse va l'arracher à cette bienheureuse (?) retraite. On notera d'ailleurs que Mme Amorelle n'a pas eu besoin de beaucoup insister pour persuader Maigret de laisser là ses salades afin de mener une nouvelle enquête… Et pourtant la campagne vers laquelle le mène son investigation est loin d'être aussi édénique: Orsenne est une de ces campagnes pour nouveaux riches où on étale son luxe. Pour y cacher, en réalité, bien des turpitudes.  
A mesure que l'on avance vers la fin de la saga, les romans où Maigret enquête à la campagne se font de plus en plus rares, voire inexistantes. Peut-être que Simenon ne sent plus la nécessité de faire évoluer son commissaire dans un cadre rural, puisque aussi bien les allusions à la maison que le commissaire a achetée en prévision de sa retraite, se font, en parallèle, plus fréquentes. C'est dans Maigret aux assises que le romancier raconte comment les Maigret, qui ont l'habitude de passer des vacances dans un hôtel de Meung-sur-Loire, se sont rendus propriétaires d'une "maison en bordure de la campagne". Ce décor campagnard est donc de plus en plus réservé aux loisirs du commissaire, qui doit s'y habituer en vue du temps plus si lointain où il devra y passer sa vie quotidienne. On le voit donc dans plusieurs romans aménager la maison, le jardin, y passer des vacances ou des week-ends.  
Une autre raison de cet "abandon" des enquêtes campagnardes est peut-être que dans les derniers romans de la saga, Simenon se montre toujours plus attentif aux changements qui s'opèrent dans le paysage rural, et dans L'ami d'enfance de Maigret, par exemple, le couple Maigret tente une sortie pour un dimanche à la campagne, qui s'avère une désillusionmaintenant qu'ils ont une voiture, ils se rendent, en principe, pour le week-end à Meung-sur-Loire, mais "c'était trop loin pour n'y passer que quelques heures". Alors ils imaginent de chercher une campagne plus proche. Malheureusement, ils sont comme "des milliers de Parisiens à avoir eu la même idée et les petites routes qui auraient dû être charmantes étaient aussi encombrées que les Champs-Elysées"; en plus de la cohue sur les routes, ils ne trouvent que des auberges où "la cuisine valait à peu près celle d'un buffet de gare. La différence consistait seulement dans le montant de l'addition", et leur dernière tentative les voit ne trouver qu'un chemin boueux dans les bois, le tout sous la pluie… Alors, mieux vaut retourner quand même à Meung-sur-Loire, ce qu'ils font dans Maigret et le tueur, où Maigret retrouve avec plaisir son jardin, les odeurs de la maison, et la bonne cuisine de l'auberge locale, où le commissaire s'attarde pour une partie de cartes. Préfiguration d'une paisible retraite… 

Murielle Wenger 

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