martedì 12 marzo 2019

SIMENON SIMENON. LES «ROMANS DURS» ET LA FIN DES VACANCES

A propos du rythme annuel d'écriture du romancier 

SIMENON SIMENON. I «ROMANS DURS» E LA FINE DELLE VACANZE 
Sul ritmo annuale di scrittura  del romanziere 
SIMENON SIMENON. THE «ROMANS DURS» AND THE END OF HOLIDAYS 
About the novelist's annual writing rhythm 


En octobre 1969, la RTBF enregistrait, à Epalinges, six émissions pour lesquelles Simenon était interviewé par diverses personnalités, dont Bernard de Fallois et Gilbert Sigaux. Le romancier raconta que, un mois auparavant, alors qu'il voulait s'atteler à la rédaction d'un «roman dur», et qu'il avait déjà en tête une idée sur les personnages, les événements et la «ligne musicale» du roman, il ne parvint pas à coucher cette idée sur le papier. Après un certain temps de vains efforts, il finit par trouver la solution: au lieu d'écrire un «roman dur» avec ces ingrédients, il écrivit un roman Maigret. En confrontant les dates, il apparaît que le roman en question doit être Maigret et le marchand de vin, rédigé en septembre 1969.  
Simenon dit que cet événement lui arriva au lendemain de vacances, lors desquelles il avait commencé à réfléchir à son prochain roman, qui devait être un «roman dur», comme il avait l'habitude d'en écrire un en automne, affirme-t-il. Cette dernière assertion nous paraît intéressante à examiner, parce qu'elle va un peu à l'encontre de ce que le romancier a raconté par ailleurs à propos de sa manière d'entrer en «état de roman», cet état de transe, provoqué par un déclic inconscient venu à la suite d'une réminiscence olfactive, visuelle, sensitive ou auditive.  
Simenon semblait donc dire qu'il avait en quelque sorte programmé que la rentrée
Gilbert Sigaux
d'automne devait nécessairement être consacrée à la rédaction d'un «roman dur». Mais si tel est le cas, qu'en est-il de l'inspiration, qui ne naît pas sur commande ? Faut-il en déduire que le romancier se mettait volontairement dans un état de réceptivité accrue au retour de ses vacances, et qu'il entrait dans sa décision de se remettre au travail rédactionnel, coûte que coûte, et
, qui plus est, en rédigeant un «roman dur», par définition plus difficile à écrire qu'un roman Maigret ? A moins de faille dans l'engrenage, auquel cas le roman de retour de vacances pouvait être un Maigret.  
A l'époque de Fayard, il y eut d'abord le rythme presque mensuel des romans Maigret exigés par l'éditeur; puis, après l'abandon du commissaire en 1934, Simenon se consacra à l'écriture de «romans durs», dont le rythme de rédaction était déterminé par les événements biographiques, en particulier les voyages du romancier. Simenon passa ensuite chez Gallimard, puis vécut les événements de la guerre, et reprit la rédaction des romans Maigret, dont la rédaction alterna avec les «romans durs», mais sans moment particulier dans l'année pour le choix de l'un ou l'autre genre.  
Bernard de Fallois
On peut en dire de même avec les années américaines, pendant lesquelles les périodes rédactionnelles furent conditionnées par toutes sortes d'événements biographiques, et le choix d'écrire un roman Maigret ou un «roman dur» semble être plutôt aléatoire, ce qui signifie que le roman d'automne se trouvait être parfois un roman Maigret et parfois un «roman dur». On peut en dire autant pour les quelques années que Simenon passa sur la Côte d'Azur à son retour en Europe.  
Faut-il imaginer que ce concept de «roman écrit au retour des vacances» fut vérifié surtout lors de l'installation du romancier en Suisse ? D'ailleurs, la notion de retour de vacances n'était-elle pas conditionnée par la biographie même de l'auteur ? C'est-à-dire qu'il ne pouvait passer des vacances estivales que parce que ses enfants, alors en âge de scolarité, n'avaient de longs congés qu'à cette période-là. Est-ce la raison pour laquelle le romancier s'astreignait à vouloir écrire plutôt un «roman dur» en automne, parce que c'était la période qui représentait la reprise du travail ?  
Pour information, les années où le roman d'automne, écrit à Echandens ou Epalinges, a été un «roman dur» sont au nombre de dix, et celles où il s'est agi d'un roman Maigret sont au nombre de cinq… 

Murielle Wenger 

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