sabato 16 marzo 2019

SIMENON SIMENON. UNE MYSTERIEUSE ENVELOPPE

A propos d'un objet utilisé par le romancier dans son rituel d'écriture 

SIMENON SIMENON. UNA BUSTA MISTERIOSA 
A proposito di un oggetto usato dal romanziere nel suo rituale di scrittura 
SIMENON SIMENON. A MYSTERIOUS ENVELOPE 
About an object used by the novelist in his writing ritual

Simenon s'est prêté à de nombreuses reprises au jeu de l'interview à propos de sa «méthode» d'écriture, sa façon de se mettre en «état de roman», puis la mise en place du rituel d'écriture. La première étape de ce rituel est la prise de notes sur les personnages. Mais le romancier l'a dit et redit, il note uniquement des détails, et non une esquisse de l'intrigue elle-même: «Je ne sais rien des événements avant de commencer le roman. Sur l'enveloppe, je mets seulement les noms des personnages, leurs âges, leurs familles. Je ne connais absolument rien des événements qui se produiront plus tard. Autrement, cela ne m'intéresserait pas.» (Une Interview sur l'Art du Roman, avec Carvel Collins en 1956).  
L'enveloppe en question est, bien entendu, la fameuse «enveloppe jaune». Le Fonds Simenon à Liège conserve un certain nombre de ces enveloppes, et l'examen qui en a été fait par Claudine Gothot-Mersch (in Le travail de l'écrivain à la lumière des dossiers et manuscrits du Fonds Simenon) montre qu'effectivement le romancier notait essentiellement des détails sur ces enveloppes: un titre (ou un choix de titres), des noms de personnages et de lieux, et pour ces personnages, leur âge, leur métier, leur adresse et leurs liens familiaux; parfois aussi quelques dates. 
Ces enveloppes jaunes sont précieuses pour donner une idée sur l'élaboration d'un roman, en particulier lorsque le manuscrit de celui-ci a disparu, comme c'est le cas pour les premiers romans Maigret. Le Fonds Simenon possède l'enveloppe jaune du Pendu de Saint-Pholiendu Charretier de la «Providence» et celle du Chien jauneSur cette dernière, on trouve les noms de six personnages, la mention de l'Hôtel de l'Amiral, Quai de l'Aiguillon, et la date du vendredi 7 novembre. D'autres enveloppes, pour des romans tardifs, donnent aussi un éclairage intéressant sur le travail du romancier; par exemple, sur l'enveloppe jaune de Un échec de Maigret (rappelons que ce roman évoque la vente du château de Saint-Fiacre), Simenon a noté des détails du roman L'Affaire Saint-Fiacre 
Pourquoi le romancier, depuis les premiers romans écrits dans les années 1930, jusqu'aux ultimes des années 1970, a-t-il continué d'utiliser ces enveloppes jaunes ? En réalité, utiliser cette enveloppe jaune pour le premier jet de ce qui deviendra un roman est une des bases du rituel, auquel le romancier se soumet pour en quelque sorte se rassurer: «C'est une sorte de superstition. J'ai commencé avec une enveloppe jaune et je continue…» explique le romancier à Roger Stéphane. Dans sa dictée Vacances obligatoires, Simenon précise: «je prenais une enveloppe jaune de format commercial, par superstition, parce que j'avais commencé ainsi Pietr-le-Letton». Utiliser cette enveloppe fait partie de ce rituel de mise en place qui consiste à tailler des crayons (même si le roman s'écrira à la machine…), à bourrer une série de pipes prêtes à être allumées, et à y adjoindre de quoi boire, vin, alcools divers ou café selon les époques. Mais c'est peut-être aussi parce que s'accrocher au souvenir du premier roman écrit sous patronyme permet d'assurer une certaine continuité, comme un gage de succès pour le nouveau roman en route… 
Et pourquoi une enveloppe jaune, et pas n'importe quel bout de papier ? Simenon lui-même nous donne la réponse dans sa dictée Un homme comme un autre: «c'est par hasard, à bord de l'Ostrogoth, que j'ai saisi une enveloppe jaune de ce format-là et que j'y ai griffonné des notes.» Plus loin, alors qu'il raconte comment il a écrit son premier roman à Delfzijl, il précise: «Je n'avais pas de notes, pas de plan. Sur une vieille enveloppe jaune que j'avais trouvée dans un tiroir de l'Ostrogoth, je m'étais contenté d'écrire quelques noms, quelques noms de rues, c'est tout.» 
L'histoire ne dit pas d'où provenait cette enveloppe, ni ce qu'elle avait contenu. A notre connaissance, le Fonds Simenon ne possède pas cette enveloppe «inaugurale», et nous ne savons pas non plus si elle existe encore quelque part, dans un fonds d'archive. Encore un mystère à ajouter à propos des débuts de Maigret ?... 

Murielle Wenger 

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