sabato 23 marzo 2019

SIMENON SIMENON. SIMENON, MAIGRET ET LA PIPE

A propos de l'importance de la pipe dans l'interprétation du commissaire 

SIMENON SIMENON. SIMENON, MAIGRET E LA PIPA 
Sull'importanza della pipa nell'interpretazione del commissario  
SIMENON SIMENON. SIMENON, MAIGRET AND THE PIPE 
About the importance of the pipe for the Chief Inspector's interpretation 

Ce sont des images qui en disent long… Trois époques, trois acteurs que Simenon lui-même a rencontrés de son vivant.  
Pour incarner Maigret sur le petit ou le grand écran, quelques accessoires paraissent indispensables: un pardessus, un chapeau, et une pipe. Encore qu'il soit possible de jouer le commissaire en veston, et même tête nue si nécessaire. Mais impossible de le représenter sans sa pipe au bec. La pipe de Maigret est indispensable de son personnage, c'est évident, et il n'est pas concevable que l'on puisse l'en séparer. D'où les difficultés rencontrées par certains acteurs qui ont dû interpréter le commissaire, parce que le choix de ces acteurs n'était pas forcément déterminé, au départ, par le fait qu'ils fumaient la pipe.  
Interviewé en 1958 par la radio suisse, Simenon racontait avec humour comment Jean Gabin avait été contraint de se mettre à fumer la pipe pour le tournage des films consacrés aux enquêtes du commissaire. Le journaliste qui menait l'interview fit cette remarque: «Il faut être un grand acteur pour fumer la pipe», ce à quoi Simenon répondit: «C'est très difficile… Savoir tenir une pipe entre les dents d'une certaine façon et parler avec la pipe aux dents, savoir aussi la prendre à la main, ça demande tout un apprentissage… Gabin, qui est très scrupuleux, y a passé des heures…».  
Dans une autre interview, donnée par Simenon en 1966 à la télévision suisse, le romancier évoquait son rapport à la pipe, ainsi que la pipe de Maigret: «C'est la pipe d'un homme (relativement) paisible, d'un homme qui se domine, qui reste calme, jusqu'à un certain point». La pipe a donc une fonction importante dans la psychologie de Maigret, et il est difficile de l'imaginer s'en passer.  
Dans la même interview télévisée, la journaliste qui interrogeait Simenon lui demanda si les acteurs qui avaient interprété Maigret étaient des fumeurs de pipe. Le romancier répondit, avec un gros soupir: «Hélas, non! J'ai eu la déveine de ne pas avoir un seul fumeur de pipe dans les Maigret […] Il n'y a en a qu'un qui a continué, c'est le Maigret de la télévision anglaise, puis un autre, c'est Gino Cervi maintenant en Italie, qui ne fume plus que la pipe. Mais Gabin, par exemple, a horreur de ça. Quand Gabin était obligé de fumer la pipe en tournant, il en devenait malade…» Une des raisons qui firent que Simenon accepta l'interprétation de Jean Richard en Maigret, fut que celui-ci était déjà un fumeur de pipe auparavant, et lorsque le romancier rencontra l'acteur pour la première fois, il lui dit: «Bravo, on voit que vous la fumez vraiment !», et lui offrit même deux pipes de sa propre collection pour pouvoir encore mieux incarner le commissaire… 
La pipe est peut-être le lien le plus apparent, le plus évident, entre le romancier et son héros. L'iconographie des romans Maigret et de la biographie simenonienne a toujours entretenu cette confusion entre auteur et créature. Le personnage qu'on voit fumer la pipe sur certaines couvertures est-il Simenon, est-il Maigret ? Est-il un peu les deux ?  
Ce n'est sans doute pas seulement par le hasard de l'inspiration que le romancier a doté son personnage d'une pipe, alors qu'il aurait pu en faire un fumeur de cigare, de cigarette, ou ne pas le laisser fumer du tout…  Dans sa dictée De la cave au grenier, Simenon dit: «La cigarette ne fait pas partie de nous. Nous la prenons dans une boîte en carton, nous l'allumons et nous en jetons négligemment le bout. Il en est de même pour les cigares. La pipe est un véritable objet, un objet personnel, qui finit par faire corps avec vous.» Donner à Maigret sa propre attirance pour la fumée, le tabac, le plaisir de déguster une bonne pipe, ne répondait pas seulement à une nécessité romanesque, mais c'était peut-être une façon pour Simenon de rendre son personnage plus proche de lui-même, par certains côtés… 

Murielle Wenger 

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